"Je peux pas imaginer de bosser deux ans de plus dans cette boite"

Publié le par la Rédaction

Retraites : un combat contre l’esclavage salarié

 

Deux mois d’un vaste mouvement social qui s’achève sur un échec, mais d’où émergent une volonté de combat et des pratiques à développer dans les luttes à venir. Ras-le-bol contre le boulot, assemblées générales, blocages économiques, luttes en Europe…

 

Le mouvement de défense de l’âge de la retraite s’achève sur un échec. Même si la plupart des grévistes sont rentrés au boulot avec la ferme conviction qu’ils étaient prêts à repartir, que ça ne s’arrêterait pas là, que leur colère était intacte, la loi sur les retraites est passée en définitive sans encombre. Plusieurs millions de personnes se sont mobilisées, même si c’est dans le cadre limité et traditionnel des manifestations syndicales.

 

Pour la plupart, l’implication n’a pas été telle que cet échec soit réellement vécu comme une défaite, que cela entraîne une véritable démoralisation. Pour les militants, malgré la répression, l’idée que la lutte pourrait reprendre rapidement semble bien ancrée dans les esprits.

 

Un ras-le-bol général…

 

Malgré l’ampleur des manifs, le mouvement n’a jamais atteint le stade «mythique» de la grève générale. Est-ce que c’est le bon critère pour le juger ? Oui, si on considère la grève générale comme un accomplissement, une fin en soi, la seule mesure de comparaison du mouvement ouvrier. Non, si on essaie de comprendre le mouvement tel qu’il se déroule, sans norme préétablie. On peut constater qu’il n’a pas atteint l’objectif qu’il s’était apparemment fixé, c’est-à-dire maintenir l’âge de la retraite tel qu’il existe aujourd’hui.

 

Mais était-ce le véritable objectif ? En dehors des proclamations syndicales, on a eu le sentiment d’un ras-le-bol généralisé, que les appels à manifester ont permis de focaliser.

 

L’objet de ce ras-le-bol, c’est tout à la fois Sarkozy et son gouvernement, la sensation d’enlisement économique — hausse des prix, bas salaires, endettement, précarité, et puis, ce qui est revenu le plus souvent dans les conversations : «Je peux pas imaginer de bosser deux ans de plus dans cette boite».

 

Le vrai ras-le-bol, le plus explicite, le plus quotidien, c’est celui du boulot. D’une certaine manière, cela contribue à relativiser l’échec, puisque le problème de fond est au-delà des revendications.

 

Des assemblées générales

 

Ce mouvement a vu fleurir des assemblées générales, que ce soit sur les lieux de travail ou en dehors, avec toutes les formes intermédiaires possibles : AG de boites ouvertes aux extérieurs, intersyndicales locales élargies, AG interpro…

 

Pour la première fois, ces assemblées ont tenté de se structurer à l’échelle nationale avec la rencontre de Tours, et tentent aujourd’hui de survivre au mouvement sous la forme d’un réseau. Nous avons clairement affiché, dès le début du mouvement, que notre priorité allait à la construction de la grève dans les boîtes.

 

Mais, quelles que soient les limites de ces AG sous leurs formes actuelles, leur faible capacité de mobilisation (à l’exception de quelques villes comme Le Havre), leur difficulté à sortir des réseaux militants préexistants, elles constituent une forme d’organisation du mouvement à la base dont nous défendons le principe. Sans se faire d’illusions sur leur impact dans le mouvement, il faudra être attentif au rôle qu’elles pourraient prendre à l’avenir.

 

Des blocages économiques

 

Il en va de même pour les «blocages économiques». La grève des raffineries, restée sous contrôle des centrales syndicales, a été tuée au moment même où elle suscitait la solidarité la plus large, entraînant avec elle le mouvement dans son ensemble. La grève s’est terminée brusquement sur l’annonce de la fermeture définitive de deux sites (Flandres et Reichstett).

 

C’est l’essence même de la contre-révolution capitaliste, la «restructuration», telle qu’elle est appliquée depuis les années 70 : briser les secteurs plus militants de la classe ouvrière, et par conséquent ceux dont le coût du travail est le plus élevé, en jouant sur les possibilités offertes par la chaîne mondiale du travail. Voilà le moteur de la «globalisation», qui est en grande partie une réponse patronale à la combativité ouvrière. Au-delà des raffineries, les «blocages économiques», même si leur effet est bien moindre, voire souvent anecdotique malgré les plaintes geignardes des patrons, ont bénéficié d’un même élan de soutien, que tous les «bloqueurs» ont ressenti chaque matin. Ils ont surtout permis de poser au mouvement d’importantes questions de tactique et de stratégie, de replacer la question de la production, de la place des ouvriers de production, au centre du débat.

 

Là encore, c’est un point dont il faudra comprendre et évaluer l’importance dans les luttes à venir. On voit déjà que les luttes de boites, nombreuses pendant et après le mouvement sur les retraites, quelles que soient les revendications avancées, empruntent volontiers les mêmes méthodes.

 

Des luttes dans toute l’Europe

 

Tout cela s’inscrit dans un mouvement plus global qui secoue l’Europe sous des formes variées : émeutes et manifestations en Grèce contre les coupes budgétaires, grèves générales en Espagne et au Portugal, mouvements étudiants en Grande-Bretagne et en Italie, manifestations en Allemagne…

 

Chaque mouvement trouve ses répercussions dans le suivant : les blocages économiques ont été expérimentés en Grèce avant la France, et les étudiants anglais crient «tous ensemble» en français dans leurs manifs.

 

Une nouvelle fois, ces mouvements sont à la fois reliés par des problèmes communs, par les coupes budgétaires, mais séparés par des frontières. Pas seulement des frontières géographiques, mais aussi et surtout les frontières entre les réseaux militants, entre les organisations ouvrières, qui éclatent nos combats selon les lignes tracées entre nous par les États capitalistes. Mais, peu à peu, ces frontières sont en train d’être franchies.

 

À nous de faire en sorte que, de nouveau, le spectre du communisme plane sur l’Europe. Être attentifs à ce qui se passe réellement dans la classe ouvrière, formuler les revendications de la manière la plus claire, organiser les luttes partout où nous sommes et rendre au projet communiste toute sa vitalité, voilà notre méthode et nos objectifs pour les combats à venir.

 

Nicolas Dessaux, 6 décembre 2010
Initiative Communiste-Ouvrière.

 


Publié dans Colère ouvrière

Commenter cet article