"J'ai le démon" : journal local d'analyses et contre-infos sur Poitiers

Publié le par la Rédaction

Éditorial

Les pouvoirs ne sont jamais totalement certains de leur force. Ils savent que celles et ceux qu’ils écrasent sont imprévisibles, qu’ils ne réagissent pas toujours au moment prévu, avec les méthodes habituelles, qu’ils font même parfois, les salauds, preuve de créativité. Les pouvoirs sont inquiets par nature, et pour faire face aux rébellions qui se manifestent ici ou là, il doivent s’adapter, se moderniser, peaufiner leurs armes. Et pour ce faire il leur faut expérimenter, il leur faut des laboratoires en taille presque réelle, pour tester, disséquer, analyser, brainstormiser, thinktanker… Et à l’évidence Poitiers est un de ces laboratoires.

Il n’aurait pas manqué de terrains pour que les pouvoirs pictaves s’excercent à mener la guerre à Poitiers : contre les licenciements, chez Michelin, contre les fermetures, Fabris, contre la suppression des bureaux de Poste, pour le soutien aux sans-papiers etc. Vous rêvez ! Ce n’est pas leur terrain, ils sont du côté du manche ! La guerre qui les fait jouir c’est celle contre les jeunes, contre les sans-papiers, contre les sdf, contre les anarchistes et révolutionnaires de toute sorte, contre tout ce qui, à leurs yeux, salit la ville aux cent clochers. Après la période d’innovation technologique du futuroscope, c’est l’innovation «ville propre» qui s’expérimente.

Un Préfet et un chef de la police «spécialistes» de la répression en milieu urbain (les «quartiers», comme ils disent) en sont les laborantins besogneux assistés par la droite curaillonne et la gauche bedonnante unis dans un touchant Te Deum à la Gloire de la Boutique et de la rénovation urbaine.

Arrestations et interpellations qui se succèdent, de préférence la nuit, procès en série, injures sexistes de la part des Rambos de zone piétonne, montages et témoignages douteux qui se succèdent de la part de policiers certainement fiers de donner le dernier assaut au Mal, flics dans les bahuts, caméras partout, égalité jamais.

Leur guerre c’est répandre la peur de l’engagement politique, la peur de dire tout haut ce qu’on pense tout bas, la peur de sortir du cocons des institutions culturelles officielles aseptisées destinées à encadrer celles et ceux dont «faut bien que la jeunesse se passe».


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Monsieur Prudhomme dans une ville bonhomme

«Il est grave : il est maire et père de famille
Son faux col engloutit son oreille. Ses yeux
Dans un rêve sans fin flottent insoucieux,
Et le printemps en fleur sur ses pantoufles brille.
Que lui fait l’astre d’or, que lui fait la charmille
Où l’oiseau chante à l’ombre, et que lui font les cieux,
Et les prés verts et les gazons silencieux ?
Monsieur Prudhomme songe à marier sa fille
Avec monsieur Machin, un jeune homme cossu.
Il est juste-milieu, botaniste et pansu.
Quant aux faiseurs de vers, ces vauriens, ces maroufles,
Ces fainéants barbus, mal peignés, il les a
Plus en horreur que son éternel coryza,
Et le printemps en fleur brille sur ses pantoufles.»

Verlaine à 19 ans, Monsieur Prudhomme.

Dans son communiqué de soutien à la police daté du 11 février, «nout bon maire» socialiste Alain Claeys décrit Poitiers comme une ville «bonhomme» et dont la bonhomie n’était pas morte le 10 octobre. Au passage, il se fait le défenseur des «biens» et de la «tranquillité». Le silence des pantoufles, la tranquillité de la boutique !

Je ne sais si le matou matoi a ou non une fille à marier, mais s’il en avait une ou deux les «monsieur Machin» prétendants ne manqueraient pas : ce sont ses obligés, les commerçants !  [Dans la même veine, la députée Catherine Coutelle avait déjà qualifié de Barbarie ce qui s’est passé le 10 octobre (non, il ne s’agissait pas de l’attitude des flics !) et avait déclaré : «Je souhaite que la ville de Poitiers et les commerçants puissent obtenir réparation de ces saccages.» Décidément, les com’ sont la première préoccupation de nos socialos.] Jadis, la bonne conscience du petit-bourgeois intègre en surface était incarnée par le notaire, le pharmacien ou le ventru marchand de nouveautés. L’enseignant avait souvent, quant à lui, l’œil un peu critique sur cette bourgeoisie provinciale qui montre son cul avant de reprendre l’officine de papa. Mais Claeys, lui, est professeur (et supérieur, en plus !) et se fait protecteur des marchands de draps, de portables, et des Bouygues véreux. L’alliance des «monsieur Homais» et de la culture de gauche, c’est dire !

Bonhomme, le sort réservé à Poitiers (et ailleurs !) aux sans-papiers ; bonhommes, la fermeture des bars, l’omniprésence policière, les réformes de l’enseignement, les policiers dans les lycées et collèges ?

Alors, c’est quoi cette ville bonhomme qui aspire à la tranquillité ? C’est quoi cette ville dont le prédécesseur socialiste, M. Santrot, déclarait que la pauvreté des Poitevins expliquait les faibles marges de manœuvre de la municipalité ? C’est le prototype d’une ville dont les habitants ne sont en effet en moyenne pas très riches (Poitiers est seulement au millième rang des villes françaises concernant les revenus par tête de pipe pictave), mais qui possède une solide bourgeoisie patrimoniale, forte, dense et puissante — 600 foyers y payent l’ISF et déclarent un patrimoine de plus de 1,9 million d’euros —, et qui se situe au 60e rang des villes concernant les gros patrimoines. Une richesse (bonhomme, sans doute, elle aussi) bâtie dans du solide, dans la pierre historique. Un immobilier qui flambe (dans le sens boursier, hélas !) depuis dix ans dans le centre-ville. Un énorme décalage, donc, entre ces Poitevins qui ont du bien, comme on disait jadis (et dont on comprend qu’ils souhaitent la tranquillité !), et les salariés, souvent fonctionnaires pas très élevés dans la hiérarchie et surtout les chômeurs, licenciés ou non. Et autour de Poitiers ? Mignaloux-Beauvoir au 28e rang national des revenus, mais seulement au 2800e par la taille, et une campagne qui meurt et se désertifie.

Bonhomme, n’est-il pas ?


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Nos fichiers à nous

Le pouvoir a de tout temps utilisé le fichage des pauvres et des insoumis, les classes dangereuses, comme méthode pour assurer la pérennité de son pouvoir et le bon fonctionnement de son économie. Avec les nouveaux outils technologiques dont ils disposent (ADN, biométrie, portables…) ce fichage, ce contrôle, devient de plus en plus pesant et inquiétant. Et si nous aussi nous disions qui sont nos ennemis ? Petit tour dhorizon rapide (et à suivre…) des personnalités en charge de la répression locale !

1) Le préfet Bernard Tomasini

La préfecture a changé de tête : voilà M. Tomasini. Il est le fils de René Tomasini, ancien secrétaire général de lUDR (Union pour la défense de la République) qui fut le nom du parti gaulliste à partir de 1968. Cest un personnage clé autour de lentourage politique de Nicolas Sarkozy. Son père fut le mentor politique du petit Nicolas et un grand collaborateur du gangster/politique Pasqua. Cest dailleurs ce dernier qui lappelera dans les années 80 et lancera sa carrière instutionelle alors quil nétait quun chef dentreprise (dont la dernière était une entreprise de sécurité dans la communication…). Il le charge dabord de missions puis le fait rentrer dans son cabinet. Sen suit alors une véritable ascension notamment grâce à la renomée et aux relations de Papa dont il récupérera dailleurs le poste de conseiller général RPR du canton des Andelys. Sa carrière de préfet commence quelques années après. Il se fit remarquer dans cette fonction pour avoir expulsé le squat de Cachan (une ancienne Cité Universitaire) dans le Val-de-Marne (94), un très grand squat de lépoque qui abritait en majorité des travailleurs et travailleuses sans-papiers. Cette histoire lança une polémique dont tout le monde se souvient, cest dailleurs à cette occasion que lhumoriste Gérald Dahan lui permit dexprimer le fond de sa pensée au grand jour (se faisant passer pour un autre bon gars du coin, De Villiers). Il est une des têtes de gondole du gouvernement dans la traque aux sans-papiers : son intransigeance et son zèle sont bien connus pour chasser et expulser les sans-papiers ; à ce jour dailleurs plus aucun sans-papier ne se rend à la préfecture pour ne pas rentrer dans le piège (cf. Campagne de solidarité avec les sans-papiers et manifestation du 6 février dernier). Et nous avons donc le plaisir de lavoir comme préfet du Poitou-Charentes depuis le 9 octobre 2008 ! Désolé de navoir pu à lépoque fêter son arrivée comme il se doit et de lui dire tout le bien que lon pense de sa personne et de sa profession, nous sommes aujourdhui rassurés en le voyant si bien intégré dans ses nouvelles terres.

2) Le nouveau Directeur départemental de la sécurité publique Jean-François Papineau

Depuis cet été on a donc un nouveau directeur départemental de la sécurité publique, autrement dit le patron des policiers dans le département : Jean-François Papineau. On sait que c’est un bon père de famille, sérieux dans son boulot (l’ancien chef de la police ne l’était pas assez peut être ?). Un maniaque de la procédure, c’est un fin technicien juriste (c’est ce qu’il dit de lui-même). Il affirme dès son arrivée dans une interview qu’avec lui «la délinquance est sous contrôle» (voir 7 à Poitiers, le nouvel hebdo gratuit de droite), il entend bien s’attaquer aux délinquants quil considère comme étant dune «extrême lâcheté» car sattaquant «aux plus faibles» et se déplacant «par bandes pour échapper à la police» (il voudrait donc des délinquants stupides), mais figure aussi dans sa ligne de mire la lutte contre les stupéfiants car pour lui aucune distinction à avoir : le cannabis nest pas une drogue douce, le simple consommateur ira donc autant en garde à vue que le trafiquant ! Ce mec na jamais dû foutre les pieds à Poitiers avant darriver… Il assumait cette fonction auparavant à Évry et a été gestionnaire des secteurs de la banlieue sud du côté de Grigny à la Grande-Borne et du côté de Corbeil-Essonnes au Tart-Zoo lors des émeutes en 2005. Ce fut son baptême du feu : coup de fusil de chasse à la Grande-Borne lors d’un «guet-apens» et des coktails molotov à Évry. Sinon la plus grande peur de sa vie ce fut sur le pont Neuf le 10 octobre à Poitiers selon lui … il nous fait bien rire ce Jean-François ! La «papinade» risque de durer…

J’ai le démon no 1, mars 2010
Œuvre des dits «Anarchistes» et autres insaisissables.


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