Italie, Méditerranée, France, quelques nouvelles des front(ière)s

Publié le par la Rédaction

Italie, Méditerranée, France, quelques nouvelles des front(ière)s

 

Alors que les cadavres de 70 personnes, pour la plupart originaires de Somalie et d'Érythrée mortes noyées en tentant la traversée de la Méditerranée viennent d'être retrouvées le long des côtes lybiennes, petite tentative de mise à jour sur la situation en Italie, dans les camps de rétention et à la frontière franco-italienne. Évidemment ce n'est pas exhaustif, car même si en France on n'en parle pas beaucoup, il se passe en ce moment plein de choses sur le front des frontières et du contrôle des mouvements de population. N'oublions pas que les frontières tuent, liberté pour toutes et tous avec ou sans papiers !

 

 

 

CAMP DE MANDURIA

 

Chaque jour des centaines de personnes enfermées dans le centre de rétention provisoire ouvert la semaine dernière tentent et réussissent l'évasion. Hier, samedi [2 avril], deux vagues d'évasions ont eu lieu. Une première en début de journée : armés de pierres qu'ils ont lancé contre leurs geôliers, les retenus ont réussi à défoncer les grilles et 200 d'entre eux ont pu s'évader.

 

La deuxième révolte a eu lieu dans l'après-midi alors qu'à l'extérieur du camp se tenait une manifestation de solidarité qui demandait à ce que tout le monde soit libéré, plusieurs centaines de prisonniers se sont révoltés et 400 ont réussi à sortir. Plusieurs d'entre eux se sont alors mélangés aux manifestants et manifestantes et tout le monde a manifesté ensemble, bloquant la route au cri de «Liberté !» (en français). D'autres fugitifs se sont dispersés dans la campagne aux alentours. En fin d'après-midi, les gens pouvaient entrer et sortir librement du camp, les forces de l'ordre ayant choisi cette solution pour baisser le niveau de tension. Les personnes enfermées sur le camp de Manduria disent pour la plupart qu'elles veulent rejoindre la France ou d'autres pays d'Europe où les attendent famille et amis. Plusieurs disent ne pas demander l'amélioration de leurs conditions d'enfermement mais la liberté de circuler. Au cours des évènements, plusieurs personnes parmi les immigrés enfermés ont été blessées par la police, deux ont du être hospitalisés.

 

Au moins un prisonnier a tenté de s'immoler. Certains témoignages font état de grands moments de tension avec des policiers poursuivant les évadés la main sur leur arme. Il semblerait que la région se militarise de plus en plus pour, comme ils disent, «contrôler la situation».

 

Quelques liens en italien qui décrivent plus précisement le cours des évènements :

La Gazzetta del Mezzogiorno 
La Voce di Manduria

 

 

CAMP DE POTENZA

 

À côté de Potenza un nouveau CIE (centre d'identification et d'expulsion) provisoire a été édifié. Des premiers prisonniers y ont été conduits hier par bus et de premières évasions ont déjà eu lieu. La plupart des évadés ont toutefois été repris dans le cours de la journée.

 

 

À LAMPEDUSA

 

Les opérations de transferts ont été de nouveau interrompues suite à des vents violents. Parmi les milliers de personnes bloquées sur l'île, plusieurs ont manifesté hier, il y a eu des mouvements de grève de la faim et divers départs de feu.

 

 

À VINTIMILLE

 

De plus en plus de personnes s'amassent à la frontière et tentent des passages que ce soit en train, en voiture ou la nuit à pied par les montagnes et sont inlassablement arrêtées et refoulées par les autorités françaises.

 

Hier une manifestation pour la liberté de circulation a eu lieu. Les manifestantes et manifestants, qui étaient plusieurs centaines, ont tenté d'aller au Consulat français mais ont été confrontés aux forces de l'ordre avant de pouvoir y arriver.

 

 

 

PARTOUT DEVANT LES CIE, LES CAMPS…

 

Plusieurs manifestations ont eu lieu partout en Italie hier contre l'enfermement des personnes dites sans papiers et pour la liberté de circulation.

 

 

 

Le rassemblement devant le centre de rétention de Restinco qui doit avoir lieu aujourd'hui a été interdit. Il se tient tout de même.

 

 

LES AUTRES

 

L'État français revendique la légitimité et la légalité du blocage de ses frontières et des renvois systématiques vers l'Italie. Le gouvernement français va, comme le gouvernement italien, tenter de passer des accords avec la Tunisie pour leur faire accepter des expulsions massives.

 

Quelques vidéos ici :

 

 

 

 

Liste Migreurop, 3 avril 2011.

 

 

Quelques infos sur les expulsions, les arrestations, la rétention et de petits actes de résistance ces jours derniers dans l'Hexagone

 

Depuis que, suite à la décision du conseil d'État il y a 15 jours, la mise en rétention et donc l'expulsion des personnes qui ne sont pas sous OQTF ou APRF exécutable est devenue légalement difficile, les centres de rétention semblent se vider. Ainsi le centre de rétention de Metz, prévu pour enfermer 98 personnes, contenait 20 prisonniers et prisonnières hier. Au centre de rétention de saintJacques de la Lande près de Rennes, conçu pour emprisonner 70 personnes, il y avait 6 retenus hier.

 

Ce grain de sable juridique dans les rouages de la machine à expulser devrait perdurer jusqu'à la promulgation de la nouvelle loi Besson en juin qui mettra la législation française en conformité avec la directive européenne de 2008. Promulgation de la loi qui par ailleurs devrait coïncider avec l'ouverture de l'immense centre de rétention du Mesnil-Amelot qui fera lui-même suite à celle du nouveau centre de rétention de Bordeaux après la destruction de l'ancien en janvier 2009.

 

Comme d'ici là il est hors de question d'arrêter d'expulser, les personnes qui ont une OQTF ou APRF exécutable (de moins d'un an et/ou non contesté ou confirmé par un tribunal administratif) constituent des cibles privilégiées et, vu que les préfectures ont leurs adresses, on peut  aller les chercher chez elles, comme le cas de ce monsieur de Vénissieux pour lequel l'école de ses enfants se mobilise.

 

Dans la foulée, puisque pour atteindre les 28'000 expulsions promises par l'État il ne faut pas chômer, les personnes dont l'interpellation à domicile a été planifiée peuvent être expulsées de façon expéditive. C'est ce qui est arrivé à un étudiant de Rennes hier. Sous le coup d'une OQTF non contestée, les gendarmes sont venus l'interpeller à son domicile jeudi au petit matin, l'ont placé au centre de rétention de Rennes et mis dans un avion dès le lendemain.

 

C'est sans doute aussi parce que cette année il faut bien atteindre les 28'000 que même quand ils ont un certificat médical leur interdisant un transport aérien, des gens sont quand même montés de force dans des avions. C'est ce qui est arrivé mercredi à un monsieur de Lille. Assigné à résidence, il a voulu  respecter la loi en se présentant à une convocation au CRA de Lesquin muni d'un certificat médical stipulant que son état de santé était incompatible avec le vol qu'il savait prévu pour lui. Il a néanmoins été conduit à l'aéroport de Lesquin. Il n'a toutefois pas pu être expulsé vu que son état de santé a nécessité l'intervention des pompiers et son hospitalisation.

 

Parfois, heureusement tout ne se passe pas comme prévu… Ainsi dans la région de Rennes toujours, les gendarmes qui étaient venu au petit matin arrêter deux frères déboutés du droit d'asile ont dû repartir bredouilles face à la résistance des parents des deux jeunes et de la communauté Emmaüs dans laquelle ils étaient hébergés.

 

Pour finir et rester dans le thème «optimiste» du grain de sable qui se multiplie, se diversifie et vient enrayer la machine, signalons que ce  week-end, sont prévues des mobilisations pour deux personnes qui subiront des tentatives d'expulsion : Un monsieur de Poitiers qui a déjà fait un refus d'embarquement il y a quelques jours. Son expulsion est prévue dimanche matin, des gens devraient se rendre à l'aéroport pour informer les passagers de la situation et un appel à harceler les préfectures par fax et mail a été lancé. Un étudiant de Nanterre en rétention. Des gens s'organisent contre son expulsion.

 

Liste Migreurop, 2 avril.

 

 

Dernières dépêches AFP : Lampedusa, nouveaux CIE, frontière franco-italienne, Bruxelles condamne les contrôles mis en place par la France

 

Italie/migrants : l'évacuation de Lampedusa suspendue, tensions dans le Sud

 

Le transfert sur le continent italien de milliers d'immigrés tunisiens depuis l'île italienne de Lampedusa était suspendu vendredi en raison du mauvais temps, mais pourrait reprendre en soirée si le vent se calme, a annoncé la capitainerie du port.

 

Plus de 2.300 immigrés ont déjà été évacués de Lampedusa jeudi à bord de deux navires vers un centre d'accueil à Manduria, dans les Pouilles, une région du Sud de l'Italie, avant la suspension des opérations en raison d'une mer houleuse.

 

Le premier des deux bateaux, l'Excelsior, est arrivé vendredi matin dans le port militaire de Tarente avec environ 1.700 immigrés à bord suivi quelques heures plus tard par le second, avec environ 600 personnes à bord.

 

Tous ces immigrés ont été transférés au campement de Manduria où la tension a augmenté au moment de la visite d'élus locaux. Ces derniers ont été accueillis aux cris de «liberté, liberté» par les immigrés tunisiens massés derrière un grillage en fer et qui se plaignaient de l'absence d'eau ou d'électricité. Le campement est prévu pour accueillir entre 6 à 8 migrants dans chacune des 400 tentes.

 

Plusieurs dizaines de migrants ont été vus, par un photographe de l'AFP, en train de fuir dans les champs entourant le campement.

 

À Lampedusa, trois navires, dont un militaire, le San Marco, et un civil d'une capacité de 2.000 places, le Serena, attendent de pouvoir accoster, un vent de 20 nœuds empêchant leurs manœuvres dans le petit port, selon la capitainerie.

 

Sur place, il reste toujours près de 4.000 immigrés, même si les débarquements ont cessé depuis la nuit de mercredi à jeudi. Pour tenter de résoudre ce problème, le chef du gouvernement Silvio Berlusconi, qui avait promis mercredi à Lampedusa de vider l'île des immigrés en 60 heures, se rendra lundi à Tunis pour voir avec le nouveau gouvernement de Tunis comment mettre un terme à l'afflux de migrants.

 

Vendredi Silvio Berlusconi a participé à Rome à une réunion d'une cellule de crise en présence des ministres de l'Intérieur, de la Défense, et de représentants des collectivités locales qui devront accueillir sur leur territoire les immigrés.

 

Le chef du gouvernement italien a annoncé qu'il demanderait à la Tunisie d'accepter le rapatriement de milliers de ses citoyens, considérant cette possibilité comme «la solution prioritaire».

 

Le gouvernement, qui doit revoir mardi les collectivités locales, a préparé un plan pour l'hébergement de 10.000 immigrés dans chaque région, une mesure temporaire avant leur rapatriement vers la Tunisie, mais des désaccords subsistent sur leur répartition, le Sud défavorisé étant pour le moment beaucoup plus sollicité que le Nord prospère de la péninsule.

 

Vendredi, des travaux étaient en cours à Turin, dans le nord de l'Italie, pour installer un camp permettant d'accueillir, à partir de dimanche soir dans 300 tentes, environ 1.500 immigrés, ont annoncé les autorités locales. Trois autres localités du Nord de l'Italie, Padoue, Vipiteno et Brescia ont déjà été désignées pour abriter des centres d'accueil pour immigrés.

 

Depuis le début de l'année, plus de 22.000 migrants, dont 20.000 Tunisiens à la recherche d'un travail, sont arrivés en Italie, principalement à Lampedusa.

 

 

Immigration : Bruxelles condamne les contrôles mis en place en France

 

La Commission européenne a condamné vendredi les contrôles mis en place par la France dans la zone frontalière avec l'Italie à seule fin d'intercepter les migrants tunisiens.

 

La France et l'Italie sont membres de Schengen, l'espace européen sans frontières intérieures, a rappelé la commissaire en charge de l'Immigration Cécilia Malmström au cours d'une conférence de presse à Bruxelles.

 

«La France pourrait évoquer une menace grave à l'ordre public, mais nous ne sommes pas dans ce cas», a-t-elle précisé. Mme Malmström a en outre estimé que «les autorités françaises ne peuvent pas les renvoyer en Italie».

 

Cette possibilité est toutefois prévue par un accord bilatéral conclu entre la France et l'Italie et entré en vigueur en septembre 2000, ont souligné les autorités françaises, qui ont rappelé son existence à la Commission.

 

Un désaccord subsiste toutefois entre Paris et la Commission sur les contrôles effectués par la police française dans le département des Alpes-Maritimes, frontalier avec l'Italie. Une quarantaine de clandestins tunisiens sont interceptés chaque jour et renvoyés à Vintimille, en Italie.

 

Les autorités françaises sont convaincues d'être dans leur bon droit. «Nous ne pouvons pas dresser une barrière, mais nous pouvons effectuer des contrôles dans la zone frontalière, soit 20 km» à l'intérieur du territoire, soutiennent-elles.

 

Paris soutient que ces contrôles sont «épisodiques». La Commission considère qu'ils sont systématiques, et donc contraires au traité de Schengen. «L'article 21 (du traité de Schengen) interdit les contrôles de police assimilables à des contrôles menés par des garde-frontières», rappellent les collaborateurs de Mme Malmström. «L'article 23 permet de rétablir temporairement des contrôles aux frontières, mais la situation justifiant cette mesure doit pouvoir être qualifiée d'exceptionnelle et la Commission doit être saisie», ont-ils ajouté. Mme Malmström a précisé ne pas avoir été sollicitée par les autorités françaises.

 

L'afflux de migrants partis de Tunisie pour fuir le chômage est en train de devenir un problème français. Le sujet sera discuté le 11 avril à Luxembourg par les ministres de l'Intérieur de l'UE.

 

«Pour le moment, la très grande majorité des migrants arrivés (sur l'île italienne de) Lampedusa ne sont pas des demandeurs d'asile, mais les profils commencent à changer», a reconnu la Commissaire. «Les autorités tunisiennes se sont dites prêtes à négocier le rythme et les conditions pour le retour de leurs ressortissants, mais pour l'instant nous n'avons pas de décision sur les chiffres», a-t-elle précisé.

 

Le chef du gouvernement italien Silvio Berlusconi voudrait pouvoir organiser 100 renvois par jour.

 

La Commission paie les coûts de ces retours et assure 75% de la compensation financière qui peut être offerte pour aider les retours volontaires.

 

La Tunisie n'est liée par aucun accord de réadmission avec l'UE ou ses membres. À ce jour, elle accepte de reprendre ses ressortissants en situation irrégulière dans l'UE au rythme de quatre par jour. Près de 20.000 sont arrivés clandestinement en Italie depuis le début de l'année.

 

Liste Migreurop, 1er avril.

 


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