Invitation à tous ceux qu'intéresse de près ou de loin l'émergence d'un mouvement de chômeurs

Publié le par la Rédaction


Le Mouvement des Chômeurs et Précaires en Lutte de Rennes, depuis les manifestations de décembre dernier, envisage la possibilité pour les précaires de recourir à un mode d’action inédit pour se faire entendre : la GRÈVE DES CHÔMEURS.

Il est facile de faire le constat du caractère structurel et expansif du chômage et de l’éclatement du salariat traditionnel ; pourtant, même si le passage par des phases de chômage est devenu massif, même si la précarité de l’emploi tend à devenir la norme, même si la formation continue, le développement de l’économie de la connaissance mettent à mal la distinction entre travail et non-travail, on fait comme si «le travail» était l’apanage des salariés en CDI. Ainsi le travail des chômeurs et précaires (contrats courts, intérim, formation, recherche d’emploi, reconversion, prospection…) n’est-il absolument pas reconnu. Bien au contraire, le chômeur est toujours un potentiel suspect de fraude aux allocations et il est sensé porter la responsabilité de sa situation. Ainsi le pouvoir s’octroie-t-il le droit de dicter l’usage que les chômeurs doivent faire de leur temps, et veut les voir se mener entre eux une concurrence acharnée pour décrocher des miettes d’emploi précaire ou des boulots de merde dans les secteurs dits «en tension».

Nous travaillons : nous n’avons pas à payer pour la crise de l’économie et du salariat.

Nous travaillons et ce travail n’est pas reconnu ; pire, il est exploité par le pouvoir économico-politique qui attend de nous que nous nous fassions «productifs», «compétitifs», corvéables et dociles.

Nous travaillons et nous pensons, comme la plupart des salariés, qu’il est préférable de travailler de manière autonome et coopérative ; que l’épanouissement de tous dans leur activité est la condition de l’épanouissement de chacun ; que toute entreprise «à but lucratif» est a priori suspecte. Nous pensons que le bien du marché n’est pas celui de la collectivité. Comme les salariés, nous sommes donc amenés à résister à une certaine idée, une certaine organisation du travail qu’on veut nous imposer.

Nous en avons assez d’être traités de parasites, quand la bourgeoisie est aujourd’hui si décomplexée, et quand l’ensemble de l’organisation du travail fait la preuve de son caractère globalement irresponsable, pathogène et nuisible.


Le 3 mai nous serons en grève !

La coordination régionale des collectifs de chômeurs et précaires (Agir contre le Chômage Rennes, Quimper, Lannion, Saint-Brieuc, MNCP Morlaix, Collectif contre l’injustice sociale Brest, MCPL Rennes) appelle toutes les personnes intéressées à l’occupation des Pôles Emploi à partir du 3 mai. La grève des chômeurs sera une grève de l’isolement, de la pression administrative et manageriale, une grève du «travail sur soi» pour se transformer en employé-modèle.

Elle sera l’occasion pour dénoncer la situation faite aux chômeurs en fin de droits, aux RSAstes qui perdant leurs droits connexes, se trouvent parfois plus pauvres qu’avant, aux chômeurs basculés en chômage saisonnier qui voient leurs allocations divisées par trois…

Elle sera l’occasion de construire une parole, une intelligence politique collective à la base…

Le MCPL appelle tous les individus, collectifs, organisations politiques et syndicales intéressés à une réunion publique le 16 mars 18 heures à la Cantine populaire (244 rue de Nantes à Rennes - bus 5 direction Bréquigny, arrêt Pilate) pour discuter de cette proposition, des formes d’action, des mots d’ordre, des revendications…
La prochaine réunion du MCPL aura lieu vendredi 5 mars à 15 heures au 22 rue de Bellevue, cour de gauche de l’école (bus 3 direction saintLaurent, arrêt Jeanne d’Arc)


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Réunion publique le mardi 16 mars à 18 heures à la Cantine populaire, 244 rue de Nantes à Rennes, en vue de la création d’un collectif unitaire

Bonjour,

Comme chacun sait, la «crise» que nous connaissons depuis la fin 2008 s’est traduite avant tout par une augmentation impressionnante du nombre de licenciements et une explosion du chômage. La bourse, les banques, certains secteurs de l’économie se sont depuis refait une santé, mais la situation des classes populaires n’a quand à elle cessé de se dégrader.

Aujourd’hui, plusieurs millions de personnes en sont réduites à des minima sociaux pour survivre, et un million de chômeurs arrive en fin de droit, dont près de la moitié n’aura droit à rien du tout. C’est dans ce contexte que du 20 novembre au 5 décembre dernier ont été organisées des marches régionales et des manifestations contre le chômage et la précarité dans une dizaine de villes en France. À Rennes, la préfecture a interdit la manifestation, qui a été violemment réprimée par la police (plusieurs blessés dont un gravement, quatre condamnations pour des délits imaginaires ou des cas de légitime défense). Une suite de manifestations a été organisée au cours des semaines suivantes pour soutenir les inculpés, dénoncer la répression et la collusion des différents pouvoirs dans cette affaire (préfecture, mairie), et marquer la volonté des chômeurs et précaires de refuser leur rôle de victimes passives de la «crise».

Aujourd’hui, à l’échelon national, après le demi-succès du 5 décembre, force est de constater que les collectifs n’ont pas réussi à provoquer un mouvement qui les dépasse, et cela quels que soient les collectifs, les mots d’ordre, les stratégies suivies. Les grandes formations politiques semblent quant à elles aujourd’hui plus préoccupées par les échéances électorales de mars que par les conditions de vie présentes des pauvres et des précaires. Espérons que cela sera passager.

Pour notre part, nous pensons que ce combat ne peut être remis à plus tard. L’urgence pour les précaires, par delà leurs difficultés matérielles grandissantes, est bien de renverser la chape de fatalisme qui pèse sur eux, le sentiment que rien ne peut advenir hors d’une plus ou moins éphémère «embellie» économique, ou d’un accès de philanthropie du gouvernement et du MEDEF, inquiets de passer trop souvent pour de simples négriers.

Un mouvement politique des précaires, à la base, aurait d’abord pour vocation à dénoncer et à relâcher la pression à laquelle sont soumis les chômeurs, pression entretenue par les dispositifs de suspicion et de culpabilisation mise en œuvre par Pôle Emploi, par la quasi impossibilité de s’en sortir avec les minima sociaux, par la pénurie et la précarisation structurelle de l’emploi.

Un tel mouvement permettrait aux chômeurs de s’adresser en tant que sujets aux institutions chargées de gérer leur situation, et non comme simples objets ou usagers d’un «service» sur lequel ils n’ont aucune prise. Il leur permettrait également de souffler en leur garantissant immédiatement le revenu qui leur permet de tenir, revenu toujours plus soumis aujourd’hui à des conditions qui ressemblent à s’y méprendre à du chantage à la radiation, revenu dont la part d’indemnisation chômage proprement dite, notoirement insuffisante, ne cesse de décroître. Et il leur permettrait également de prendre une distance salutaire à l’égard de l’actuel marché du travail et à l’injonction des différents pouvoirs à s’y conformer, libérant du temps pour une réflexion individuelle et collective quant au type de travail que nous jugeons réellement désirable, épanouissant et profitable à la collectivité.

Le Mouvement des Chômeurs et Précaires en Lutte de Rennes (MCPL) a nommé grève des chômeurs un tel processus qui suspendrait la course à l’emploi et à l’employabilité à quoi est censée se réduire la vie des chômeurs. Ce mot d’ordre, pour différentes raisons, n’a pas été jugé approprié par certains : soit qu’il ne se comprenne pas assez spontanément, soit qu’il soit jugé abusif — la grève serait inséparable d’un «contrat de travail» (mais les grèves étudiantes ?) —, soit qu’il semble mettre de côté les salariés précaires. Mais pour le plus grand nombre des militants, l’objection est peut-être au fond la suivante : que la plupart des chômeurs (et nous ne le contestons pas) veulent trouver un emploi, et donc que les revendications devraient être celle de la création d’emploi, du plein emploi… Reste à savoir si cette aspiration élémentaire à une activité de travail reconnue par la collectivité ainsi qu’à des moyens de subvenir à ses besoins doit nécessairement en passer par l’emploi salarié, la vente de marchandises ou la réalisation de plue-value… À notre avis, tous ceux qui se disent anticapitalistes ne devraient jamais perdre de vue la nécessaire et immédiate remise en cause, à chaque mouvement social, de l’organisation capitaliste du travail. Une idée coopérative, non hiérarchique, non lucrative et écologique du travail doit être affirmée par la gauche radicale, faute de quoi on risque de faire chorus avec le discours dominant sur la vertu du travail en soi (pourtant condamné à l’évidence par le désastre écologique en cours), et de passer complètement à côté de l’insatisfaction, de la triste résignation ou de la colère des «chanceux» qui «ont» du travail. Nous aimerions que vous veniez en débattre, afin d’exprimer accords et désaccords et de lever les malentendus sur cette question.

Nous pensons également que pour qu’un mouvement prenne (à moins qu’il ne prenne sans nous), il est indispensable de donner un signal fort, encourageant, que quelque chose commence. Nous voudrions proposer à tous les collectifs de chômeurs et précaires ainsi qu’à toutes les organisations politiques et syndicales intéressées le dépôt d’un «préavis de grève» des chômeurs. L’idée serait, dans le plus grand nombre de villes possible le même jour, d’appeler les chômeurs et précaires à investir avec nous un Pôle Emploi et d’y tenir une assemblée générale permanente. L’objectif serait de maintenir cette présence dans la durée et d’imposer à l’institution l’existence d’un contre-pouvoir dans ses locaux, nous permettant d’informer les chômeurs sur leurs droits, d’échanger quant à nos expériences de précaires, de régler les dossiers litigieux, d’accompagner les chômeurs à leurs entretiens s’ils le souhaitent, de réinscrire immédiatement des personnes radiées, d’annuler des suivis mensuels obligatoires non désirés, d’exiger des rendez-vous quand au contraire l’urgence s’en fait sentir… Cela pourrait également être l’occasion de mettre en place certaines pratiques de solidarité élémentaire, par exemple des repas collectifs quasiment gratuits, dans un lieu et un contexte qui ne soit pas stigmatisant. Nous voudrions également marquer notre solidarité avec les agents de Pôle Emploi dont un nombre important a récemment fait montre d’une certaine résistance aux politiques gouvernementales (refus d’appliquer la loi sur l’Offre Raisonnable d’emploi, grèves récurrentes pour dénoncer la dégradation du service…).

Nous n’aurions pas nécessairement vocation à rester ad vitam aeternam dans un Pôle Emploi, puisque bien d’autres espaces économiques et institutionnels «méritent» tout autant d’être investis de la sorte. Mais il nous semble important pour enfin commencer, de privilégier d’abord la concentration dans le temps et l’espace, en faisant le choix d’un lieu on ne peut plus symbolique du sort fait aux chômeurs, qui traverse par ailleurs une crise profonde (dont témoignent l’exaspération partagée aussi bien par les chômeurs que par les conseillers) et incarne on ne peut mieux les contradictions inextricables dans lequel se débat le gouvernement sur cette question (création par la fusion d’un super organisme mais recours massif à la sous-traitance, accumulation d’un arsenal répressif contre les chômeurs et incapacité à s’en servir…).

La coordination régionale des collectifs de chômeurs et précaires de Bretagne (AC ! Rennes, Saint-Brieuc, Quimper, Lannion, MNCP Morlaix, MCPL, collectif brestois en marche contre l’injustice sociale) a décidé le 20 février dernier d’appeler chômeurs et précaires à la grève et à l’occupation des Pôles Emploi à partir du 3 mai. Elle invite également l’ensemble des organisations politiques et syndicales à relayer cet appel.

Nous aimerions savoir ce que vous pensez de cette proposition, et discuter avec vous de ce sur quoi il y a aurait à se mettre d’accord, mots d’ordre, formes d’action, revendications…, pour que nous puissions coopérer en ce sens. Nous pensons que pour lancer un tel mouvement (même avec d’autres points de départ…), il est indispensable que dans le plus grand nombre de villes, des collectifs unitaires se créent et se mettent d’accord sur des bases communes, une plate-forme qui soit respectueuse des différentes sensibilités… Cette discussion à laquelle nous vous invitons se veut la première étape d’un tel processus. En comptant sur votre présence,

Le Mouvement des Chômeurs et Précaires
en Lutte de Rennes (contact), 24 février 2010.
CIP-IDF.


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Publié dans Chômeurs - précaires

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