"Interdiction de la burqa" : Hypocrisie gouvernementale

Publié le par la Rédaction

 

En tant que communistes, partisans de l’égalité et de la liberté inconditionnelles des femmes, nous sommes contre les niqabs, burqas, tchadors et autres prisons de tissus qui visent à enfermer les femmes et à les exclure de l’espace public. Tout(e) communiste, tout(e) militant(e) des droits des femmes et des droits humains, ne peut qu’être opposé(e) à ces symboles d’oppression, qui ne sont pas seulement la marque d’un obscurantisme religieux, mais avant tout la matérialisation de l’apartheid sexiste. Le niqab ou la burqa signifie que la femme ne peut que se montrer à ses propriétaires, père, frères, ou mari, et qu’en dehors de ce cercle restreint elle n’a pas le droit à l’existence, elle doit être cachée, masquée, niée.

 

Cela étant dit nous ne pouvons que dénoncer l’hypocrisie de la loi sur l’interdiction du niqab mise en application le lundi 11 avril. Notons que même des syndicats de flics ont fait savoir que cette loi n’était qu’un effet d’annonce démagogique, que cette loi serait inappliquée et inapplicable.

 

Si le gouvernement s’intéressait réellement aux droits des femmes immigrées et étrangères, la première, la plus urgente des mesures, ce serait déjà d’abroger les dispositions des lois relatives à l’immigration qui font que, pendant cinq ans, une femme étrangère mariée à un Français et victime de violences conjugales risque, si elle fuit les violences, d’être victime d’une Obligation à quitter le territoire et d’être expulsée. Récemment, une jeune femme étrangère, mariée depuis un an avec un Français, a pris contact avec ICAHK, Campagne Internationale Contre les Crimes d’Honneur. Son histoire est celle de milliers de femmes étrangères vivant en France. Un mariage avec un français, le rêve d’une vie pleine d’amour, de pouvoir faire une formation, de travailler dans ce qui est parfois encore présenté comme «la patrie des droits de l’Homme». Une fois arrivée en France, le rêve se transforme en cauchemar : les coups, la réclusion à domicile, les violences et les humiliations quotidiennes, jusqu’au jour où, un coup de trop la pousse à fuir. Elle est maintenant sous le coup d’une OQTF (Obligation à Quitter le Territoire Français), vivant dans la crainte d’être expulsée dans un pays où, divorcée, elle sera rejetée par sa famille pour qui une femme divorcée est une honte. Et on pourrait ajouter celles qui, dans les pays où les femmes sont soumises à ce totalitarisme de «l’honneur familial», l’expulsion après un divorce peut-être synonyme de crime d’honneur ou de mariage forcé rapide. Voilà donc comment le gouvernement français traite les femmes étrangères victimes de violences conjugales … et il faudrait croire qu’un Sarkozy, en promulguant une loi interdisant le niqab sur la voie publique, se préoccuperait des droits des femmes ?

 

Quant aux épouses d’étrangers, elles n’ont accès qu’à un titre de séjour temporaire de deux ans, titre qui peut être supprimé en cas de séparation. Voilà encore une mesure qui renforce le pouvoir des hommes sur les femmes et précarise les femmes étrangères. De plus, bien des femmes étrangères, mariées à l’étranger, subissent, en France, les mesures discriminatoires des codes de la famille des pays d’origine.

 

Les restrictions du droit d’asile, un droit qui n’est de plus en plus que virtuel en France, touchent bien sûr aussi les femmes. Qu’en est-il du droit d’asile pour celles qui fuient un mariage forcé, l’excision de leurs fillettes, les réseaux de prostitution, les crimes d’honneur ou les discriminations et violences quotidiennes dans des pays où l’oppression des femmes est inscrite dans la loi ou dans ceux où elles n’ont aucune protection réelle face aux violences machistes ? Qu’on se souvienne de Najlae, jeune lycéenne marocaine de 19 ans, expulsée en février 2010 alors qu’elle était menacée de mariage forcé, ou de Madame Raba, expulsée avec ses enfants et son mari, au Kosovo où elle avait été violée par des milices nationalistes… Pour ces deux femmes, la mobilisation, en particulier celle de RESF, a finalement permis leur retour en France. Mais combien de femmes et de jeunes filles expulsées en silence, sans que personne ne soit au courant, vers les pires violences que l’on peut faire subir à un être humain parce que c’est une femme ? Là aussi, si un gouvernement s’intéressait un tant soit peu au droit des femmes, et en particulier des femmes étrangères, une des premières mesures serait d’assurer le droit d’asile pour toutes celles qui sont persécutées parce que nées femmes.

 

La Grande-Bretagne est loin d’être un régime idéal, pourtant, dans ce pays, il existe une unité spéciale, la Forced Marriage Unity (FMU), présente également dans des pays comme le Pakistan ou l’Inde, et qui recherche les jeunes filles et femmes résidentes britanniques qui disparaissent lors de vacances suite à un mariage forcé. La FMU, grâce à un réseau de contacts, recherche ces jeunes filles et femmes jusque dans les villages les plus reculés, et, une fois qu’elles sont retrouvées, élabore des stratégies pour les faire rapatrier en Grande-Bretagne. Voilà une mesure concrète d’un gouvernement qui permet d’aider des centaines de jeunes filles et jeunes femmes chaque année. En France, au contraire, si une jeune femme est mariée de force à l’étranger, il faudra qu’elle trouve, seule, les forces pour contacter l’ambassade et se faire rapatrier.

 

Ce sont là juste quelques exemples de lois à abroger ou de mesures qu’un gouvernement qui aurait vraiment pour but d’améliorer la situation des femmes étrangères pourrait prendre. Or, non seulement ce n’est pas le cas du gouvernement actuel, mais toutes ses campagnes de chasse aux sans-papiers visant à faire du chiffre, ses campagnes racistes contre les Roms ou les Arabes, la remise en cause du droit d’asile et les mesures visant à réprimer l’immigration, tout cela se retourne également contre les femmes étrangères, les précarise et renforce le pouvoir patriarcal contre les droits des femmes.

 

Alors, si les communistes sont bien entendu contre le niqab, le tchador, la burqa et autres symboles d’oppression des femmes, s’il est hors de question que des communistes puissent manifester pour «le droit au niqab» qui n’est que le droit de porter des chaînes, nous dénonçons l’hypocrisie de cette nouvelle loi démagogique. Et nous nous tenons, aux côtés des femmes de toute origine, aux côtés des sans-papiers, des immigré(e)s, bref des êtres humains de tout sexe, de toute origine ou nationalité pour l’égalité entre toutes et tous.

 

Camille Boudjak
Initiative Communiste-Ouvrière, 12 avril 2011.

 


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