Insurrection égyptienne - 8 février

Publié le par la Rédaction

Égypte : manifestation monstre place Tahrir

 

Des dizaines de milliers de manifestants réclament toujours le départ de Moubarak au Caire, mais aussi à Alexandrie et à Minya.

 

 

Entré dans sa troisième semaine, le mouvement de contestation reste important en Égypte. Dans le centre du Caire, la place Tahrir était noire de monde mardi en début d'après-midi. Des dizaines de milliers de personnes se sont rassemblées pour réclamer le départ du président Hosni Moubarak, suivant l'appel de l'opposition à une grande journée de manifestation. «Nous sommes le peuple, nous sommes le pouvoir», scandaient-ils.

 

Parmi ces protestataires se trouvaient les nombreux manifestants qui ont une nouvelle fois campé pendant la nuit, mais aussi de nouveaux venus. «Nous avons entendu dire qu'un million de personnes allaient manifester aujourd'hui», explique Mahmoud, 26 ans, arrivé avec un groupe d'amis de Fayoum, au sud de la capitale. «Le peuple veut faire tomber le régime», pouvait-on lire sur des banderoles déployées par les manifestants, dont beaucoup portaient également des drapeaux égyptiens. Dans d'autres villes du pays, près de 20.000 personnes ont également manifesté contre le régime, dont 5000 à Alexandrie et 5000 à Minya.

 

Depuis ce week-end, Hosni Moubarak a pourtant multiplié les concessions pour tenter de calmer la contestation. Dans le cadre du «dialogue national» entamé avec l'opposition, dont les Frères musulmans, le président égyptien a formé une commission qui aura pour mission d'amender la Constitution, a indiqué mardi le vice-président Omar Souleimane. Cette annonce intervient après la promesse lundi d'une hausse de 15% des salaires des fonctionnaires et des retraites à partir du 1er avril. Le chef de l'État a également demandé la formation d'une commission d'enquête sur les affrontements qui avaient fait au moins trois morts et des centaines de blessés le 2 février au Caire. À ces mesures s'ajoute l'engagement de Moubarak, au pouvoir depuis près de 30 ans, de ne pas briguer un sixième mandat en septembre prochain.

 

 

«Ils essaient de nous leurrer»

 

Malgré ces promesses, la mobilisation ne faiblit pas sur la place Tahrir, devenue un village de tentes retranché où, malgré les nuits fraîches, la fatigue et les mauvaises conditions sanitaires, les manifestants se relaient jour et nuit pour protester. «Cela fait cinq jours que je suis là, lance Mohammed, ingénieur originaire de Fayoum. Nous resterons jusqu'à ce que Moubarak parte.» «Ils essaient de nous leurrer», affirme de son côté Mohammad, 36 ans, en évoquant la promesse d'augmentation des salaires. «C'est un pot-de-vin politique pour réduire le peuple au silence.»

 

Dans une intervention à la télévision d'État mardi, le vice-président Souleimane a assuré que des instructions avaient été données pour empêcher toute «poursuite» ou harcèlement à l'encontre des manifestants. Les affrontements ont fait au moins 297 morts depuis le 25 janvier en Égypte, selon l'ONG Human Rights Watch, qui estime que le bilan réel est probablement beaucoup plus élevé. Cependant, depuis le 3 février, les manifestations se déroulent le plus souvent dans le calme. De nouveaux magasins ont rouvert cette semaine tandis que de nombreux Cairotes reprenaient le chemin du travail. Les autorités ont à nouveau réduit hier la durée du couvre-feu, désormais en vigueur entre 20h et 6h. 

 

Leur presse (Louis Haushalter,
Le Figaro), 8 février 2011.

 


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