Incendie du CRA de Vincennes : dix sans-papiers comparaîtront début 2010

Publié le par la Rédaction


Dix étrangers en situation irrégulière seront jugés en janvier 2010 à Paris pour leur participation présumée à l’incendie qui avait dévasté le 21 juin 2008 le Centre de rétention (CRA) de Vincennes, au lendemain du décès d’un Tunisien dans des circonstances obscures.

Ces dix personnes, originaires d’Afrique noire et du Maghreb, ont été
renvoyées en correctionnelle par le juge d’instruction parisien Alain Nguyen pour «destruction de bien par incendie» et «violences sur agents de la force publique avec incapacité totale de travail de moins de huit jours», selon une source judiciaire.

Le procès devrait se tenir devant la 16e chambre du tribunal correctionnel sur trois jours en janvier. Parmi ces dix personnes, identifiées par le visionnage des caméras de surveillance du centre, une se trouve toujours en détention provisoire. Les autres ont été placées sous contrôle judiciaire.


Le 21 juin 2008 dans l’après-midi, une manifestation de soutien aux étrangers se déroulait aux abords du centre, au lendemain du décès, «dans des circonstances non élucidées» selon la Cimade, la seule association présente à ce jour dans les lieux de rétention, d’un Tunisien de 41 ans. Les services du ministère de l’Immigration avaient de leur côté évoqué une «crise cardiaque».

Pendant cette manifestation, des retenus avaient commencé à dégrader les locaux, cassant portes et fenêtres et rassemblant des matelas en plusieurs points du bâtiment en signe de protestation.

En milieu d’après-midi, plusieurs départs d’incendie étaient enregistrés, entraînant finalement la destruction des deux bâtiments du centre. Au moment de l’incendie, le CRA de Vincennes, le plus grand de France, comptait 249 retenus pour une capacité de 280 places.

«C’est un dossier complètement carencé, avec une instruction menée uniquement à charge et qui n’a consisté qu’à arrêter des gens car il fallait trouver des coupables et à les placer de longs mois en détention provisoire», a dénoncé à l’AFP l’avocate d’un des retenus, Irène Terrel.

Me Terrel, dont le client a passé «huit mois en détention et n’a été interrogé qu’une fois», affirme ainsi avoir demandé en vain des expertises des matériaux utilisés au CRA «qui a brûlé très facilement».

«Ces personnes ont été traitées comme une simple bande de délinquants, sans que le décès d’un retenu la veille ni les conditions déplorables de rétention n’aient été prises en compte», a-t-elle regretté.

Cet incendie avait suscité une vive polémique, un des porte-parole de l’UMP, Frédéric Lefebvre, étant monté au créneau pour mettre en cause les «provocations» des associations qui manifestaient le jour de l’incendie.

Celles-ci avaient obtenu le soutien du maire (UMP) de Versailles, Étienne Pinte, pour qui ce «drame» était «malheureusement prévisible» car la politique d’immigration du gouvernement a provoqué des «situations explosives».

Quinze jours avant le sinistre, la Commission nationale de contrôle des centres et locaux de rétention administrative et des zones d’attente (CRAZA) tirait d’ailleurs la sonnette d’alarme dans un rapport remis au gouvernement.

La commission y soulignait le «climat de tension et de violence qui règne de façon permanente dans tous les CRA et spécialement à Vincennes, où un rien suffit à mettre le feu aux poudres» et souhaitait «très fermement que la capacité du pôle de Vincennes soit ramenée» à 140 places maximum.

Leur presse (Mathieu Foulkes, AFP), 9 novembre 2009.

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