Incendiaires ? Eh bien ! J'en suis !

Publié le par la Rédaction


Le 22 juin 2008, à l’issue de plusieurs mois de mobilisation, la révolte éclatait au Centre de rétention administratif de Vincennes après la répression violente d’une marche en hommage à un détenu, Salem Souli, décédé la veille sans avoir reçu les soins qu’il réclamait. Le plus grand CRA de France partait en fumée. Moins de rafles et d’expulsions dans la région parisienne : la machine répressive était enrayée pour un temps.
Les 25, 26 et 27 janvier 2010, une dizaine d’anciens «retenus», étrangers en situation dite irrégulière, seront jugés à Paris pour cet incendie. Comme à l’habitude en pareilles circonstances, ils ont été choisis un peu au hasard et beaucoup parce qu’ils s’étaient fait remarquer dans les luttes précédentes.

Pourquoi ces révoltés
ne susciteraient-ils pas notre solidarité ?

Pourquoi la presse
leur accorderait-elle moins d’attention qu’à d’autres ?

Parce qu’à retenir leurs prénoms sont difficiles ?
Ni Julien ni Benjamin, ni Christophe ni Elsa, ni Bertrand… Ils se prénomment Ali, Ekma, Mahamadou, Moïse, Nadir…

Peuvent donc pas s’appeler comme tout le monde ?
… C’est qu’ils portent tous les noms du monde.

Ils ne sont pas «toute la misère du monde» !
Il sont une part de sa richesse, de ses capacités créatrices, que les patrons exploitent sans vergogne, dans leurs pays d’origine comme ici. Chassés par les crises locales ou les guerres que mènent les armées que nous entretenons (Afghanistan), ils sont souvent en situation de plus grande pauvreté dans les rues de nos villes que dans les régions qu’ils ont dû fuir.

Le gouvernement
mène à leur égard une politique de terrorisation (rafles, rétentions, expulsions, dissuasion et discrimination à l’égard des mariages mixtes) qui vise à maintenir dans la docilité une main-d’œuvre corvéable à merci. Les grèves de travailleurs sans-papiers dans le bâtiment, la restauration, les services, comme les mouvements de révolte dans de nombreux CRA (Nantes, Bordeaux, Toulouse…) montrent que cette politique se heurte de plus en plus à la mobilisation collective des intéressés.

Nous sommes nombreux à nous souvenir
que Vainqueur de la Bastille fut, après le 14 juillet 1789, un titre de gloire (d’ailleurs reconnu par une loi de 1833 qui allouait une pension aux survivants). Nous n’avons pas perdu non plus le souvenir des Communards qui incendièrent en 1871 les Tuileries, la Cour des comptes, le Conseil d’État, le palais de la Légion d’honneur, le ministère des Finances et l’Hôtel de Ville. Ni des nombreuses combattantes ou simples femmes du peuple exécutées par la soldatesque comme «pétroleuses».

Brûler un symbole de l’oppression, détruire une prison
, l’acte de révolte logique que l’on reproche sans preuve aux inculpés de Vincennes ne nous est pas étranger. Nous nous y reconnaissons pleinement.

Incendiaires ? Eh bien ! J’en suis !


Claude Guillon, 1er janvier 2010.

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