Huicomabougou entre en grève de la faim

Publié le par la Rédaction

 Huicomabougou entre en grève de la faim

 

 

Depuis le 10 novembre 2009, nous les travailleurs et notre collectif de soutien sommes en occupation illimitée à la Bourse du Travail pour réclamer nos droits légitimes, expliquer à l’opinion publique nationale et internationale la situation qui prévaut au sein de HUICOMA et des villes de Koulikoro, Koutiala, Kita.

 

 

Après les marches, les meetings et les démarches auprès de la société civile, des chefs religieux, des partis politiques et du Président de la République afin que tous simpliquent dans notre dossier pour une sortie de crise, la situation na guère évoluée.

 

Lors de la conférence de presse de lUNTM, à loccasion du 1er Mai 2010, Siaka Diakité, le secrétaire général, a assuré lopinion publique nationale que le dossier HUICOMA «allait être définitivement bouclé au plus tard ce soir (30 avril 2010) et il ne reste plus quun petit acte à poser avant la signature du plan social». Il a ajouté : «le Concordat (administration  provisoire de HUICOMA) cest OK, les arriérés de salaires sont disponibles».

 

À cette date, nous travailleurs de Huicoma, étions à 174 jours de siège à la Bourse du Travail. Depuis, le secrétaire général a gardé un long silence et cest de Dakar quil nous apprend, en substance, le 5 mai 2010 que le Premier ministre récuse le paiement des indemnités négociées du plan social et rejette ladministration provisoire, par crainte que Tomota nattaque le gouvernement en justice. Cette déclaration est totalement contraire aux assurances antérieures données par Siaka Diakité.

 

Aujourdhui, après 182 jours, soit plus de 6 mois de sit-in, nous avons décidé de prendre notre destin en main afin dabréger nos souffrances en même temps que celles de nos femmes, de nos enfants et de nos parents.

 

Pour compter de ce jour lundi 10 mai 2010, lensemble des travailleurs de HUICOMA présents à la Bourse du Travail observent une grève de la faim en solidarité avec nos familles qui depuis six ans souffrent, ne mangent plus à leur faim. Nous cessons de nous alimenter jusquà la satisfaction des points suivants :

— Le retrait de HUICOMA au groupe Tomota pour cause de mauvaise gestion avérée et pour violation du cahier de charges de lacte de cession des actions de HUICOMA ; 
— Louverture dune enquête judiciaire contre Aliou Tomota et son Groupe ; 
— La réintégration de tous les travailleurs à leur ancien poste et catégorie ; 
— La régularisation de la situation administrative des travailleurs ; 
— Le paiement des arriérés de salaire dont 5 mois pour les travailleurs en activité et 32 mois pour les supposés travailleurs licenciés, avec en plus des dédommagements ; 
— Le reversement des cotisatons à lINPS ; 
— La reprise des activités de lHUICOMA.

 

Notre attitude est la conséquence du mépris des travailleurs par le gouvernement malien, de linjustice et de lirresponsabilité. Sinon comment comprendre que les travailleurs de la SOTELMA et de la CMDT dont les sociétés ont été privatisées après HUICOMA, ont bénéficié de leur plan social avec des indemnités négociées ?

 

Nous condamnons ici lattitude du gouvernement malien qui a fui ses responsabilités face à la misère des travailleurs et à la toute puissance du groupe Tomota, en loccurence en la personne de son Premier ministre qui est resté insensible et sourd à nos appels.

 

Étant des Maliens et ayant foi à la démocratie depuis le 26 mars, et aux institutions de notre pays, nous avions pensé retourner chez nous le 26 mars 2010 avec honneur et dignité retrouvés. Où sont donc passés les précurseurs et acteurs de mars 1991 ? Où sont passées les institutions de la République ? Tous ont pourtant été sollicités et pris à témoin. Linterpellation du ministre des Finances par lhonorable député Konimba Sidibé à l’Assemblée nationale le 18 décembre 2009 en témoigne.

 

Pendant six mois nous sommes restés nous-mêmes, nous avons respecté les institutions, les lois et les partenaires. Nous navons pas été compris, car plutôt que faiblesse nous avons montré sagesse en donnant une chance au dialogue et en essayant de résoudre cette crise pacifiquement. Aujourdhui vous aurez des martyrs qui ne sont pas morts par les canons de fusils, comme cétait le cas lors des évènements douloureux de mars 1991, mais par les canons de limpunité, du népotisme, de linjustice et de laffairisme d’État.

 

Nous nous remettons à Dieu tout puissant et nous allons lutter jusqu’au dernier souffle. Nous prenons à témoin lopinion nationale, la communauté internationale et espérons quun jour, justice nous sera rendue, In’cha Allah !

 

Le président de la commission : Bakary Berthé

 

Écrivez votre solidarité : 
Au Premier ministre ;
À la Présidence ; 
Au syndicat CSTM ici et là.

 

Les Travailleurs licenciés et non licenciés de HUICOMA
et leur Collectif de soutien à la Bourse du Travail
 
Communiqué de presse no 6 - Bamako, le 10 mai 2010.

 

 

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Grève de la faim des travailleurs licenciés de HUICOMA :

Quinze organisations de la société civile adressent une lettre ouverte à ATT

 

Une quinzaine d’associations de la société civile malienne ont signé, le 13 mai 2010, une lettre ouverte au Président de la République Amadou Toumani Touré pour l’inviter à s’impliquer personnellement pour la résolution rapide de la crise des travailleurs licenciés et non licenciés de Huicoma. Elles lui ont rappelé qu’ignorer ou banaliser la grève de la faim de nos concitoyens n’est pas acceptable ni moralement, ni politiquement encore moins humainement.

 

Hier soir, la Bourse du Travail du Mali, assiégée depuis le 10 novembre 2009, par les travailleurs licenciés et non licenciés de HUICOMA, a abrité la signature par des organisations de la société civile malienne d’une lettre ouverte au Président ATT.  Dans leur combat pour la réalisation de leurs droits, les travailleurs licenciés et non licenciés de HUICOMA ont entamé, depuis le 10 mai 2010, une grève de la faim. La lettre ouverte adressée au Président de la République indique que cette épreuve est un cri de détresse ainsi qu’une interpellation qui ne devrait laisser indifférent aucun Malien.

 

«Jamais auparavant la lutte de nos concitoyens pour leurs droits n’a revêtu cette forme qui met en péril leur vie», rappellent les organisations de la société civile signataires de la lettre. Selon elles, «la résistance et les revendications des travailleurs de HUICOMA s’inscrivent dans le contexte de crise systémique qui remet en question le modèle néolibéral qui a contraint notre pays à se débarrasser des secteurs stratégiques de notre économie». Elles ont ensuite rappelé au Président de la République qu’«ignorer ou banaliser la grève de la faim de nos concitoyens n’est pas acceptable ni moralement ni politiquement encore moins humainement».

 

Et pour mettre le pays à l’abri d’une catastrophe, les acteurs sociaux, religieux, politiques et culturels, signataires de cette lettre ouverte ont proposé des mesures d’urgence. Ce sont : la protection des travailleurs en danger de mort en respectant le plan social élaboré par l’UNTM et convenu avec l’État, le payement des arriérés de salaires, la nomination d’un administrateur provisoire en accord avec les travailleurs, en attendant la définition des modalités de la réhabilitation de l’entreprise dans le sens des intérêts du peuple malien, et la mise en place d’une commission d’enquête indépendante sur les conditions de la cession de l’entreprise et de sa gestion.

 

Les organisations signataires de la lettre ouverte sont : le Parti Sadi, le Foram, l’Union des démunis du Mali, AME, le Forum des organisations de la société civile, CAD-Mali, le Morasma, le Journal Sanfin, le réseau de Communication Kayira, Association des radios communautaires du Mali, l’ONG MEDESSAPCOM, ATVR, Union régionale des retraités de Koulikoro, le Collectif des personnes âgées de Koulikoro et le Mouvement des sans voix.

 

Assane Koné - Le Républicain, 14 mai.

 

 

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Grève de la faim à la Bourse du Travail :

ATT va-t-il laisser mourir les travailleurs de l’HUICOMA de faim ?

 

Après les marches, les meetings et les démarches auprès de la société civile, des chefs religieux, des partis politiques et du Président de la République, les travailleurs licenciés et non de HUICOMA et son collectif de soutien, depuis le 10 mai 2010, ont décidé de passer à une phase suprême de leur lutte pour le respect de leurs droits. «Aujourd’hui 182 jours, soit plus de 6 mois de sit-in, nous avons décidé de prendre notre destin en main afin d’abréger nos souffrances en même temps que celles de nos femmes, de nos enfants et nos parents. Pour compter de ce jour lundi 10 mai 2010, l’ensemble des travailleurs de HUICOMA présents à la Bourse du Travail observent une grève de la faim en solidarité avec nos familles qui depuis six ans souffrent et ne mangent plus à leur faim.» C’est par cette phrase pathétique qu’ils ont annoncée le démarrage de la grève de la faim qu’ils comptent observer jusqu’à la satisfaction de leurs revendications.

 

C’est avec beaucoup de peine que les travailleurs licenciés et non licenciés de Huicoma et son collectif de soutien ont décidé de passer à la solution extrême de la grève de la faim. «Notre attitude est la conséquence de l’injustice, de l’irresponsabilité et du mépris des travailleurs par le Gouvernement malien», indique le communiqué de presse no 6 annonçant la grève de la faim. Dans ce document, les travailleurs n’arrivent pas à comprendre que leurs homologues de la SOTELMA et de la CMDT qui ont été privatisées après HUICOMA aient bénéficié de leur plan social avec des indemnités négociées. Pour cela, ils ont clairement indiqué qu’ils condamnent «l’attitude du Gouvernement malien qui a fui ses responsabilités face à la misère des travailleurs, en l’occurrence en la personne de son premier ministre qui est resté insensible et sourd à nos appels».

 

Dans leur communiqué de presse, les travailleurs ont noté qu’en leur qualité de Maliens et ayant foi à la démocratie depuis le 26 mars 1991 et aux institutions de leur pays, qu’ils avaient pensé retourner chez eux le 26 mars 2010 avec honneur et dignité retrouvés. Et comme cela n’a pas eu lieu, ils se posent un certain nombre de questions : «Où sont donc passés les précurseurs et acteurs de mars 1991 ? Où sont passées les institutions de la République ?» Ces travailleurs estiment qu’ils ont sollicité toutes ces personnalités et institutions et les ont prises à témoin. En guise d’exemple, ils ont rappelé l’interpellation du ministre des Finances par l’honorable Koniba Sidibé à l’Assemblée nationale le 18 décembre 2009. «Pendant six mois, nous sommes restés nous-mêmes, nous avons respecté les institutions, les lois et les partenaires. Nous n’avons pas été compris, car plutôt que faiblesse nous avons montré sagesse en donnant un chance au dialogue et en essayant de résoudre cette crise pacifiquement.»

 

«Aujourd’hui, vous aurez des martyrs qui ne sont pas morts par les canons de fusils comme c’était le cas lors des évènements douloureux de mars 1991, mais par les canons de l’impunité, du népotisme, de l’injustice et de l’affairisme d’État», ajoute le communiqué. Impuissants et humiliés, les travailleurs sont aujourd’hui dans la logique de se faire hara-kiri, tant qu’ils n’auront pas gain de cause. À notre passage à la Bourse du Travail hier dans la matinée, des médecins présents s’acharnaient pour mettre hors de danger des grévistes de la faim qui commençaient à sentir les premières séquelles de leur action. Et aujourd’hui, les Maliens sont suspendus à Koulouba. Tous veulent voir si ATT va laisser mourir un Malien dans une grève de la faim, quand on sait que la revendication est légitime et fondée en droit.

 

Assane Koné - Le Républicain, 13 mai.

 

Publié dans Colère ouvrière

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