Londres : le tournant insurrectionnel du 26 mars

Publié le par la Rédaction

À Londres comme partout, prenons l'offensive !

 

La grande journée contre les mesures d'austérité à Londres, à la base «journée syndicale» comme on les connaît tant dans la France pacifiée, a été détournée par les nombreux groupes anarchistes, libertaires, autonomes et radicaux antiautoritaires qui ont su reprendre l'initiative en se coordonnant autour d'un plan d'action inédit jusqu'alors.

 

 

Lors de cette journée historique, nous avons pu assister pour la toute première fois à l'expérimentation et à l'«application» de stratégies et tactiques de type altermondialistes propres aux contre-sommets à l'échelle et sur le plan de luttes sociales et populaires locales. La réappropriation collective et effective de ces stratégies transnationales de lutte radicale s'est concrétisée dans l'élaboration d'un plan d'action annonçant pas moins de 19 cortèges simultanés répartis en autant de Blocs d'action selon les modalités d'action propres à chaque groupe et individu, allant de l'occupation à la désobéissance civile, du blocage à la résistance directe à la police, du happening à la fanfare, etc. Ainsi nous avons pu assister à la formidable coordination solidaire de formes d'actions variées, avec notamment un Bloc Féministe (le Women's Bloc), un Bloc de travailleurs (Worker's radical Bloc), plusieurs Blacks Bloc (au moins cinq), plusieurs Red et Pink Bloc (LGBT, fanfares, batucada, désobéissance civile, etc.), un Book Bloc (étudiants équipés défensivement pour l'action directe avec casques et boucliers), un Dissident Bloc (actions «symboliques»), etc.

 

Non seulement ces stratégies ont été réappropriées sur un plan de lutte locale mais également et surtout transmises aux gens et à la population qui ont pu saisir ces outils de lutte selon leurs affinités et motivations. Et des lycéens aux travailleurs, des étudiants aux chômeurs, et de l'ensemble des prolétaires et précaires, chacun a pu se réapproprier individuellement et collectivement sa propre manière de lutter.

 

Par ailleurs, on peut noter la remarquable complémentarité et solidarité entre les formes d'action : pas de dogme de pacifisme béat et béant, pas de représentants ni organisateurs officiels ou officieux, pas de légalisme dominant, choses si tristement récurrentes lors des sommets avec de graves conséquences politiques (rappelons par exemple que le Service d'Ordre de la CGT a donné des adeptes de l'action directe en Black Bloc aux flics lors de l'Otan). Rien de tout cela à Londres, complémentarité, solidarité, auto-organisation horizontale laissant libre cours aux initiatives de chaque groupe et cortège.

 

En outre, au-delà d'une stricte journée d'action, même radicale et coordonnée, populaire et générale, les perspectives sont là : actions communes d'occupations de plusieurs parcs et bâtiments en vue d'une mise en durée du mouvement de fait insurrectionnel, et en écho aux révolutions du monde arabe. Ainsi, faire de Trafalguar Square une Place Tahrir, comme d'autres lieux. Tandis que tous les campus et universités sont déjà occupés par les étudiants et les ont ouverts en autant de Centres de Convergence, Infos Point et d'action.

 

Enfin, la coordination de l'information est également présente : indymedia London relaie infos et appels avec le réseau Resist26, sans compter la radio libertaire X26 qui crache du gros son dubstep suivi de rap anar français, parsemé de topos-briefing, et de rappels des conseils en action et en cas d'arrestation.

 

 

Côté répression, l'État n'a déployé que 5000 flics, face à une affluence de 500'000 personnes en pleine capitale. La police anti-émeute fut débordée toute la journée. Bien moins équipée qu'en France (pas de tenue robocop, pas de flashball, pas de grenades lacrymogènes, pas de canons à eau, pas de voltigeurs, pas de paintball, pas de taser), ils s'en sont tenus à la matraque et au corps à corps, parfois sans bouclier, mais bénéficiant néanmoins de chevaux et d'hélicoptères. Aussi, pour rare que cela soit, on a pu voir la police reculer, repoussée dans ses charges par des contre-attaques de manifestants.

 

L'Odéon a été occupé par des groupes anarchistes qui y ont hissé le drapeau rouge et noir. Trafalguar Square et Hype Park ont été occupé, avec la préparation autogestionnaire de sanitaires, de tentes, de ravitaillement, etc. Le magasin Manson a été occupé, ainsi qu'un hôtel de luxe.

 

 

 

Plusieurs dizaines de grands magasins de luxe et quelques grands hôtels bourgeois ont été dévastés, saccagés et détruits. Les flics ont la plupart du temps été repoussés. On dénombre pour l'heure une vingtaine de blessés et autant d'arrestations chez les manifestants, cinq blessés chez les flics. Les briefings de Radio X26 nous faisaient entendre la détermination populaire criant à plusieurs milliers “ALL STREETS, OUR STREETS”, ou des slogans anticapitalistes radicaux.

 

 

Pour le détail de la journée en elle-même à présent : Actualutte a fait un suivi en direct que l'on peut retrouver sur cette page avec photos et vidéos.

 

Les premiers rassemblements ont commencé dès 11h-12h du matin.

 

À 15h, des milliers de manifestants occupent Hyde Park.

 

15h30, les premiers affrontements opposent les groupes Blacks Bloc et forces de l'ordre.

 

15h45 : HSBC a été pris d’assaut et occupé. M & S aussi selon x26 Radio.

 

15h50 : Lu sur twitter : Le très luxueux Hôtel Ritz est pris d’assaut par des manifestants. Le Black Bloc répand de la peinture.

 

16h05 : Des manifestants tentent de se diriger vers l’Hôtel Hilton à proximité de Green Park. Tirs de fumigènes.

 

16h30 : La police charge les manifestants dans la rue South Audley.

 

16h35 : Le magasin Westminster Porsche (voitures de luxe) est attaqué.

 

 

17h00 : 13 magasins symboliques auraient été visés par le Black block (Westminster Porsche, HSBC, Starbucks).

 

17h10 : Violents affrontements dans la rue Audley, 14 manifestants auraient été blessés.

 

17h15 : 1000 personnes manifestants descendent Regent Street. La police anti-émeute arrive à Oxford Street depuis le sud.

 

17h35 : Le théâtre de l’Odéon, Leicester Square, au cœur du quartier des théâtres de Londres, a été occupée aujourd’hui par les anarchistes drapant un immense drapeau noir et rouge de son toit. L’occupation qui s’est passée en début d’après-midi, au début d’un élan majeur de rage contre les mesures d’austérité du gouvernement.

 

17h40 : Rapport de police : 4 policiers blessés. 13 personnes arrêtées pour des dommages criminels et d’infractions à l’ordre public.

 

17h45 : Un bloc de 1000 personnes se dirigeant vers l’avenue Shaftesbury de Piccadilly. La présence policière dans le quartier est faible.

 

17h50 : Le magasin Manson pris d’assaut.

 

19h20 : Une tente a été mis en place à Trafalgar Square, un grand nombre de personnes s’y rassemblent. La fin du principal cortège arrive seulement à Hyde Park, illustrant l’ampleur de la protestation aujourd’hui. De nombreux affrontements avec la police continuent de Picadilly et de nombreux feux d’artifice sont lancés.

 

19h25 : Les policiers anti-émeutes ont été repoussés sur Picadilly Road, l’ensemble de Pic Circus est occupé par des manifestants.

 

19h35 : Le campement  pour occuper Hyde Park a commencé avec des tentes qui sont installées, pour appeler les gens à se joindre à eux. À Piccadilly Circus, autour de 800/1000 personnes sont rassemblées.

 

19h45 : La police charge de la foule à Piccadilly.

 

 

À LONDRES COMME PARTOUT, PRENONS L'OFFENSIVE

 

À L'HEURE OÙ NOUS RÉDIGEONS CECI, LES AFFRONTEMENTS CONTINUENT ET LES OCCUPATIONS TIENNENT BON, IL EST DÉSORMAIS TEMPS D'ÉTENDRE LA RÉVOLTE.

 

Les camarades anglais ont su nous montrer qu'il n'y avait pas de circonstances à attendre, mais des conditions à créer. Ils ont su montrer la vulnérabilité de la police et du pouvoir, la capacité de reprendre notre lutte en main et de la rendre offensive, sans délégation, sans représentation, sans médiation, sans autorisation : ne comptant que sur la complémentarité des outils de lutte et la solidarité dans la lutte globale contre la précarité sociale, le capitalisme et l'État, le peuple anglais a amorcé un tournant dans la lutte sociale en Europe, par sa force de frappe insurrectionnelle.

 

Le peuple s'est retrouvé dans les occupations, les réquisitions, les blocages, la résistance frontale et solidaire face à la police, la joie, la fête, la détermination, la combativité, et a su se réapproprier la rue et le rapport de force.

 

Les camarades anglais nous donnent les pistes pour entrer en rapport de force direct contre l'État et le capitalisme, à nous de nous les réapproprier, ici et maintenant, localement et fédéralement. Propageons la révolte, et de la Tunisie à la Grèce, de l'Égypte au Portugal, du Wisconsin à Berlin, faisons vaciller les pouvoirs et reprenons notre présent en main, pour un futur à construire maintenant.

 

Alors que les plans d'austérité nous sont imposés comme des mesures dite inéluctables, que la précarité touche l'ensemble de la population pour sauver les banques de leur folie spéculative ;

 

Alors que le capitalisme nous assassine par la loi du profit et du contrôle, par le nucléaire qu'il n'a jamais maîtrisé et qui assassine écosystème et populations, par les durcissements répressifs et l'État-policier tout puissant, par les licenciements et la misère,

 

NE LAISSONS PAS NOS FRÈRES ET NOS SŒURS BRITANNIQUES SE BATTRE SEULS,

JETONS-NOUS DANS LA LUTTE,

JETONS-NOUS DANS LA GUERRE SOCIALE que l'État et le Capital nous ont imposé et que nous assumons, dans laquelle nous prenons position,

 

À Londres comme partout,

Nous ne demanderons rien, nous ne revendiquerons rien,

 

NOUS PRENDRONS, NOUS OCCUPERONS.

 

guitoto - samedi 26 mars 2011, 20h30.

 

 

 

 

Manifestation à Londres : des grands magasins et des banques pris pour cibles

 

Des activistes s'en sont pris samedi à des boutiques et à des banques au cœur de Londres, dont le célèbre grand magasin Fortnum and Mason, en marge d'une très importante manifestation syndicale contre la politique d'austérité gouvernementale.

 

Le groupe UK Uncut a annoncé dans un communiqué être à l'origine de l'occupation du magasin, temple du luxe situé dans le quartier ultra-touristique de Piccadilly, qu'il a accusé de se livrer à de «l'évasion fiscale».

 

Ce mouvement, qui s'est déjà fait connaître ces derniers mois par une série d'actions contre des entreprises pour le même motif, voudrait que le gouvernement traque l'évasion fiscale plutôt que de faire des coupes claires dans les dépenses publiques pour réduire les déficits.

 

Peu auparavant, des échauffourées avaient eu lieu en marge de la manifestation, à Oxford Street, une grande artère commerçante de la capitale britannique. Des perturbateurs, agissant souvent le visage masqué et brandissant des drapeaux noirs et rouges, avaient attaqué à coups de peinture et de bouteilles de verre des magasins et des banques et brisé des vitrines.

 

Malgré un important dispositif de sécurité dans la capitale où 4.500 policiers avaient été déployés, des incidents se sont produits également à Cambridge Circus. Non loin de là, à Oxford Circus, une des places les plus fréquentées de la capitale, des manifestants avaient allumé un feu au milieu du carrefour, a constaté un journaliste de l'AFP.

 

Des ampoules remplies d'ammoniaque ont été lancées en direction des forces de l'ordre, selon la police.

 

L'hôtel Ritz a également été pris pour cible par des attaquants qui ont jeté des projectiles sur la façade et l'ont maculée de peinture.

 

Neuf personnes ont été arrêtées et cinq policiers ont été blessés, d'après la police. Celle-ci estime que quelque 500 activistes seraient à l'origine de ces désordres, alors que le défilé syndical, qui a rassemblé plusieurs centaines de milliers de manifestants pendant plus de cinq heures dans le centre de Londres, s'est déroulé dans le calme.

 

La confédération des syndicats britanniques (Trades Union Congress, TUC) a condamné les violences, tout en assurant qu'elles n'étaient pas le fait des manifestants. Elle a «regretté amèrement» ces actes, soulignant que «les agissements de quelques centaines de personnes» ne devaient pas «faire oublier que des centaines de milliers de personnes ont voulu envoyer un message au gouvernement. C'est le cœur de la Grande-Bretagne qui s'est exprimé.»

 

La police elle-même a refusé de faire l'amalgame entre les échauffourées et la manifestation proprement dite.

 

«Je ne qualifierai pas de manifestants» les personnes à l'origine des attaques, «ils se sont livrés à des activités criminelles pour leur propre compte», a affirmé le commandant de police Bob Broadhurst.

 

Leur presse (Agence Faut Payer), 26 mars.

 

 

 

 

Heurts à Londres pendant la manifestation anti-austérité


Des manifestants ont affronté la police et brisé des vitrines samedi dans le centre de Londres, où des dizaines de milliers de Britanniques défilaient pour dénoncer la politique d'austérité du gouvernement.

 

La police redoutait que ce rassemblement ne dégénère à l'instar de ce qui s'est produit en décembre dernier lorsque des manifestations étudiantes contre la hausse des frais universitaires ont provoqué les pires émeutes que Londres ait connues en plusieurs décennies.

 

Des groupes de «casseurs» vêtus de noir et le visage masqué ont lancé des pétards et des fumigènes avant de pénétrer de force dans une agence de la banque HSBC. Ils ont également brisé les vitrines d'un restaurant McDonald's, d'un magasin et d'une autre agence bancaire.

 

Les syndicats ont affirmé que le rassemblement contre la politique d'austérité avait rassemblé bien plus de 250.000 personnes, ce qui en ferait la plus importante manifestation dans la capitale britannique depuis les marches de 2003 contre la guerre en Irak.

 

Quelque 4.500 policiers, certains en tenue anti-émeute, avaient été mobilisés et les organisateurs avaient également déployé un service d'ordre de plusieurs centaines de membres. (…)

 

Leur presse (Reuters), 26 mars.

 

 


Publié dans Colère ouvrière

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