Guy Debord démissionne de la responsabilité de la revue "Internationale situationniste"

Publié le par la Rédaction



Guy Debord aux membres de la section française de l’I.S.
Copie aux sections américaine, italienne, scandinave

Paris, le 28 juillet 1969

C
hers camarades,

Dans de précédentes discussions, nous avons tous convenu qu’il allait devenir nécessaire de changer, malgré son succès et aussi à cause de lui, l’actuelle formule de la revue française : c’est-à-dire son volume, son rythme de parution, et la façon même dont elle a jusqu’ici organisé un ensemble de textes. Ce renouvellement devra donner à tous l’occasion d’une collaboration à égalité, que la qualification spécialisée acquise par deux ou trois de nous dans le maniement de l’ancienne formule ne favorisait certainement pas.

Par conséquent, après la sortie du numéro 12, prévue (si le problème de l’article encore manquant de Mustapha [Khayati] est heureusement résolu) pour le début de septembre, je cesserai d’assumer la responsabilité, tant légale que rédactionnelle, de la «direction» de cette revue.

Le vieux principe révolutionnaire de la rotation des tâches, après si longtemps, suffirait à justifier cette décision. Il a d’autant plus de poids en la circonstance que plusieurs textes de l’I.S. ont grandement mis l’accent sur la cohérence et les capacités suffisantes de tous ses membres. D’autre part, beaucoup de nos adversaires étant portés à me présenter sottement comme «le chef» de l’I.S., je crois que nous devons prendre garde, au point de vue des fabriquants extérieurs de vedettes, à me faire rentrer dans l’ombre autant que nous pourrons. Il serait encore pire, d’un point de vue interne, qu’une confiance accordée automatiquement par l’I.S. finisse par accréditer l’illusion que je pourrais avoir, en quoi que ce soit, un rôle irremplaçable. Ces raisons sont si convainquantes qu’il est inutile d’évoquer quelques motifs personnels, que j’ai en surplus.

Je crois que le prochain camarade que nous aurons à désigner pour cette tâche devrait être choisi en fonction des plans qui pourront être proposés pour la forme future de la revue française. Vu l’importance qu’a eue, et pourrait avoir encore, cette revue pour l’ensemble de l’activité situationniste, peut-être conviendrait-il même d’évoquer la question à la prochaine conférence de l’I.S. ?

Amitiés,

Guy

Publié dans Debordiana

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