Les souvenirs au-dessous de tout (Guy Debord aux enchères)

Publié le par la Rédaction


Le très sérieux Nouvel Observateur, sous la plume de Ludovic de Foucaud, évoquait hier la vente aux enchères des lettres de Guy Debord à Jean-François Martos.

L’article réserve en peu de lignes quelques perles.

M. de Foucaud ne comprend manifestement pas l
humour. Il écrit sérieusement que Guy Debord a vraiment pu croire «déceler dans un article du Figaro qui parle dun village gitan en Andalousie du nom de Martos — le même que celui de son ami — une attaque contre ce dernier : “Hasard ou tentative calomniatrice de nos ennemis ? On aura tout vu. (…) MARTOS EST DEVENU ALORS LE SYMBOLE NÉGATIF.”»

Mais il y a mieux. On croyait savoir que c
était la veuve de Guy Debord, Alice Debord, qui avait fait un procès à Jean-François Martos pour la publication de sa Correspondance avec Guy Debord. Létourdi M. de Foucaud pense plutôt quil sagissait de «la fille de lécrivain», un secret aussi bien gardé jusque-là que Mazarine en son temps. Allez-y voir vous-même, si vous ne voulez pas me croire.

Nota bene : Peu après la publication de notre billet, Alice Debord est mystérieusement redevenue Alice Becker-Ho, «la veuve de l’écrivain», dans l’article de M. de Foucaud.
Ci-dessous la version originale de l’article.

Jules Bonnot de la Bande, 16 décembre 2009.


Guy Debord aux enchères
Des lettres, mais aussi des photos érotiques détournées
Artcurial organise le 16 décembre à l’hôtel Marcel-Dassault, une vente aux enchères qui comportera la correspondance de Guy Debord avec lhistorien Jean-François Martos, auteur de lHistoire de lInternationale situationniste.
Il sagit dune cinquantaine denvois, de 1981 à 1990, après sa rupture avec le milieu situationniste parisien sur lequel il déverse sa bile. Ces lettres témoignent de la vigilance constante de Debord pour les situations politiques en Italie, en Espagne ou en Pologne et montrent lattention quasi obsessionnelle quil porte aux critiques ; il croit même déceler dans un article du Figaro qui parle dun village gitan en Andalousie du nom de Martos — le même que celui de son ami — une attaque contre ce dernier : «Hasard ou tentative calomniatrice de nos ennemis ? On aura tout vu. (…) MARTOS EST DEVENU ALORS LE SYMBOLE NÉGATIF.»
Cette correspondance est répartie en quatre ensembles chronologiques et variés estimés entre 14 et 18'000 euros, composés de lettres, manuscrites ou tapuscrites, cartons bristol, cartes postales, et coupures de presse annotées (lots 285 à 289). Il avoue dailleurs à «Jeff», qu’il préfère taper à la machine : «Excuse mon écriture de malade mental, très manifestement : je nai pas ici de machine à écrire, et on boit de bien bonnes choses.»
Jean-François Martos avait déjà publié ces lettres, avant quelles ne soient retirées des librairies par la fille de lécrivain, Alice Debord. Cette vente interviendra presque un an jour pour jour après que le ministère de la Culture alors dirigé par Christine Albanel ne fasse classer les archives de lagitateur «trésor national», en réponse à la convoitise de lUniversité américaine de Yale.
Outre les lettres, la vente comportera aussi des documents sur le situationnisme (lots 374 à 385), avec notamment cette couverture muette en papier verré brun destiné à abîmer les autres livres de la bibliothèque où il est rangé, et des photos érotiques détournées, dont celle-ci, de 1964, qu’on aime beaucoup.
Leur presse (Ludovic de Foucaud,
Le Nouvel Observateur), 15 décembre.

Guy Debord aux enchères
Artcurial met en vente une partie de la correspondance de l’écrivain mercredi 16 décembre à Paris.
Une partie de la correspondance de l’écrivain et philosophe situationniste Guy Debord est mise aux enchères ce mercredi 16 décembre chez Artcurial, à Paris.
Estimée à 56'000 euros, elle est constituée d’une cinquantaine de lettres adressées de 1981 à 1990 à l’écrivain situationniste Jean-François Martos.
Lettres, cartes postales, fiches et tapuscrits, sont regroupées en quatre ensembles, estimés chacun de 14'000 à 16'000 euros.
Publiée par les éditions Fin mot de l’histoire en 1998, cette correspondance avait été retirée de la vente, à la suite d’un procès intenté par Alice Debord, la veuve de l’écrivain.
Début 2009, l’État français a classé «Trésor national» les archives de Guy Debord, et la Commission consultative des trésors nationaux l’a qualifié comme un des penseurs «les plus importants et capital dans l’histoire des idées de la seconde moitié du XXe siècle».
Leur presse (Livres Hebdo), 15 décembre.



Lot 285
Guy Debord Correspondance avec J.-Fr. Martos, 1981 à 1982

11 pièces. Sur la campagne pour la libération des prisonniers de Ségovie, de l'Espagne à la Pologne en révolte, en passant par l'Italie de la Brigade Rouge (et la relation avec Gianfranco Sanguinetti).
— L.T.S., 5 mai 1981. Annonce la sortie de son dernier film In Girum Imus Nocte Et Consumimur Igni pour le 6 mai, il ne passera que pendant un temps fort bref. Demande qu’on lui envoie des exemplaires de la carte «Négation de la négation».
— Affiche de Ségovie, A Los Libertarios, 1980 [46, 5 x 31, 6 cm], texte de G. Debord non signé, état neuf.
— L.T.S., 24 juillet 1981, enveloppe, 2 p. Sur l'éclatement du groupe espagnol et de ses suites, règlements de comptes et opposition interne, son amitié passée avec Gianfranco Sanguinetti par rapport à celle de Martos à ce moment et les dangers : "j'ai été ami de Gianfranco. Je ne voudrais pas, des années après, décourager ceux qui se trouvent être en ce moment ses amis, en leur exposant tout ce que j'en sais et tout ce que j'en pense. En même temps je voulais te mettre en garde contre certains dangers, dont je ne peux plus savoir à quel point Gianfranco les connaît ou se refuse de les connaître."
— L.T.S., 29 août 1981, 1 p. Corr. aut. Sur Sanguinetti et ses influences manipulatrices sur les acteurs du groupe : Sanguinetti ne veut pas répondre à questions brûlantes posées. Parle de provocation quand la critique est élogieuse : "une provocation se profile dans... l'article de la Quinzaine Littéraire. Si tu as vu mon dernier film, tu sais à quel point ces éloges sont immérités et d'une exagération vraiment ridicule. Voudrait-on maintenant me faire passer pour un artiste ? Et même un artiste de gauche ?"
— CARTE POSTALE A.S., 3 déc. 1981, Lisbonne, vue de l’ascenseur de St Justa. Annoté : «Que viva España ! Guy»
— Plans dessinés, sur 2 bristols, encre noire. Plans indicatif dessinés par Debord pour rendez vous dans deux bars de Barcelone.
— Chansons populaires détournées par G.Debord. 5 ff. in-4. Copies corr. de la main de Debord. Grandes ratures et ajouts au stylo bille noir : «Canción del Olivado / El Pronunciamiento del Enero de 1981 / Canción para los Obreros de la S.E.A.T. que estan presos en Segovia / La cancion de Gabriel Botifoll Gomez».
— Copie carbone d’une lettre de Debord à Michel Prigent, 16 juin 1981.
— L.T.S., 10 janv. 1982, corr. ms. Sur la répression en Pologne : "c'est la première fois depuis le 13 décembre que je lis une déclaration véridique sur la répression en Pologne ; et je suis content que ça vienne de toi. Jamais le massif mensonge spectaculaire n'était allé aussi loin, à propos des faits et dans toutes les interprétations. - Tous les pouvoirs souhaitent que les ouvriers polonais crèvent au plus vite". Le félicite pour le détournement d'Ubu sur l'affiche. Sur le milieu situationniste parisien : "ni l'Espagne ni la Pologne n'intéressent tous ces voyeurs et revendeurs de ragots". Sait Martos isolé de ce milieu : "je pense au contraire que c'est pour toi un rare avantage d'avoir réussi à rester à l'écart d'un tel égout".
— L.T.S., 25 fév. 1982, 2 p., corr. ms. Sur Michel Prigent et le milieu parisien : "ils ressemblent fondamentalement aux plus vulgaires des spectateurs actuels, dans la passivité illusionnée et la mauvaise foi jalouse... Ne combattant rien, ils ne comprennent rien; et ainsi ne découvriront jamais rien de bon, pas plus sur le plan de la théorie que dans la routine de leurs jours. S'ils ne savent rien combattre, ils n'osent rien aimer non plus... un tel milieu use pour toujours ceux qui y sont rentrés et restés." A propos des "sanguinettistes, ineptes fanatiques, ... on peut se demander s'ils se considèrent encore comme des gauchistes, même parmi les plus niais, ou si plutôt ils ne sont pas ralliés au mode de pensées des sectes du type Mooniste ?" Puis sur la Brigade Rouge, virulente condamnation : "la B.R. a combattu par les pires moyens, le mouvement de révolte des prisonniers politiques, en les accusant de réformisme". Enfin lui conseille de faire un petit livre sur la Pologne "pour aller contre la falsification de la répression".
— Carte postale, 8 mai 1982, 1 ms. de Séville.
— L.T.S., 16 mai 1982, 1 p. avec corr. ms. Très critique au sujet de Alain Badiou : «Quel dommage s’il n’avait pas été ramassé avec les autres déchets critiques.»
— P.A.S, 15 juin 1982, bristol avec une un plan impr. de la Haute Loire avec annotations aut. pointe bic rouge, indications pour arriver par le train à Champot, la maison de Debord. Au dos du bristol : " Mitterrand [sic] et Maire nous remettent en mémoire, le principe bien connu selon lequel le socialisme, c'est la rigueur ; mais pas l'austérité pour tout le monde".
— Télégramme, 29 juin 1982, télégramme avec enveloppe. Annulation du rendez vous de juillet.
— L.A.S., 21 oct. 1982, 1 p. folio à carreaux, perforations sur bord. "Excuse mon écriture de malade mental, très manifestement : je n'ai pas ici de machine à écrire, et on boit de bien bonnes choses". Très importante lettre sur l'Italie et l'Espagne entre deux putschs. "Le passage des mêmes sottises de Toulouse à Hambourg n'est pas trop étrange : il s'agit d'une sorte d'Interpol de l'édition. Tous ces gens ont aujourd'hui bonne mine, après les révélations accumulées en Italie dans les dernières semaines : quand la Loge P.2, les Services Spéciaux, la Mafia, le Vatican, la Droite etc. se sont si fraternellement partagé la même besogne, où donc étaient les supposés "Staliniens" autonomes de la Brigade Rouge ? Il n'y avait aucune place libre pour eux dans cette jolie boîte de sardines bien tassée. Et où est-il maintenant, le beau Rouillan [Jean-Marc Rouillan, fondateur d'Action Directe, participe à la création d'organisations de lutte armée anti-franquiste (Mouvement ibérique de libération, Groupes d'action révolutionnaire internationalistes)] qui parlait de la Terreur comme un Saint-Just des ordinateurs ?". Pour l'Espagne, il est plutôt pessimiste voire déceptif : "ce putsch est présenté partout comme infiniment mieux conçu que celui du 23 février 1981 - ce qui est facile - On y pare, dans le style du printemps 1936 revu en parodie, en arrêtant trois officiers et en affectant deux autres à un commandement moins décisif." Constate qu'il n'y a aucune préoccupation dans les quartiers populaires et les tavernes.


Estimation 14'000 - 18'000 €
Invendu


Lot 286
Guy Debord Correspondance avec Martos, 1982-1985


L’assassinat de Gérard Lebovici, considérations autour de l’assassinat de Gérard Lebovici. Joint :
— 1 L.A.S., 15 nov. 1982. 1 p. folio à carreaux, perforations sur bord. Constatation critique sur l'état politique de l'Espagne. " Pour l'instant, l'Espagne est heureuse : elle n'a pas de gouvernement. Le putsch est rentré sous terre, sans pertes". À propos d'Ordures et décombres : "Ci-joint, en te remerciant encore pour ta précieuse collaboration, Ordures et décombres [In Girum imus..., Champ Libre, 1982] finalement j'ai trouvé que les textes de ces gens-là, réunis, ce suffiraient pleinement à eux-mêmes et ne méritaient pas un mot de commentaire. Excellente occasion pour un dépassement de la polémique dans la forme de l'écriture". Joint : article d'El Pais daté 14 nov. 1982 sur Santiago Carrillo.
— P.A.S., 13 janv. 1983, carte postale Arles ("d'accord pour le 1er fév.")
— P.A.S., 21 mars 1983, carte postale Séville. La Giralda. "Sin Novedad."
— P.A.S., 24 juin 1983, carte postale photographie de la maison de Champot par G. Debord. "Nous sommes maintenant dans ce désert; et nous vous y attendons pour le 5 août. Sin Novedad veut dire simplement, hélas, Rien de nouveau. Ce fut aussi en 1936, le texte du télégramme qui fut adressé du Maroc aux garnisons d'Espagne, comme signal du pronunciamiento. De nos jours il suffit sans doute de téléphoner à Felipe, dont la discrétion est assurée."
— P.A.S., 17 janv. 1984, carte postale (Vieux Arles). "Reçu ton livre que bien des jours après ta lettre. Le désordre n'est pas seulement en Pologne" Le félicite sur son livre La Contre-révolution Polonaise venant de sortir aux Ed. Champ Libre. "Merci aussi pour les photos. Celles qui ont survécu aux désastres obscurs de la technique sont jolies; Etiennette y paraît encore plus gitane qu'en réalité."
— Affiche : C'est sur nous qu'on tire à Varsovie. 1983. Détournement du Général en Père Ubu aux chars.
— J.-Fr. MARTOS : La Contre révolution Polonaise. Champ Libre, 1983. In-12 br.
— P.A.S., 28 mars 1984, Arles. Bristol. "Rien de nouveau pour l'instant. Journalistes et photographes m'assiègent toujours, sans jusqu'ici arriver à rien."
— P.A.S., 29 avr. 1984, bristol. "Voyer continue" [voir ce qui suit]. Joint : Citation de Shakespeare envoyée par l'Institut de Préhistoire Contemporaine, de J.P. Voyer : "Si les arguments font couler la sueur, les preuves feront couler le sang", annotée par G. Debord "Reçu le 6 avril chez Thierry !" [Thierry Levy son avocat].
— Lettre à Paolo Salvadori, 29 avr. 1984,1 p. carbone tap. 1 corr. ms. Sur l'assassinat de Lebovici, "une exécution par l'ordre social établi" Donne 2 raisons pour l'assassinat : "la Distribution Cinématographique et ses gros intérêts... 2 la fréquentation, très dangereuse, de Sabrina Mesrine...." - 11 juin 1984, bristol. Certitude sur l'assassinat "Il est de plus en plus sûr que le milieu cinématographique est largement mêlé au crime" Ils veulent [Debord, Semprun et Sebastiani] se concerter sur l'ensemble des informations sur Lebovici.
— P.A.S., 22 août 1984, bristol. Il envoie un catalogue biographique le concernant et "un exemplaire original d'un fameux ouvrage paru en 1966 et très généralement attribué à J.-F. Martos" [De la misère en milieu étudiant… Strasboug. 1966 M. Khayati]
— Lettre, 11 déc. 1984 : copie ex-dono manuscrit de G. Debord à Jeff, adressé à Paolo Salvadori. Très longue lettre de 5 p., reproduite p. 191 du livre de Martos malgré la demande de Debord : "P.S. Cette lettre étant enfin écrite, j'en communique des copies à quelques personnes sûres; en les priants de ne pas en faire état jusqu'à un changement ultérieur de la situation."
— Pièce, 22 sept. 1984, carte postale.
— 11 déc. 1984, carte postale. "Misère de la philosophie ! Je ne sais pas qui a pu avoir l'idée, et comment, de me coucher dans ce mauvais lieu. En tout cas, ce n'est pas là qu'il faudra prendre ta documentation." Debord se retrouvait dans un triste Dictionnaire de philosophie !
— 5 fév. 1985, carte postale.
— 9 mai 1985, carte postale. Sur Paolo [Salavadori] "je lui ferai toujours plus confiance pour vous chercher un pou dans la tête que pour nuire l'adversaire. Connais-tu cet Appel de Fleury-Mérogis ? " Il s'agit d'un texte attribué à Knobelpiess.
- 19 juin 1985, carte postale, vues d'Arles ancienne. Au sujet d'un article «Les mots et les balles» paru dans le Monde libertaire du 2 mai 85. «Voilà une façon très nouvelle de me répondre,… mais après un délai de neuf mois ; ce qui fait un bien bel enfant.»

Estimation 14'000 - 18'000 €
Invendu


Lot 287
Guy Debord Correspondance avec Martos, 1985-1987


L’Histoire de l’Internationale Situationniste. Tchernobyl commencement de la fin de l’Empire Soviétique. Le Nouveau Monde… La polémique contre l’Encyclopédie des Nuisances.

Où il est question de Bernard Tapie, de Bertrand Delcour, du mouvement lycéen de 1986, des Commentaires sur la société du spectacle.

«Tous ces morpions ont besoin de s’accrocher au plus médiatique, dans l’espoir d’en tirer un reflet.»

— L.T.S., 14 sept. 1985, 1 p. Annonce la parution de l’Histoire de L’I.S. pour le printemps prochain. [En fait l’édition sera effective en janvier 1989 chez Gérard Lebovici] Lui fait part de conseils : «Ton affaire n’est évidemment pas d’écrire ma biographie. Ainsi tu ne dois pas considérer mes œuvrettes personnelles (cinéma, ou autres)… il s’agit tout simplement de dire ce que les situs ont fait… le point de vue central n’est pas de considérer en quoi ils ont été plus extrémistes que les autres, mais en quoi ils ont été les plus modernes (au sens vrai, c’est-à-dire justement révolutionnaire)…»
— L.T.S., 2 mai 1986, 1 p. avec post-it correctif de G.D. Ne veut en aucun cas parler sur le manuscrit de Martos : «Ce serait risqué d’intervenir dune certaine manière dans ton choix qui ne doit jusquau bout être influencé par aucune considération extérieure.» En parlant de «limmonde» Gayraud qui gravite autour de Floriana et des Éditions Lebovici : «La haine de ces larves thonore.» Termine sur le nucléaire : «Lindustrie nucléaire commence à tenir ses promesses. Je prévois donc que le spectacle va en parler de moins en moins : le seuil dangereux sera révisé en forte hausse. On nie déjà que la destruction dune centrale tue plus de gens que les affrontements de la rue Gay-Lussac…»
— Carte postale, 30 août 1986, vue des Gorges de lAllier et du Nouveau Monde [souligné par Debord]
— Coupure du Figaro, 4 sept. 1986, avec annotation manuscrite de Debord «hasard ou tentative de désinformation calomniatrice de nos ennemis ? On a tout vu.» Le titre de larticle : Espagne : le malaise des gitans. Il a souligné plusieurs fois le nom du village andalou Martos. «MARTOS EST DEVENU ALORS LE SYMBOLE NÉGATIF…»
— L.T.S., 15 sept. 1986, avec nbr. corr. ms. 1 p., enveloppe cons. et annotée. Il trouve très bien quil y ait un livre sur TCHERNOBYL. «Le désastre est lui-même loin dêtre arrivé à son terme… ne peut-on pas espérer que la prochaine révolution russe trouvera un de ses prodromes dans cette effroyable démonstration de la compétence du tyran ? Enfin la Pologne serait vengée…»
— L.A.S. du 13 oct. 1986. 1 page R. «Mais ne serait-ce pas plus inquiétant de plaire à un stalinien ?» à propos du livre dAtlas paru en octobre 86. «Je tenvoie un petit livre vieux dun siècle, qui montre que lextrême connerie a su exister avant la mode contre lI.S. Cest le même esprit méthodique.» (Il sagit de : La France conservatrice et honnête… par A. de Tayac). Sur Tchernobyl : «… Il est grandement rassurant de constater que les enfants gardent toute leur bonne humeur ; et que donc Vaneigem se trouve enchanté de voir enfin sachever la détestable survie !» Sur «limbécile» B. Delcour : «Classe cet insistant taré dans tes archives.»
— L.T.S. 5 nov. 1986. 1 p. «Atlas va être un fou encore plus gênant que Voyer. … cest très injuste de reprocher à Tapie de sinspirer de moi (Atlas le fait avec la double malveillance de lamalgame, contre moi et contre Tapie)… Quil soit, lui, assassiné “en direct” je lui accorderais de bon cœur cette dernière volonté, si cest la sienne.» Sur Delcour : «le quadrillage commence peut-être à se resserrer autour de son obscène personne».
— L.T.S. : 19 déc. 1986, 1 p. «Il a été bien soudain, le reflux de ce charmant mouvement des lycéens. En tous cas, personne ne doutait quAction Directe reprendrait du service en la circonstance ; et na pas déçu ses chefs.» Sur lévolution «de la fameuse société spectaculaire… un néo-stalinisme plus parfait que le premier. Le travail de la critique révolutionnaire nest assurément pas d'amener les gens a croire que la révolution deviendrait impossible !»
— L.T.S., 30 janv. 1987, 1 p.
— Carte postale, 28 mars 1987, ms. Vue de Barcelone, Rambla Cataluña.
— Carte postale, 8 avril 1987, Lauren Bacall & Bogart, ms. «… pas de doute ce Fargette sempruniste veut démontrer que le temps des Nuisances, depuis quil a trouvé de tels Encyclopédistes, vaut mieux que les illusions de 68 ! Depuis Barcelone en 1981, je comprends que cest mon ombre qui est dénoncée chaque fois que quelquun se plaint de ton rôle néfaste.» Joint : Copie faite par G. Debord de sa lettre à J.-P. Baudet du 8 avr. 1987, annotée «copie pour Jeff».
— Carte postale, 4 mai 1987.
— Carte postale, 26 juin 1987. Louise Brooks.
— Carte postale de lI.S., 11 juill. 1987. «LES AVENTURES DE LA DIALECTIQUE» Détournement dune Bd. américaine. «Cher Jeff, les phrases que tu cites sont accablantes pour les Nuisants ! Avec ces phrases et la lettre que J.-P. [Baudet] ma écrite le 3 juillet, il me semble quil serait beau dachever le nuisible blessé, publiquement. Loccasion ne reviendra pas si belle avant longtemps.»

Estimation 14'000 - 18'000 €
Invendu


Lot 288
Guy Debord Correspondance avec Martos, 1987-1990


Autour de la brochure l’Encyclopédie des Puissances (un exemplaire joint) et de l’Histoire de l’Internationale Situationniste (un exemplaire joint), L’affaire Anders, désinformation et désinformateurs.
— Copie de L.T.S., 9 sept. 1987, à J.-Fr. Martos et J.-P. Baudet, copie carbone de la l.t.s. envoyée conjointement aux deux amis, 4 p. tap. monogrammée. Sur le texte anti EdN, "la dénonciation d'une imposture." Il avance le titre définitif de L'Encyclopédie des Puissances. "Il faut se taire, ou bien sonner le glas de cette entreprise illusionniste"
— Carte postale, 4 janv. 1988. Imagerie d'Epinal. Régiment d'Auxerrois 1740, en coul.
— L.T.S., 29 fév. 1988, 1 p.
— L.T.S. du 14 juin 88. Sur L'Histoire de L'I.S. de J.F.Martos. Vient de lire le manuscrit avec beaucoup d'intérêt (QUOIQUE JE CONNAISSE DEJA L'HISOIRE). Apporte des corrections pertinentes "P. 70 "cet article détruisit alors à l'instant le pseudo-Cobra, parce que Jorn était vivant. Mais 20 ans plus tard, l'abusif peintre Alechinsky revient à la charge pour sa propre réclame ; et parvint enfin à faire répéter dans tous les journaux son titre de "fondateur" de cobra ; alors qu'il n' y avait paru, le dernier, qu' au jour de la dissolution !" "P.92 Il vaut mieux dire "Les Signataires " et non les "121". En effet il y eut finalement plus de 200 signataires... je l'ai signé par solidarité avec ses gens, que je considérais tout de même presque tous comme des canailles". P. 95 "La révolution est a réinventer, voila tout" Rétablis ainsi la véritable citation" Pour finir, "plutôt que "Le jeu continue" (qui pourrait sonner un peu trop gai et désinvolte) vaudrait-il mieux dire : "Les hostilités continuent " ? A part cela, je crois que tout est juste. Il n'y a rien a ajouter : Nihil obstat. Ergo : imprimatur".
— L.T.S., 27 juill. 1988, 2 p. Longue lettre à propos d'un article sur Debord dans Le Monde : La malveillance du Monde veut se consoler en lançant la rumeur de mes "divers pseudonymes pas tous identifiés". Je souligne. Je n'ai jamais rien publié sous un pseudonyme" tout a été signé Debord." Suit la liste des divers pseudos utilisés en interne ou sur des lettres : Gondi, Decayeux, Cavalcanti... Sur la revue "Débat" Amusante erreur : c'est eux plutôt qui auraient bien à démontrer que l'avenir de leur société est possible. Ils préfèrent ne plus s'y risquer"
— Carte postale, 22 sept. 1988, morceau d'enveloppe.
— Copie de l.t. à Floriana Lebovici du 130mai 1989, signée au stylo bille, 1 p. A propos de Baudet "J'aurais tant hâte de me découvrir enfin un ennemi, que mes soupçons descendraient à présent jusqu'au niveau de l'insecte". Les réponses de Baudet à ces critiques de Debord figurent dans la Correspondance avec Guy Debord.
— L.T.S., 12 juill. 1989, 1 p. "Je venais d'apprendre mon transfert du KGB à la CIA (ou l 'inverse) ce qu'est devenu le sérieux Times de Londres me fait le plaisir d'illustrer avec éclat mes thèses les plus hardiment "excessives" sur le spectaculaire intégré."
— L.T.S., 24 fév. 1990, 4 p. "J'avais appris le suicide du camarade Pagnon, et je crois que tu le commentes très justement. En fin de compte, et plus ou moins vite, tout le monde s'use. Certains, pour ce qu'ils ont eu le courage de refuser et de risquer. Et d'autres pour ce qu'ils ont eu la bassesse d'accepter, en s'accommodant d'un pauvre confort, à la Ratgeb ; ou en mentant le plus habilement comme un ministre, avant ou pendant son ministère, comme les Semprun...". "Depuis bien plus de trente années j'ai opposé très sincèrement le mépris le plus impassible à toutes sortes d'outrageantes incompréhensions volontaires à propos de ce que j'ai pu écrire de vrai sur n'importe quoi (et c'est beaucoup), de la part de centaines de récupérateurs, médiatiques, politiciens, artistes, policiers, universitaires, historiens, faux révolutionnaires et renégats de notre camp (qui au moins n'osaient en parler que de très loin). Eh bien ! En 1988, les galipettes théorico-historiques de Baudet m'ont énervé." Les réponses de Baudet à ces critiques de Debord figurent dans la Correspondance avec Guy Debord. Joints à l'envoi : Copie d'un extrait de lettre à P. Salvadori, 2 f.
— La fin des éditions Gérard Lebovici, éd. Champ Libre.
— L.T.S., 26 déc. 1990, 4 p. «Cher Jeff, je te remercie pour les documents que tu me transmets. Et je n'oublie pas plusieurs années, durant lesquelles je n'avais réellement gardé de contact avec personne d'autre ; et combien a été précieuse alors cette seule aide.» Plusieurs documents sont joints par G.D. à l'envoi :
— Copie d'article de journaux (Le Times change Debord et Rideau pour les penseurs !) / - Photocopie de la "Note sommaire des Editions G. Lebovici sur les difficultés de la traduction du Panégyrique de Guy Debord", 5 p. avec sceau chinois encre rouge.
— Copie de L.T., 7 juin 1989, à Anagrama, photocopie.
— Copie Photocopie d'un article d'Agamben, 2 p.
— Coupure de journal "Désir sans objet", mots entourés.
— Photocopie d'un document "Université Européenne de l'Environnement", avec annotation encre rouge, 6 p.
— Photocopie de l.t. de G Debord à G. Voitey, 19 janv. 1991, annotation aut. Coordonnées manuscrites G. Debord (petit papier aut.).

Estimation 14'000 - 18'000 €
Invendu


Lot 289
Guy Debord 6 photos avec J.-F. Martos et Étiennette 1983


Tirage contemporain numérique en couleurs. Dans la maison de Guy Debord, Champot, Haute-Loire en 1983. Guy Debord à la casquette le matin en extérieur, avec J.-Fr. Martos. G. Debord a ainsi commenté ces photos : «Merci aussi pour les photos. Celles qui ont survécu au désastre obscur de la technique sont jolies ; Étiennette y paraît encore plus gitane qu’en réalité.» 4 avec Étiennette, intérieur nuit : Debord fumant la pipe, autour d’une table, des verres de vin, cigarettes… 5 format 20,2 x 30,8, une 15,2 x 20,3 cm. Toutes portent au dos la mention : «Tirage original tous droits réservés reproduction interdite…»


Estimation 4000 - 5000 €
Invendu

Publié dans Debordiana

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joss 04/03/2010 16:33



Personne ne remarque l'ironie vraiment loufoque de cette affaire ! On sait qu'Alice Debord et Jean-François Martos se sont autrefois chamaillés pour savoir qui était le véritable héritier de Guy
Debord… Et maintenant, on constate que c'est grâce aux efforts incessants d'Alice Debord pour faire monter la cote des archives de Guy Debord – au point que la BNF les déclarent "Trésor national"
! – que Jean-François Martos a pu espérer vendre au prix fort ses vieilles lettres ! Impayable ! On voit ici que ce qui les unit est bien plus fort que ce qui, en apparence, les sépare.



Jules 26/02/2010 23:58


Pauvre Martos ! Après tant de services rendus à la cause révolutionnaire, pour finir il a voulu vendre sa réputation contre un plat de lentilles, et en plus les gogos n'en ont pas voulu
!
Dorénavant, il faudra qu'il marche à l'ombre en rasant les murs car tous ceux qui le croiseront hurleront : « Art-cu-rial, Art-cu-rial ! »
Quelle pitié !


anita 26/02/2010 11:32



Je vois que vous faites de la vente aux enchères par Martos des lettres de Debord une question d’antériorité entre lui et Alice Debord
(rivalité de préséance sans doute). Mais la question n’est toujours pas là : en quoi les turpitudes pécuniaires d’Alice Debord peuvent-elles expliquer, justifier ou excuser celles de
Martos ?


Si on devait vous suivre, Martos, pensant avoir trouvé pire que lui, peut bien lui aussi et sans gêne faire de même ! Et d’abord, ce
n’est pas lui qui a commencé, expliquez-vous, sans percevoir la faiblesse d’un tel argument.

Etrange morale pour une histoire qui de toute manière reste sordide !



Yvana 25/02/2010 16:25


Mais ma chère Anita, si quelqu’un s’est « livré sans vergogne à une opération qu’il réprouvait sévèrement chez d’autres », c’est bien plutôt Alice Debord qui dès 1996 affirmait dans Le Monde
(rappelez vous, le journal de tous les pouvoirs) que c’étaient les autres qui avaient des « raisons commerciales mal dissimulées », ajoutant : « il n’y a rien à faire fructifier (…) Il n’y a pas
d’héritiers ». Ainsi ce sont les autres qui font du commerce, pas elle ! Quelle hypocrisie ! Prend-on les gens pour des imbéciles ? Debord est certes à nul autre comparable, mais il y a un monde
entre Martos et Alice Debord. En doutez-vous ?


Anita 24/01/2010 00:12



Mais oui, chère Yvana, vous avez raison, à la même époque Guy Debord avait aussi dû vendre tout son mobilier quand n’ayant plus aucun revenu il avait dû quitter
Paris en octobre 1991… mais quel rapport avec l’opération mercantile de la vente aux enchères de la totalité des lettres que Martos avait reçues de Guy Debord ? Voudriez-vous vanter cette
opération et me la donner en exemple ?


Ma critique contre Martos tient dans ce fait qu’il posait auparavant au donneur de leçons pur et dur (plus radical, tu meurs !) et qu’il se livre maintenant
sans vergogne à une opération qu’il réprouvait sévèrement chez d’autres.


Il s’agit ici de cohérence et non de l’opinion que Martos pourrait avoir de lui-même ou qu’il voudrait que nous ayons de lui.


Vos arguments, chère Yvana, ne m’ont guère convaincue et votre maladroite comparaison Martos = Debord encore moins : il  y a un monde entre ces deux personnes. En doutez-vous ?