Grève des chômeurs : Intervention du collectif du 3 mai au CLPS à Rennes

Publié le par la Rédaction

Aujourd'hui mercredi 12 mai, à l’appel du collectif du 3 mai, nous sommes intervenus à une quinzaine dans les locaux du CLPS, un organisme de formation qui accueille également des ateliers sous-traités par Pôle Emploi (Trajectoires Emplois, Cible Emploi, Bilan de compétence approfondi, Mobilisation vers l’emploi et Atelier de recherche d’emploi). Nous avions été informés à plusieurs reprises par des précaires du caractère stérile et infantilisant des ateliers proposés. Notre intention était de dénoncer le recours massif à la sous-traitance, pour des résultats plus que discutables, de l’accompagnement de chômeurs et précaires qui ont bien rarement voix au chapitre.

 

Nous avions confectionné un repas pour la pause déjeuner, lors de laquelle nous avons pu discuter avec un certain nombre de précaires et de salariés, parfois non moins précaires (exemple d’une formatrice en français en CDD de deux mois).

 

Prochain rendez-vous : lundi 17 mai à 18 h à la cantine populaire. Après la coordination bretonne des collectifs de chômeurs et précaires ce week end à Brest, nous discuterons de la suite de la grève des chômeurs sur Rennes et ses environs.

 

Le collectif du 3 mai, 12 mai 2010.

 

 

Plusieurs tracts distribués à l’occasion :

 

La grève des chômeurs et précaires, un mouvement de fond contre l’isolement et la résignation

 

Face à la situation actuelle d’explosion du chômage et de la précarité, le gouvernement n’a rien d’autre à proposer qu’une version light du programme de rigueur qui va être imposé, on pourrait dire expérimenté, sur les cobayes grecs. Au menu, travailler plus et plus longtemps pour moins d’argent. En gros, pour des millions de précaires, survivre avec les minima sociaux, puisqu’il n’y a pas d’emploi pour tout le monde, jusqu’à une retraite misérable, et repoussée si loin que beaucoup n’en verront pas la couleur.

 

Seul programme «crédible» face à la crise : isolement, fatalisme, résignation.

 

Les Grecs ne se résignent pas : ils sont des centaines de milliers à manifester, à marquer leur défiance envers le gouvernement «socialiste», le Parlement, les institutions financières nationales, européennes, internationales.

 

En France, la colère couve sourdement. Des grèves se préparent contre la réforme des retraites (manifestation le 27 mai) ; depuis plusieurs mois, des salariés licenciés retiennent leurs dirigeants pour peser sur les négociations, menacent de faire sauter leur outil de travail, reparlent des possibilités de l’autogestion.

 

Depuis le 3 mai, la grève des chômeurs et précaires a commencé dans un certain nombre de villes, notamment à Paris, Montreuil, Rennes, Brest, Caen et Tours. Les directions nationales à Paris et régionales à Rennes ont été occupées. Les conseillers de Pôle Emploi seront en grève reconductible courant juin.

 

Le sens de notre action est clair : nous sommes chômeurs et précaires, et nous en tenons le système économique actuel et ses valets gouvernementaux comme responsables. Responsables du chômage de masse et de la généralisation des petits boulots alimentaires, responsable des conditions de travail dégradées, responsable des inégalités grandissantes et des désastres écologiques. Notre grève est un acte de refus de la condition à laquelle on nous assigne : se faire une concurrence acharnée sur le marché du travail, pour des miettes de petits boulots et «mériter» nos allocations, alors que la rareté de l’emploi est organisée par nos dirigeants qui en tirent profit (salaire de Charpy, directeur national de Pôle Emploi, 230'000 euros par an ; explosion actuelle du marché de la sous-traitance dans une complète opacité).

 

Comme seul interlocuteur, nous avons Pôle Emploi et ses sous-traitants. Ils n’ont rien à proposer. Ils nous culpabilisent et nous traitent avec arrogance.  Nous voulons que les institutions nous servent et ne plus être à leur service.

 

À chaque fois que nous nous rendons dans des lieux institutionnels, nous devons faire entendre avec force nos besoins réels, nos aspirations, et ne plus baisser la tête.

— Plus de plan personnalisé d’accès à l’emploi imposé selon des exigences de «pragmatisme» : imposons nos exigences : un CDI à temps plein dans le secteur de notre choix. C’est à nous de choisir notre travail, pas à eux de nous l’imposer. La possibilité de changer de conseiller si le courant ne passe pas. 
— Plus de rendez-vous obligatoire : un accompagnement librement choisi selon nos besoins. Plus de placement d’office chez les sous-traitants, plus d’EMT forcée (stage de deux semaines non payé). Plus de prescriptions d’ateliers inutiles. 
— Plus de 3949 : rendons-nous dans les agences, et restons-y jusqu’à l’obtention d’un rendez-vous. 
— Plus de report continuel de traitement des dossiers, plus de recours interminables : venons à plusieurs, réglons nos problèmes sur place. Allons ensemble aux rendez-vous, nous en avons le droit.

 

Depuis le 3 mai, partout en France, des dizaines de dossiers ont été débloqués (rétablissement de l’ARE ou de l’ASS, annulation des indus, recalcul à la hausse des allocations…) du simple fait d’être à plus d’un à l’accueil et de se montrer insistants.

L’expérience de ces formes de solidarité nous montre que nous pouvons nous organiser collectivement pour prendre nos affaires en main. Il n’y a pas d’emploi ? Créons des collectifs, des associations, des coopératives de chômeurs et précaires sur des bases égalitaires, écologiques, non marchandes ! Si de tous côtés on nous dit que nous ne sommes pas rentables, pas compétitifs, créons des formes d’activité où chacun puisse être accueilli et respecté, sans avoir à écraser son voisin ! Pourquoi ne pas donner l’argent qui est sans cesse déversé sur les banques, aux chômeurs, précaires et salariés licenciés pour qu’ils aient les moyens de réinventer d’autres formes de travail, de faire face au chantage au licenciement ou à la radiation ?

 

Pour tout renseignement,
problème de dossier,
besoin d’accompagnement : un contact.

 

 

Non aux boîtes de «placements»

 

En Bretagne, nous avons recensé des dizaines d’officines locales, sous-traitantes de Pôle Emploi qui sont chargées de «suivre» certains «demandeurs d’emploi» de longue durée : De l’activisme sans obligation de résultats !

 

Pour 6 mois de «suivi» ces boites perçoivent 1995 € par personne — pardon, par «livrable», puisque tel est le vocabulaire officiel de leurs échanges avec Pôle Emploi !

 

Ces «spécialistes» de la recherche/placement ne prennent pas de gants. Dès le début des «Trajectoires» (3 mois, 6 mois, 8 mois) il faut que le chômeur signe un «contrat» impossible :

— Entretiens fréquents avec un «conseiller» qui contrôle l’activité frénétique de réécriture des CV et autres lettres de motivation, les recherches «autonomes» tous azimuts, etc. L’important étant de brasser des informations, de produire des données, d’écrire n’importe où chaque jour en laissant de côté les contraintes de la personne (enfants, véhicule, logement, santé…). 
— Ce «conseiller» est là pour exercer une pression permanente par courriel, SMS, téléphone pour maintenir chacun dans un activisme sans autre objectif que de prouver au commanditaire Pôle Emploi qu’on a fait bouger le chômeur «inerte». 
— Par ailleurs le «conseiller» est explicite : Il est là pour rendre compte à Pôle Emploi des faits et gestes des «demandeurs d’emploi» … et livre même un bilan caractérologique sur la personne «suivie» !

 

De la sorte, Pôle Emploi est averti immédiatement par la liaison informatique «DUDE» des cas d’absence, de refus d’activités, d’opposition au «conseiller».

 

Très clairement ces coatches font le sale travail de ségrégation, de flicage, de dénonciation des chômeurs et précaires, sur directives de Pôle Emploi.

 

Il s’agit, au nom d’un hypothétique et improbable retour à l’emploi sous CDI, d’écarter les chômeurs de longue durée et/ou en fin de droits par des pratiques de harcèlement technique (plus d’emploi du temps personnel !) et moral (menaces explicites de radiation, manipulations mentales délibérées). C’est pourquoi nous pensons qu’il est prioritaire de neutraliser ces exploiteurs et leurs directions (Il y a même des GRETA publics dans le lot !) Et de dénoncer haut et fort leurs dispositifs juteux de liquidation des personnes légitimement aidées.

 

À bas Pôle Emploi / Big Brother et ses sbires
qui s’engraissent sur la misère à étouffer !

 

Coordination bretonne : AC 35 Rennes, MCPL Rennes, CBECIS Brest, AC Quimper, APEIS Finistère, MNCP Morlaix, collectif Lannion, AC Trégor, SEMSIS Trégor, AC saintBrieuc, MNCP Vannes.

 


Publié dans Chômeurs - précaires

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