Grenoble : Récit des comparutions immédiates du 19 juillet

Publié le par la Rédaction

 

Lundi 19 juillet, 14h, c’est la séance des comparutions immédiates. Pour les nombreux-ses journalistes, venu-es en masse couvrir «l’événement», il s’agit des premières comparutions après les nuits «d’émeute» qu’a connues Grenoble les jours précédents. On s’attend à des décisions fermes et tranchées de la part du jury.

 

Mais qui sont les personnes inculpées, et de quoi ?

 

Appelons les C., L., et D. Blacks et rebeus, ils habitent tous les trois à Échirolles, et ont déjà connu des condamnations judiciaires étant mineurs. Ça commence mal pour la justice de classe…

 

De quoi sont-ils accusés ? C’est pas très clair : de «tentative de vol», comme mentionné dans l’acte d’accusation, de «dégradation», comme mentionné dans le rapport de police, «d’intention de vol», comme dénoncé par une des avocat-es de la défense ?

 

Retour sur les faits : C., L., et D. se sont faits choper la nuit du vendredi 16 juillet, soir des «émeutes de la Villeneuve». Non pour avoir participé à ces événements, ni même pour s’être trouvés sur place à ce moment-là. Non, ils se sont fait chopper sur le parking d’un magasin, cours de la Libération. La police y avait été appelée parce que des individus auraient été en train de tenter de pénétrer dans le site. Sur place, effectivement, pas d’éclairage public, il fait noir. Le grillage qui entoure le parking est plié, proprement, à ses pieds, on trouve une pince monseigneur. Quand les flics arrivent, ils tombent sur C., L., et D. Pour eux, c’est clair : ils se sont introduits ici par effraction, dans le but de piller le magasin.

 

Oui, mais. Il n’existe aucune preuve que C., L. et D. aient utilisé la fameuse pince monseigneur, aucun relevé d’empreinte n’a été effectué. C’est le grillage d’enceinte qui a été dégradé, et non le rideau de fer du magasin (malgré des déclarations contradictoires des flics). Comment prouver «une intention» de commettre un délit ?

 

 

La version des inculpés ?

 

C. comparaît libre. Il a la chance d’être en contrat de professionnalisation, c’est-à-dire de se lever tous les jours à 4h30 pour aller mettre des marchandises en rayon chez Carrefour. C’est ce qui lui a évité de se retrouver en préventive. Merci Carrefour. Il déclare qu’il était en train de rentrer chez lui quand il a vu que ça commençait à s’agiter en ville. Pour éviter de se retrouver justement au mauvais endroit au mauvais moment, il s’est donc écarté du boulevard et s’est posé dans un endroit calme en attendant que ça se passe. Pas de bol.

 

L. et D., eux, sont «en recherche d’emploi». Ne bénéficiant pas de garanties de représentation, ils ont donc été placés en préventive. Ils reconnaissent avoir bien escaladé le grillage d’enceinte du parking, mais nient les autres faits. Et effectivement, quitte à escalader le grillage, on voit pas pourquoi ils se seraient fait chier à le découper à la pince monseigneur.

 

Bref, le dossier ne tient pas debout, et on l’a vu, les accusations ne sont pas claires.

 

C’est là qu’intervient le procureur. Pour lui, «les faits ne concernent pas directement les émeutes mais n’y sont pas étrangers». Premier rebondissement : on pensait juger un fait divers banal, nous voici dans un procès politique contre les émeutes du week-end. Les journalistes ne s’étaient donc pas trompé-es. La justification ? C., L. et D. «ont profité que les forces de police étaient mobilisées sur la Villeneuve pour aller commettre un délit ailleurs». À se demander même s’ils n’ont pas organisé les émeutes pour faire diversion ?!! Il demande, pour C. et L., 6 mois de prison ferme. Quand à D., qu’il considère en état de récidive légale, il demande une peine plancher de 2 ans, assortie éventuellement d’un sursis d’un an. Trop généreux.

 

Stupéfaction dans les rangs de la défense : la récidive n’avait pas été invoquée dans l’acte d’accusation ! D. risque donc 2 ans de prison pour avoir escaladé un grillage !

 

Au tour des avocat-es de la défense de prendre la parole. La presse s’en va. Elle a eu ce qu’elle voulait. Les trois avocat-es défendent chacun-e leur client, tout en insistant sur le vide du dossier général. Très bonne plaidoirie de l’avocat de D., qui semble même réveiller les juges. On reprend un peu espoir…

 

Après une courte pause, l’audience reprend pour l’annonce du verdict. Les journalistes sont revenu-es.

 

Au final, les trois sont reconnus coupables (mais de quoi ?). D. et L. prennent 6 mois de sursis avec mise à l’épreuve. Ils sortiront donc libres avec obligation de travailler pendant 6 mois. Pour D., la récidive est reconnue. Mais, dans leur magnanimité, les juges n’ont pas appliqué la peine plancher : il n’écopera donc «que» de 6 mois de prison ferme, avec maintien en détention. La salle fond en larmes. 6 mois de taule pour un délit d’intention non prouvé, ça fait mal. Mais les juges n’ont pas l’air de s’en soucier. Les journalistes se régalent, assaillant l’avocat de questions.

 

Au final, les juges ont sûrement l’impression de s’être montrés cléments, n’ayant aucune conscience de ce qu’implique cette peine dans la vie de D. et ses proches. Ça laisse augurer la nature des procès à venir pour les personnes qui se sont faites choper pendant les «émeutes».

 

Face à la justice de classe,
la solidarité est encore et toujours une arme ! 
Solidarité face à la répression,
Solidarité active avec les révolté-es
de la Villeneuve et d’ailleurs !

 

Indymedia Grenoble, 21 juillet 2010.

 


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