Genève : Une manif anti-OMC qui ne finira jamais / La rue nous appartient

Publié le par la Rédaction

Une manif anti-OMC qui ne finira jamais

La manifestation appelée par différentes organisations n’a pas pu terminer son chemin initialement prévu, coupé par l’action policière. Il y a eu 33 arrestations selon le bilan policier. Malgré tout, le peu de parcours qui a pu être fait a permis que tout le monde s’exprime à sa façon.

Éviter les pièges avant manif


En ville de Genève dès la fin de matinée on peut remarquer, à partir de la gare Cornavin, une occupation des lieux névralgiques de la ville. En particulier les accès aux rues commerçantes sont bien bouclées. La gare est le lieu à éviter
car un comité d’accueil spécial est là au cas où des militant-e-s auraient décidé de venir groupés en train comme c’est l’habitude en Suisse. Du coup il y a eu quand même 12 arrestations dans cette gare. De plus des Coréens qui venait aussi contester l’OMC ont été retenus plusieurs heures à l’aéroport.


Le plus difficile à Genève : démarrer une manif

Point de départ de la manif : place Neuve où le monde arrive pour 14 heures des différentes issues de la place. Pour une grosse manif comme celle qui se prépare peu d’accès sont filtrés, en effet ici on a vu pire !


On doit se rappeler que dans cette même ville, en début d’année, il n’avait pas été possible de manifester contre le WEF (World Economic Forum dont le siège est à Genève). Le déploiement de flics avait été massif pour empêcher toute possibilité de départ de manif. D’ailleurs à Genève c’est un vrai enjeu que des manifestations puissent avoir lieu même avec autorisation. En effet, les décideurs genevois ont bien compris qu’une ville qui réunit autant de sièges d’organisations internationales et d’intêrets financiers divers ne doit pas devenir un point de la contestation mondiale du capitalisme. Le plus étrange aura été que les politiques comme la presse n’ont pas trop dénoncé à l’avance les «méchants casseurs» comme c’est leur habitude. Ils se rattrapent maintenant…


Bref, on voit des clowns activistes de ci-de là, les tracteurs sont au rendez-vous, une prise de parole des étudiants qui occupent un amphi de l’université de Genève a lieu, on trouve les Grüne alias les Verts qui sont venus se faire voir, Attac est là aussi et il y a pas mal de Français venus d’un peu partout. Soit, c’est bien une manif altermondialiste, tout le monde est là.


Le cortège s’élance bien tranquillement dans les rues de Genève, les passants nous regardent comme si on était des vaches suisses sans être forcément hostiles. Le cortège anticapitaliste se distant entre un avant tout d’un bloc et la célèbre GipfelStürmi mascotte des manifs anti-WEF. Mais en fait c’est en plusieurs points de la manif que l’on retrouve des camarades.


On avance jusqu’à des quais (quai des Bergues) qui longent le Rhône. Là on trouve le premier 4×4 cassé et ensuite la première vitrine étoilée. La part du cortège anticapitaliste dont nous faisons partie avance un peu étonnée, mais au fur et à mesure on se réjouit de l’application employée à attaquer les symboles capitalistes tel un hôtel bien huppé ou un Starbuck. Virage après les berges direction la gare routière et l’on découvre une bagnole en feu ! La manif commence à avoir de la gueule.



Continuer malgré tout

Après la gare routière, on est place des Alpes, on remarque que les tracteurs sont tous arrêtés là. Vraisemblablement la manif officielle ne continue pas, d’ailleurs les organisations traditionnelles avec leurs drapeaux sont sur les côtés. Tant pis, le cortège anticapitaliste continue…


Et ça suit, tout le monde s’engouffre dans la large rue des Pâquis direction l’OMC qui est encore bien loin. On est proche de la gare et devant commence à se dessiner un barrage de flics. En fait on apprendra plus tard que les flics ont scindé la manif en deux et que certain-e-s ont réussi à aller jusqu’à l’OMC ! Mais dans quelles conditions ?


À 100 mètres les flics tirent des lacrymos en cloche. Les gens refluent un peu prématurément dans la mesure où les flics ne sont pas assez proches pour nous atteindre en cas de charge ni même avec le canon à eau. Tout de même ces derniers insistent et il faut prendre sa respiration pour traverser le nuage de lacrymos. Du coup les CRS chargent dans le vide et remontent ainsi la rue des Pâquis. Pas de résistance très marquée.


Quelques centaines de mètres et nous revoici place des Alpes où l’on retrouve nos chers tracteurs et une scène embarquée avec un chanteur/guitariste tout pourri. Sur cette estrade quelqu’un prend la parole pour dire que la manif ayant été attaquée par la police les organisateurs ont décidé de la dissoudre. Belle logique face aux autorités…


Rebellyon, 29 novembre 2009.





La rue nous appartient
     
Le samedi 28 novembre 2009 a eu lieu le coup d’envoi des premières actions anti-OMC, dix ans après la bataille de Seattle, réunissant 4 à 5000 personnes dont 500 à 1000 autonomes et camarades des quartiers populaires. Si le Sommet commence officiellement le lundi 30 novembre, les réseaux anticapitalistes n’ont pas attendu et ont ouvert les hostilités face à ce nouveau Sommet de la domination, de l’exploitation et du capital.

À cette occasion, le Centre Autonome de la place des Volontaires (qui existe depuis 20 ans) s’est aménagé en Centre Info Point ; et l’université Uni-Mail occupée depuis deux jours contre la privatisation de l’enseignement supérieur (dans le cadre du grand mouvement européen de résistance des facs) s’est ouverte aux militants et activistes internationaux.
     
14 heures, place Neuve, un bon millier de personnes sont déjà rassemblées et le cortège partira vers 15 heures avec 5000 personnes, notamment après l’arrivée de leaders paysans contestataires sud-coréens bloqués quelque temps à la frontière.

S’ensuivront plus de trois heures de guérilla, de saccage de sièges de boîtes d’assurance, de banques, de boutiques de luxe (Louis Vuitton, Rolex, etc.), de voitures de luxe (énormes BMW, Mercedes, Porches, etc.) dont au moins trois ont brûlé, d’affrontements avec la police, etc.

Ce qui est intéressant à noter est la détermination des autonomes à tenir la rue, car malgré la première scission du cortège par de violentes attaques latérales de la police appuyées par des blindés canons à eau assez rapidement, un bon millier de personnes s’est regroupé dans un parc afin de se rendre directement au siège où se tiendra le Sommet de l’OMC. Malgré les violentes répliques des policiers anti-émeute, différents cortèges sont passés par les quartiers populaires à proximité où plusieurs centaines de jeunes habitants prolétaires ont rejoint l’action.

Malgré l’armement policier (emploi massif de grenades lacrymogènes, quatre blindés canons à eau, flashball, voltigeurs…), les révolutionnaires ont gardé l’initiative jusqu’à 18 heures.

La répression policière avait une tactique clairement affichée : laisser les plus offensifs aller de l’avant, attaquer latéralement, scinder au maximum les groupes pour diviser les cortèges et isoler les militants-activistes. Pour cela, plutôt que de se positionner en lignes fixes et lourdement armées, la police a utilisé les tactiques de petits groupes mobiles (30 flics maximum) intervenant rapidement latéralement ou à revers au corps à corps (pas de boucliers, juste matraques et flashball). À l’avant les flics repoussent les émeutiers à coups de gaz, et les petits groupes mobiles de flics d’intervention rapide surgissent lors du reflux.

Si ces tactiques policières se révélèrent redoutablement efficaces, il est intéressant de noter la détermination des autonomes à toujours tenter de se regrouper pour attaquer de nouveau en direction du siège de l’OMC, puis de tenir la rue (surtout dans le quartier de la gare), avant enfin d’adopter eux-mêmes les tactiques de petits groupes mobiles harcelant la police et s’attaquant aux cibles capitalistes dans tout le centre-ville.

Militairement parlant, il n’y a pas de réel vainqueur. Ce n’est que vers 18h30 que les flics contrôlent enfin le terrain en quadrillant systématiquement toute la ville, notamment à l’aide de brigades de voltigeurs.

Ainsi, la police suisse, à la différence des flics français lors de l’Otan notamment, ne cherchent pas l’intimidation spectaculaire et le contrôle tout azimut du moindre mouvement de la population, mais à intervenir strictement lors de l’action.

Lesdits «pacifistes» qu’ON cherche à distinguer des partisans de l’action directe, contrairement aux dires de la gerbe médiatique, sont restés solidaires, dénonçant exclusivement le dispositif policier et sa violence d’intervention sans distinction (gaz dans les tramways, dans les boutiques, enfants blessés au niveau de la gare par flashball lors de la répression globale). La Brigade des Clowns Activistes et de la Batucada ont aidé à dissoudre complètement cette division d’État entre «pacifistes» et «casseurs». De même, la «population» n’a pas cherché à s’interposer contre les émeutiers.

Le plus notable est la réussite de la jonction avec les quartiers populaires.

Le temps d’une après-midi, la rage mêlée à la joie, nous avons détourné les flux du quotidien, nous avons donné un nouveau plan de consistance aux combats de rue desdits «banlieusards», nous avons brisé les fibres de ce faux réel.

Nous avançons, et découvrons soudainement ces rues que nous croyions si bien connaître, ces avenues autrefois celles du quotidien castrateur et assassin de la Machine que nous huilions de nos pas résignés, et qu’à présent nous enrayons de notre force offensive.

Nous découvrons subitement l’importance d’une rue trop large ou trop étroite, celle des ruelles et des impasses, de l’importance stratégique et tactique de tel nœud de carrefour, de tel agencement, et nous savons tout autant l’importance de notre action à dérégler ces flux : nous voyons enfin en le créant l’urbanisme révolutionnaire.

Détruis ce qui te détruit.
Pas de justice, pas de paix.

G., un enragé
Indymedia Suisse romande, 29 novembre 2009.

 

Publié dans Agitation

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