Gardes à vue du 1er avril pour des étudiants de Tolbiac - récit et notes

Publié le par la Rédaction

 

Le 1er avril dernier, cinq puis six étudiants de Paris-1 ont été convoqués au commissariat du XIVe arrondissement, puis placés en garde à vue vers 10 heures du matin. Les motifs n’étaient rien de moins que «séquestration et menaces de mort». Comment en est-on arrivé là ?

 

Tout part des annonces plus ou moins officieuses de la présidence il y a environ deux mois, selon lesquelles les locaux syndicaux et associatifs au centre PMF (aka Tolbiac) seraient redistribués après les vacances d’avril, selon les résultats des élections universitaires de début mars. Cela mettait particulièrement le local de la bibliothèque alternative, partagé avec celui de la CNT, puisque ni l’une ni l’autre ne voulait se présenter aux élections, et puisque beaucoup refusait de lier attribution des locaux et résultat d’un vote. Cela venait s’ajouter aux refus réguliers de demandes de salle sans la signature d’un élu, et à l’arrachage systématique des affiches apposées dans la «fosse» de Tolbiac. En réaction, et suite à de nombreuses demandes de rendez-vous laissées lettre morte, une action collective consistant à se rendre en groupe (une trentaine d’individu–e–s) dans les bureaux de madame Proquin, directrice du centre, a été décidée. Ni vraiment «occupation» ni «séquestration», une action décidée collectivement en vue d’instaurer un rapport de force. Plusieurs semaines après, plusieurs étudiants de l’université, syndiqués à la FSE, à SUD et à la CNT ont été convoqués jeudi 1er avril à 9 et 10 heures au commissariat du XIVe. Là, à la surprise générale, ils étaient placés en garde à vue sous les motifs déjà mentionnés. La présence de 30 personnes dans son bureau a été considérée comme une «séquestration», un tag anonyme («mort à Proquin», semble–t–il) comme une «menace de mort». Affichage, banderole, tractage et décision d’un rassemblement au commissariat à 18h30 et d’une AG le lendemain midi ont été les réponses des individu-e-s solidaires.

On voit à ces faits que l’université, loin d’être une institution neutre, est un dispositif de pouvoir, un bras de l’État, et que ses dirigeants ne sont pas de neutres «fonctionnaires» mais sont parties du pouvoir. Cette référence à l’État était omniprésente lors de l’action dans le bureau de la directrice du centre, elle a répété et répété qu’elle était un agent de l’État et qu’elle n’obéissait qu’à lui. Cette femme a, en outre, cherché à savoir de nouveaux noms lors d’une entrevue avec certains parents des gardés à vue dans l’après-midi dernière. Envoyer des gens en garde à vue, et peut-être plus tard devant un juge (voire…) ne peut faire peur à des monstres froids de rationalité étatique. Le terrain des sentiments indiffère celui ou celle qui n’a qu’un regard de paperassier kafkaïen sur le monde et les individu–e-s. En tout cas, si certains voyaient l’université comme un lieu plutôt paisible au niveau de la répression, ces derniers faits sont un avertissement clair. En fait, la collaboration université – flicaille, si elle paraît inédite, est somme toute logique puisque ces deux institutions ont tout intérêt à la préservation de la même paix sociale, que tout aille pour le mieux, que rien ne se passe.

En attendant, et malgré la sortie de nos amis au soir, la répression a joué son rôle : qui osera maintenant aller défier un de ces grands serviteurs zélés de l’État dans son bureau ? Sans compter avec les risques de dissociations, allant se demander si tel ou tel tag (assez anodin, au demeurant) est une bonne idée ou pas. Nous n’avons pas de compte à rendre à ces bureaucrates, ni à la police. Il ne faut pas rentrer dans les calculs du pouvoir.

Enfin, les textes sortis dans l’urgence après les mises en garde à vue insistaient sûrement trop sur le «syndicalisme» des interpelés, car tout porte à croire que c’est moins en tant que syndicalistes qu’en tant qu’individu-e-s en lutte qu’ils ont été inquiétés : si cette madame Proquin avait eu des noms de non syndiqué–e-s, elle les aurait balancés, et si c’est ces noms-là qui sont sortis c’est surtout que les noms des syndiqué–e-s sont plus souvent rendus publics que les autres (demandes de salle, élu–e–s, etc.). Parler de «répression anti-syndicale» est très à la mode, mais la répression généralisée s’abattant sur le pays (et ailleurs), de l’expulsion des sans-papiers de la rue du Regard hier aux arrestations du 15 février dernier, en passant par les plus de 60 gardes à vue à la manif anticarcérale dimanche, est bien plus large qu’une répression «antisyndicale». En fait, tout le monde est concerné.

Pour l’heure, on ne sait rien des poursuites éventuelles, en espérant qu’elles n’auront jamais lieu. Notons que cet article ne provient ni de l’AG de Tolbiac, ni du comité de mobilisation, et ne représente donc personne à part quelques idées jetées là.

La présidence enferme, à bas la répression, liberté pour tou(te)s.

Indymedia Paris, 2 avril 2010.

 


Publié dans Éducation

Commenter cet article