Gâchette facile et répression à Bariloche (Argentine) : ni abus, ni excès

Publié le par la Rédaction

 

Trois jeunes, dans un coin quelconque de n’importe quel quartier ouvrier. Quelques policiers décident «de les identifier» (c’est-à-dire de les arrêter pour vérification d’antécédents). Un jeune de 15 ans, mort avec le crâne traversé d’un projectile de 9 mm entré par la tempe.

 

Nous voyons cette scène quotidiennement, à Ingeniero Budge, à Rosario, à Ushuaia ou à Villa Lugano. Hier, nous l’avons vu à Bariloche, province de Río Négro. Nous écoutons aussi l’excuse infiniment répétée : «le coup est parti tout seul», comme si l’arme avait une vie propre. Comme s’il ne fallait pas appuyer sur la gâchette pour que le coup parte.

 

Cette fois, le garçon s’appelait Diego Bonefoi et vivait à Bariloche. La juste colère du quartier s’est traduite dans une attaque du commissariat où s’était réfugié l’assassin. «La police doit se défendre», a dit son chef politique, le ministre du Gouvernement Diego Larreguy, et qui a justifié les quatorze blessés et les deux morts (un jeune de 29 et un adolescent de 16 ans) dans la bataille inégale des Ithakas et des Brownings contre des injures et des jets de pierres.

 

 

En 2006, CORREPI avait publié une série de notes dénonçant la situation d’apartheid qui prévaut dans la ville de Bariloche, dans le district de Alto, les quartiers ouvriers, militarisés sous une répression constante pour éviter que ses habitants enlaidissent, par leur présence, la zone du centre-ville destinée aux touristes riches. Nous avons décrit ce qui se passe tous les jours au cours des huit étapes à franchir pour accéder depuis les quartiers de El Alto (El Frutillar, San Francisco, 34 Has., etc.) vers la ville basse avec ses salons de thé et ses auberges raffinées. À chaque étape il y a des déploiements policiers permanents verrouillant le passage, et les piétons comme les passagers des transports collectifs doivent exhiber leurs papiers et expliquer pourquoi ils vont vers la «jolie zone». C’est seulement s’ils sont convaincants et ont une mine «décente» qu’on les laisse passer.

 

Nous avons insisté à de nombreuses reprises sur l’énorme quantité de détentions arbitraires («justifiées» par la vérification des antécédents ou le code des contraventions), de coups, d’opérations de police, et du groupe spécial BORA (Brigada de Operaciones Rápidas y Antitumulto) dans les quartiers, avec ou sans un ordre judiciaire.

 

Nous dénoncions les intimidations et les attaques contre les habitants qui ont osé essayé de s’organiser contre la répression, comme la résidente du quartier 34 Hectares, Blanca Grande, qui a perdu un œil par une balle en caoutchouc lors d’une opération de police en 2006, et la succession des meurtres commis par la police, au nombre d’une cinquantaine depuis 1983 dans une province où vivent moins de 600'000 personnes.

 

 

La juste réaction des gens de Bariloche a empêché que l’exécution de Diego soit passée sous silence, comme cela se passe pour la plupart des jeunes qui, au rythme d’un par jour, se font tuer par l’État avec sa politique disciplinaire de la gâchette facile et de la torture dans les commissariats de police, les prisons et les centres pour mineurs. Les médias ont pu prendre note, cette fois, de ce qui s’est passé. Rien de tel ne se produit pour le mort de chaque jour caché derrière les célébrations du Bicentenaire ou les exploits de la sélection nationale de football. Rien qu’à Moreno, province de Buenos Aires, trois jeunes ont été tués dans les 15 derniers jours : Sergio Casal (16 ans), abattu par la police fédérale, Ricardo Argañaraz (22 ans), a reçu trois coups de feu d’un gendarme, et un troisième est mort à l’intérieur du commissariat local. Dans le même temps, un garçon de 20 ans est mort incinéré dans une cellule de la police à General Acha, province de La Pampa et Saúl Perez (21 ans) a été abattu par un policier de Buenos Aires, dans la localité de Gregory Laferrère. Et il y en a plus encore, partout dans le pays. Ce n’est pas un abus ou un excès ou un débordement ou une bavure. C’est une politique de l’État que tous les gouvernements qui administrent une société avec des riches et des pauvres appliquent consciemment pour que tous ceux qui doivent être disciplinés afin de tolérer l’oppression, apprennent à se taire et à obéir.

 

CORREPI – Coordination contre la répression policière et institutionnelle - Buenos Aires / Indymedia Argentina, Prensa de Frente, Kaos en la Red, 19 juin. 
Des nouvelles du front, 23 juin 2010.


La police travaille en Argentine

 


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