Flics (et journalistes) contre lycéens à Firminy (Loire)

Publié le par la Rédaction

Dégradations et jets de projectiles :

À Firminy, des casseurs se mêlent aux lycéens

 

Six cents lycéens de Firminy ont à nouveau manifesté contre la réforme des retraites. Certains jeunes ont jeté des projectiles sur les policiers. Cinq ont été arrêtés.

 

 

 

Ils ont voulu se faire entendre. C'est réussi. 600 lycéens dans les rues de Firminy, cela ne passe pas inaperçu. La réforme des retraites du gouvernement, ils n'en veulent pas. La grande majorité d'entre eux s'est exprimée haut et fort hier mais, par la faute d'une minorité «de jeunes qui n'ont rien à faire là» selon un manifestant, leur action s'est retrouvée empreinte d'un goût amer.

 

Le matin, à Albert-Camus, les adolescents effectuent un sit-in. L'ambiance est bon enfant. Pendant ce temps-là, peu avant 9 heures, plusieurs jeunes du lycée arrivent à Jacob-Holtzer. Là, débutent quelques heurts avec la police. Des dégradations ont lieu sur les voitures, rue Michelet, devant le lycée (pares-brises, rétroviseurs…) Les forces de l'ordre sont obligées de lancer des bombes lacrymogènes pour disperser les perturbateurs après avoir encaissé des jets de projectiles (poires, œufs, cailloux). Un peu plus tard, de retour à Albert-Camus, la police bloque l'accès à l'établissement, une cinquantaine de mètres plus haut, à l'entrée de l'impasse du collège.

 

 

Après de longues minutes à scander des slogans : «On est fatigué de travailler même si on n'a pas commencé», ou encore «Sarkozy, t'es foutu, la jeunesse est dans la rue (sic)», le cortège prend la direction du centre-ville et occupe toute la largeur de la rue Jean-Jaurès, artère principale, avant de s'installer quelques minutes devant l'Hôtel de Ville. La jeunesse excitée et enchantée file en direction de Jacob-Holtzer par le parking de l'hôpital. Devant le lycée, certains installent des poubelles sur la voie et font les fous, les autres évitent de se mélanger et font entendre leur voix avant de s'en aller. Un face-à-face a lieu avec les forces de l'ordre, casquées, armées, protégées par des boucliers et prêtes à utiliser les gaz lacrymogènes. Elles procèdent à cinq interpellations pour jets de projectiles et dissimulation du visage.

 

 

Les lycéens responsables regagnent le parvis de la gare pour y siéger une quinzaine de minutes jusqu'à 11 heures. Ici, certains manifestants pacifistes, se confient : «Les casseurs nous empêchent de faire ce que l'on souhaite et donne une image négative de notre mouvement. Nous ne nous faisons pas entendre comme il faut, c'est dommage. Le but était aussi de préparer la manifestation de mardi prochain. Les lycéens se sont tout de même bien mobilisés.» À 14 heures, 300 personnes se retrouvent à la gare pour circuler dans la ville et effectuer quelques allers-retours entre les lycées, dans la bonne humeur. Le manque d'organisation et la présence de provocateurs en découragent une bonne partie. Les manifestants ne sont plus qu'une soixantaine à 15h15 et la police procède à un contrôle d'identité. À 16 heures, tout est terminé.

 

«Nous sommes responsables et évitons les débordements» — Monah Mancouvert, Élève de terminale L au lycée du Forez : «Je suis à l'origine, en compagnie d'une poignée de camarades, du blocus du lycée de Feurs mercredi. Cette expérience m'a amené le soir même à me rendre sur le site de l'Union nationale des lycéens (UNL). Je me suis syndiquée dans la foulée. À 16-17 ans, on peut estimer que la retraite est quelque chose d'abstrait, mais je ne suis pas de cet avis. Il en va tout de même de notre avenir. Pour l'heure, notre mouvement est embryonnaire (une dizaine de syndiqués UNL dans la Loire, ndlr), mais nous faisons partie du collectif «Retraite, une affaire de jeunes», qui devrait fédérer l'action. Je crois beaucoup à la force de l'argumentation : quand on discute avec nos camarades, il y a une vraie prise de conscience. Je ne pense pas non plus qu'il existe des clivages entre salariés et lycéens. Nous montrons que nous les soutenons, et ils nous rendent la pareille. J'ai pu le constater lors de la manifestation du 7 septembre. En tout cas, nous sommes responsables et mettons tout en œuvre pour éviter les débordements.»

Du côté des enseignants : «On compte sur les jeunes» «Le moins que l'on puisse dire, c'est que la jeunesse manifeste un très fort rejet à la politique gouvernementale, et pas seulement sur la question des retraites.» Olivier Lafferriere, membre du bureau local de Sud éducation, répond toujours aux questions de ses élèves l'interrogeant sur la réforme des retraites. «Notre rôle est de ne pas rester aveugle aux questions de société. En revanche, il convient de distinguer le rôle d'enseignant à celui de militant. Ma tâche n'est pas de dire aux lycéens ce qu'ils doivent faire.» De quoi tordre le cou aux détracteurs fustigeant l'instrumentalisation des jeunes par le corps enseignant. Quoi qu'il en soit, la mobilisation lycéenne ne surprend pas les syndicats de professeurs : «Pas étonnant que les jeunes entrent dans la danse, lâche Pierre Garnier, secrétaire général adjoint SNUipp-FSU. Ils éprouvent déjà des difficultés à entrer dans la vie active. Or comment créer des emplois en allongeant la durée du temps de travail ?» S'ils comprennent les lycéens et se réjouissent de les voir rejoindre les rangs de la contestation, les syndicats n'en concluent pas pour autant que le renfort des jeunes va être décisif pour l'issue du mouvement. «Mais leur arrivée peut néanmoins aider, note Olivier Lafferriere. Le gouvernement craint un embrasement. Cela dit, on ne cherche pas à remplacer la mobilisation par une insurrection de la jeunesse.» «Ce qui est sûr, renchérit Pierre Garnier, c'est qu'un mouvement social se construit sur l'union.» «On compte sur eux pour le 12 octobre», conclut Olivier Lafferierre.

 

Leur presse (Damien Nore, Le Progrès), 9 octobre 2010.

 

 

 

[11h42] Firminy : affrontements entre lycéens et policiers

 

La manifestation de 400 lycéens contre la réforme des retraites, ce matin à Firminy, tourne à l'affrontement avec les forces de l'ordre. Cinq manifestants ont été interpellés pour avoir lancé des projectiles sur les policiers.

 

Leur presse (Le Progrès), 8 octobre.

 


Publié dans Colère ouvrière

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