Et un cadre viré, un ! - Blocage des bus à Angoulême, 20 octobre

Publié le par la Rédaction

Malaise à la STGA (Angoulême) après une bousculade entre un cadre et des manifestants

 

Le coup avait été prévu la veille, mais tenu secret. Hier matin, dès 5h30, près de 70 membres du collectif des retraites ont bloqué les deux entrées du dépôt des bus urbains de l'agglomération d'Angoulême afin de protester contre la réforme des retraites. Ils ont été rejoints par une partie des salariés. Les manifestants ont passé la journée sur place empêchant toute sortie de véhicule. Le trafic devrait revenir à la normale aujourd'hui.

 

 

La matinée a commencé dans l'agitation. Premier cadre à arriver sur le barrage, José Moreau, le directeur adjoint, a bousculé les manifestants avec sa voiture, ne faisant pas de blessés. «J'ai été appelé vers 5h20. Je suis arrivé un peu vite et je suis passé très près de deux conducteurs de bus avec ma voiture. Certains salariés voulaient ma tête, ils l'ont eue…», témoigne l'ancien directeur adjoint. Dans la matinée, José Moreau a présenté sa démission : «Je n'ai pas trop eu le choix…», souffle-t-il. «C'est regrettable. On a discuté ensemble, la meilleure issue était la séparation», éclaire le directeur de la STGA, Christian Touzalin.

 

Dans la matinée, deux conducteurs de bus et deux membres du collectif de défense des retraites ont déposé plainte à l'hôtel de police d'Angoulême. «Le directeur nous a dit que M. Moreau était fatigué et qu'il fallait le comprendre. M. Moreau est venu s'excuser, mais j'ai refusé. Et nous, nous ne sommes pas fatigués ? On n'agit pourtant pas de la sorte. Si on avait fait un truc comme ça, on aurait été viré sur le champ», râle Philippe, conducteur.

 

C'est donc au petit matin en arrivant prendre leur service que les salariés ont découvert le blocage de leur entreprise.

 

Salariés divisés

 

Certains ont rejoint le mouvement. «Ce n'est pas bien de bloquer, mais nous sommes contents. Ils font ce que nous ne pouvons faire, ou n'osons pas faire car on risque une sanction immédiate», sourient Michel Arsicaud (CGT) et Patrick Trillaud (FO).

 

À l'intérieur des locaux, les avis étaient plus partagés. «Moi aussi je suis contre la réforme des retraites. Je n'ai pas envie de conduire un bus à 67 ans. Mais qu'on ne m'empêche pas de bosser quand je ne l'ai pas décidé. Surtout que ce n'est pas notre personnel qui nous bloque. On est assez grand pour débrayer si on le souhaite», tempête Francis, conducteur depuis trente et un ans à la STGA. «José Moreau était un mec juste, droit et à l'écoute. C'est un coup orchestré», regrette une salariée après avoir signé la feuille de soutien à M. Moreau. «J'ai peur que l'ambiance devienne malsaine entre les salariés», redoute Daniel au service mouvement devant son écran répertoriant tous les bus à l'arrêt.

 

«Prise d'otages totale»

 

Hier matin, très rapidement, la STGA a averti ses usagers via son site Internet, un message vocal sur son téléphone et sur les écrans des abris bus. «Je devais aller au lycée, mais il n'y a pas de bus et mes parents travaillent. J'ai un contrôle de maths, ça va me faire baisser ma moyenne. Là, je suis obligée d'attendre plus de trois heures dans le froid pour qu'un autre bus me ramène chez moi, à Garat», déplore Valentine, élève de seconde au Lisa. Hier, seuls les transports périurbains circulaient. José, lui, avait rendez-vous chez un spécialiste, il devra le reporter et repatienter quelques semaines. Un peu partout, toute la journée, des élèves ont fait du stop.

 

«Ce que je déplore, c'est le blocage inopiné. On n'a pas pu informer les clients pour qu'ils puissent s'organiser. C'est une prise d'otages totale. La méthode disqualifie la cause. C'est méprisant pour le service public et le personnel», estime Christian Touzalin. «Nous avons choisi un mercredi pour pénaliser le moins de jeunes possible», avance Jean-Pierre Belfaye, l'un des leaders du collectif qui va poursuivre le mouvement de contestation de la réforme des retraites.

 

Les rangs se sont d'ailleurs étoffés hier. Certains clients se sont portés solidaires. «Les ministres travaillent six mois et ont leur retraite à vie sans devoir cotiser quarante ans. Il y en a marre. Il faut faire plus que manifester maintenant», enrage Élisabeth, venue hier avec ses trois enfants.

 

Leur presse (Aude Boilley, Sud-Ouest), 21 octobre .

 


Publié dans Colère ouvrière

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