Entretien avec Annie Gonzalez & Pierre Carles, deux tricards du petit écran

Publié le par la Rédaction


Tricards à la télé, Annie Gonzalez et Pierre Carles ? Carrément : en onze ans, le réalisateur de Pas vu Pas pris ou de Ni vieux Ni traîtres (entre autres) et sa productrice fétiche n’ont pas vu un seul de leurs films diffusé sur le petit écran. Faut avouer — aussi — qu’ils n’ont jamais été spécialement tendres avec les médias, non plus qu’avec la société en général. La preuve en paroles.

Il s’en trouvera — tu verras — pour hurler qu’il ne respecte pas les règles. Déplorer qu’il avance masqué. S’offusquer — encore — qu’il n’adopte pas des façons de gentleman. Comme si le monde des médias était un sympathique club de gens élégants discutant sereinement autour d’un thé, et non ce marigot très malhonnête où les renvois d’ascenseur, compromissions et copinages tiennent lieu de déontologie. Quelle rigolade…

Un exemple, juste. Imagine Étienne Mougeotte, désormais grand ponte du Figaro et ancien vice-président du groupe TF1, Charles Villeneuve, ancien directeur des sports de la même chaîne et ex-présentateur du «Droit de Savoir», et Patrick Le Lay, longtemps président-directeur général de TF1, tous assis à la même table. Ils semblent patienter, comme s’il leur manquait quelque chose : un quatrième pour faire une belote. Imagine — toujours — que se radine un grand mec barbu. Qu’il se présente comme novice à la belote mais désireux d’apprendre. Que les trois l’accueillent avec des sourires carnassiers et lui expliquent rapidement les règles. Que la partie débute, tranquille. Et que très vite, le barbu dépouille les trois zigotos, trichant autant qu’eux mais beaucoup mieux. Bref, ils se prennent une branlée d’anthologie.

Figure-toi : cette partie a été filmée. Si la belote n’est que symbolique, la branlée est — elle — bien réelle. Ça s’appelle Fin de concession, film de Pierre Carles à paraître en juin prochain, et le réalisateur s’y fait notamment passer pour un innocent journaliste uruguayen réalisant un documentaire sur la mort de la télé. Un sujet bateau, un nom inconnu — Carlos Pedro —, et hop : accès garanti aux bureaux des anciens grands pontes de TF1. Une fois dans la place, ne reste plus qu’à en venir au vrai sujet de l’interview, à savoir les conditions d’attribution de l’ancienne chaîne publique à l’un des plus gros groupes de BTP du monde. Et à attaquer bille en tête.

Que je te dise : Mougeotte en reste comme deux ronds de flan. Muet. Interloqué que ce prétendu journaliste uruguayen ose le prendre à partie sur l’orientation droitière de la première chaîne privée, sur sa prévenance pour les pouvoirs et sur le traitement partisan des conflits sociaux dans le journal de Jean-Pierre Pernault… Carlos Pedro a fait le tour de l’immense bureau, surplombant un Mougeotte désarçonné, engoncé dans son fauteuil. Pour un peu, tu t’attends à ce que l’intervieweur aille au bout, lui saute sur le râble et le corrige d’importance. Mais non : l’ancien vice-président se lève et s’enfuit. Uruguay 1 / TF1 0.

C’est ça, le truc : pris à son propre jeu, le ponte n’est plus grand chose. Hors les conventions, sans le respect dû à son prétendu rang, la baudruche se dégonfle. Ne reste, à l’écran, qu’un costume bégayant, un brin pathétique. Pas impressionnant pour un sou.

Tu te demandes pourquoi je te parle de ça ? Simple, j’ai rencontré Pierre Carles (sans sa barbe d’Uruguayen) la semaine passée. Dans un petit studio de montage de Montgallet, le réalisateur recevait, en compagnie de la productrice Annie Gonzalez, quelques rares journalistes ; grâce à l’amicale Samantha, A11 y était. L’occasion de regarder deux brefs extraits de Fin de concession. Et de récolter des «fragments» d’interview, avec de vrais morceaux de Pierre Carles et d’Annie Gonzalez dedans.

Censure télévisée

Il y a toutes les chances pour que tu connaisses déjà Pierre Carles et que tu aies vu au moins l’un de ses films (sinon tous). On est entre gens sympathiques, n’est-ce pas ? Tu as donc sans doute visionné Pas vu Pas pris, joyeuse dénonciation du corporatisme médiatique, regardé l’un des deux opus que Pierre Carles a consacré au travail (Volem rien foutre al païs et Attention danger travail, tous deux coréalisés avec Christophe Coello et Stéphane Goxe) ou scruté avec attention son documentaire autour de Pierre Bourdieu.

Une chose de sûre, pourtant : ces films, tu ne les as pas vus à la télévision française. Depuis la sortie de Pas vu Pas pris, en 1998, et malgré de très respectables chiffres de fréquentation dans les cinémas, Pierre Carles n’y a jamais été programmé. Non qu’il s’en plaigne, hein. Mais pour une fois que la télévision pouvait nous rendre moins cons, c’est dommage.

Faut avouer — enfin — que Pierre Carles n’a pas spécialement cherché à se faire des amis dans les milieux de la télé. En l’un de ses textes, «Radicale mauvaise humeur», publié dans un quotidien belge en 1999, le réalisateur (avec Georges Minangoy) de Ni vieux Ni traîtres [
Ni Vieux Ni traîtres est un (excellent) documentaire de Pierre Carles et Georges Minangoy, dans lequel il part à la rencontre d’anciens des Groupes d’action révolutionnaires internationalistes (GARI) et d’Action Directe. En filigrane, la question de la légitimité de la violence et de la fidélité à ses idéaux.] rappelait que le groupe Action Directe avait, au début des années 1980, fait placarder des affiches listant des «personnes à qui s’intéresser de près» : «On pouvait y lire : “S’ils habitent dans votre quartier, faites-les déménager. Si vous les croisez, faites les changer de trottoir. Si en général ils vous font chier, rendez leur la vie impossible.” Suivaient le nom et l’adresse d’hommes d’affaires, de patrons d’industrie, de ministres, de journalistes, de vedettes des médias. On savait encore bien s’amuser, en ce temps-là.» Et Pierre Carles d’expliquer comment trouver les adresses d’Étienne Mougeotte, Alain de Greef, Thierry Ardisson, Michel Field, Laurent Ruquier, Michel Denisot… Avant de conclure :  Les bonnes idées ne manquent pas. Les occasions non plus. À vous de jouer.» Oui : couillu.

Pierre Carles : C’est évident qu’un texte comme ça n’aurait pas pu être publié en France. Même en Belgique, c’est plutôt étonnant… Le Matin était un journal marginal (aujourd’hui disparu) et il avait donné carte blanche à quelques mauvais esprits — dont Noël Godin, Benoît Delépine ou moi — pour une chronique “mauvaise humeur”.
De façon générale, la Belgique a toujours été accueillante envers mon travail. Pas vu Pas pris y a même été diffusé à la télévision ! Pour moi, c’est presque une terre d’accueil. Les Belges m’ont d’ailleurs invité à une émission style “Dossiers de l’écran” il y a quelques années, comme si j’étais une sommité de la critique des médias… J’avais accepté parce qu’ils passaient Pas vu Pas pris avant et que le débat se tenait en direct. À l’inverse, pas un seul de mes films n’a été diffusé à la télévision française. Pas un seul en onze ans !

Annie Gonzalez : Je ne produis pas tous les films de Pierre, parce que je n’en ai pas les moyens et que la façon dont on travaille ne le permet pas. Mais j’en ai produit une bonne partie, dont Pas vu Pas pris, Enfin pris ?, La sociologie est un sport de combat, Volem rien foutre al païs et Attention danger travail ; je suis aussi la productrice de Fin de concession qui, d’une certaine façon, se place dans la continuité de Pas vu Pas pris. En moyenne, ces films ont fait 100'000 entrées au cinéma. Les mêmes, pourtant, n’ont jamais été achetés par le petit écran ! C’est quand même un cas unique…

Pierre  : Ce n’est pas que j’en souffre personnellement… Mais c’est totalement anormal que des films ayant un tel succès ne soient pas diffusés sur le réseau hertzien. D’autant que le blocage ne vient pas de nous : avec Annie, on propose toujours nos films à la télévision. Fin de concession, par exemple, a été proposé à Planète ; La sociologie est un sport de combat l’avait été à Arte.
Dans la pratique, on ne rejette donc pas le financement de la télévision. Juste : on ne veut pas en dépendre. Je pense que nos films sont refusés parce qu’on renvoie les gens de télé à leur propre incompétence. Et aussi parce qu’il s’agit de sujets sensibles. Prends Attention danger travail : en 2002, quand il est sorti, personne ne voulait donner la parole aux déserteurs du travail…
C’est possible que ma personnalité et mes rapports au monde de la télé jouent aussi dans ce refus constant. Mais tout autant que notre façon de faire : nous sommes autonomes, nous n’avons pas besoin d’eux. Qu’ils nous suivent ou pas, le film sortira.

Annie : C’est d’ailleurs la première chose que j’entends, quand je décroche mon téléphone pour proposer un film de Pierre Carles aux chaînes : “De toute façon, vous le ferez quand même…”
C’est clair qu’il y a aussi dans ces refus une volonté de punition, de sanction. Au moins pour Pas vu Pas pris.

Pierre : C’est finalement très paradoxal. On se retrouve dans une situation où les chaînes de télévision refusent de faire de l’argent avec mes films…
Ils ne m’ont pas pardonné d’avoir transgressé les règles, la loi du milieu. Puisque je ne joue pas le jeu, c’est logique que j’en sois banni. Ça renvoie à leurs contradictions ceux qui prétendent qu’il n’y a pas de censure à la télévision française ; de fait, il y en a une, j’en suis la preuve. Je ne doute pas que si demain je proposais un portrait complaisant de Nicolas Sarkozy aux chaînes de télé, je n’aurais plus aucun problème pour être diffusé sur le réseau hertzien.

Fin de concession

De Fin de concession, Pierre Carles et Annie Gonzalez nous ont montré deux scènes emblématiques, aussi jouissives l’une que l’autre. La première, je t’en ai parlé en introduction. Dans la seconde, Pierre Carles — alias Carlos Pedro, toujours — rencontre Charles Villeneuve. L’interroge sur le lien entre la télévision française et le pouvoir. Et lui met peu à peu la puce à l’oreille : «Vous êtes sûr que vous travaillez pour une chaîne généraliste ?», demande l’ancien présentateur du «Droit de Savoir». Subodorant une entourloupe, Villeneuve interrompt finalement l’entretien sur ces mots : «Je me suis déjà fait piéger une fois sur TF1, ça n’arrivera pas deux fois.»

Finalement : si. Charles Villeneuve a été piégé, derechef. Et par le même réalisateur : quand il dit s’être fait «piéger une fois», c’est à Pas vu Pas pris qu’il pense… Comment dit-on ? Ah oui : dommage…

Pierre : Fin de concession part de deux constats. De un, il n’existe aucun documentaire de fond sur les rapports entre Nicolas Sarkozy et les médias. De deux, il n’existe pas non plus de documentaire sur la façon dont un immense groupe de BTP a pu faire main basse sur la première chaîne publique française. C’est quand même quelque chose d’incroyable : en 1987, le groupe Bouygues a littéralement acheté l’accès à un téléspectateur français sur deux ! Mais il n’a respecté aucune des promesses faites lors de l’octroi de cette concession. À tel point que celle-ci aurait pu être annulée, en 1994, si la loi Carignon n’avait pas rendu son renouvellement à peu près automatique.
Il faut quand même rappeler que les représentants du groupe Bouygues avaient raconté n’importe quoi lors de leur audition par la CNCL, ancêtre du CSA. Ils promettaient par exemple la diffusion d’opéra et de pelote basque, et osaient parler de “mieux-disant culturel”. Ils n’avaient d’ailleurs pas davantage respecté les engagements pris dans leur cahier des charges.
Pour moi, l’histoire entre Sarkozy et TF1 commence réellement en 1993. La chaîne venait d’être mise à l’amende par le CSA, pour ne pas avoir respecté ses obligations en matière de diffusion des œuvres françaises. Un jeune député avait été invité au journal pour dire combien cette amende était un scandale. Ce jeune député était Nicolas Sarkozy et c’était le début d’une étroite relation.
Ce qui est intéressant, c’est qu’il n’y a jamais eu de fiction ou de documentaire audiovisuel sur le rachat de TF1. Il y a bien un très bon bouquin, TF1 un pouvoir, une enquête de Pierre Péan et Christophe Nick parue en 1997, mais ce livre n’est pas du tout centré sur Nicolas Sarkozy. On y voit par contre énormément son favori du moment, Édouard Balladur, lequel a bénéficié d’une incroyable ouverture médiatique lors de la Présidentielle de 1995. Avec notamment ce discours de remerciement, lors des vœux de Balladur à la presse : “Je suis très content de vous, vous avez fait du très bon travail.”

Questions de forme

Qu’il prenne à partie Étienne Mougeotte en lui reprochant vertement l’orientation droitière de TF1, piège joliment Karl Zéro dans Pas vu Pas pris ou envoie un de ses amis à la rencontre du directeur de la rédaction de Charlie Hebdo pour l’interroger sur l’héritage (nié) de Choron [
Tu noteras que Choron Dernière, documentaire de Pierre Carles et Martin sur ce personnage extraordinaire qu’était le professeur Choron, vient de sortir en DVD. Je dis ça, je dis rien…], il y a une façon de mener (tambour battant) les choses qui n’appartient qu’à Pierre Carles. Un très efficace mélange de naïveté, de culot et de machiavélisme, pour mettre à nu les compromissions et contradictions de ses interlocuteurs. «Ce n’est pas gentil», lui sort un Karl Zéro faussement compréhensif. «Pas gentil», peut-être. Mais ça fonctionne tellement bien…

Pierre : L’aspect le plus intéressant de Pas vu Pas pris est qu’il a été un déclencheur : les réactions qu’il a soulevées illustraient parfaitement le corporatisme des journalistes.
Au fond, le document sur lequel était centré le film [Soit l’enregistrement de quelques minutes de discussion entre François Léotard, alors ministre de la Défense, et Étienne Mougeotte, directeur des programmes de TF1. Une conversation tenue juste avant l’ouverture du journal et illustrant la complicité régnant entre les deux hommes. D’abord publiée, sous forme d’extraits, par Le Canard Enchaîné, la séquence est ensuite devenue le point de départ d’un reportage réalisé par Pierre Carles sur commande de Canal + et portant sur la «télé, le pouvoir et la morale». La chaîne ayant, sur décision d’Alain de Greef, refusé de le diffuser, Pierre Carles l’a étoffé. Il est devenu Pas vu Pas pris, documentaire indépendant.] n’était qu’un prétexte, le révélateur des lois du milieu. Tous ceux qui se sont indignés ont fait mine de croire que l’intérêt éventuel de Pas vu Pas pris résidait dans la valeur de cette séquence montrant Mougeotte et Léotard. Alors qu’il n’était bien évidemment pas là.

Annie : C’est d’ailleurs toute l’originalité du travail de Pierre : il écrit réellement un récit. Il joue, prend position, se met en scène, et ces éléments deviennent des dispositifs de l’action.

Pierre : Il faut dire que j’ai été bien aidé par les intéressés. Jacques Chancel, Karl Zéro, Charles Villeneuve… tous se sont ingéniés à se montrer sous un jour intemporel, à réagir en hommes de pouvoir. On peut même dire qu’ils ont écrit en partie le scénario et qu’ils ont été très bons dans leurs rôles respectifs…
Pas vu Pas pris est d’abord un film sur le pouvoir. Il montre comment réagissent les hommes de pouvoir quand on tente de fissurer leur image, et donc quand on attaque leur porte-monnaie. Cette réaction-réflexe face à la menace est universelle.

Annie : Pas vu Pas pris a finalement très bien marché. C’est moins le cas d’Enfin pris, sorti quatre ans plus tard et qui n’a fait “que” 55'000 entrées. Je pense qu’il est quand même devenu un classique du cinéma de réflexion, à l’image du documentaire sur Pierre Bourdieu.
Ce qui m’intéresse vraiment dans les films de Pierre, c’est qu’ils ne ressemblent à aucun autre. À la présence physique de Pierre Carles s’ajoutent un long travail de montage et un travail spécifique sur les archives, des éléments historiques existant déjà mais qu’il décide de sortir du flux et de mettre en perspectives. Ses films sont constitués de paliers, avec un lot d’informations supplémentaires à chaque étape. Je trouve ça très excitant.

Pierre : Ce qui m’a plu dans le travail de Michael Moore, c’est sa capacité à faire des films drôles sur des sujets graves. Dans Roger et moi, il réussissait à conter l’effondrement de Flint de manière très drôle. À l’époque, il faisait en outre confiance au spectateur, il ne le prenait pas totalement en main. Aujourd’hui, c’est différent…
Aller voir les représentants du pouvoir est finalement un ressort scénaristique assez classique, façon David contre Goliath. Tout son intérêt réside dans le fait qu’il peut provoquer la surprise et se révéler très inattendu. Et puis, il y a un plaisir assez narcissique à aller provoquer les puissants…
Mais s’il y a un film qui m’a vraiment inspiré, c’est Hôtel Terminus de Marcel Ophuls. On sent dans cette œuvre une conception du cinéma et du documentaire très pure, quelque chose qui a vraiment fait avancer le schmilblick. On est à des lieux d’un personnage comme Ardisson, qui a pourtant l’incroyable prétention d’avoir inventé quelque chose à la télévision.

Système et dépendance

En questionnant la lutte armée, en donnant longuement la parole à des gens se plaçant d’eux-mêmes dans la marge ou en pointant les dérives de ceux qui détiennent le pouvoir médiatique, c’est finalement l’étonnante longévité d’un système qui aurait dû depuis longtemps s’écrouler que Pierre Carles interroge. Pourquoi et comment tient-il ?

Pierre : Je suis finalement très étonné que notre société ne connaisse pas davantage de violences. Comment se fait-il qu’il n’y ait pas plus d’émeutes, plus d’habitants de banlieues brûlant écoles et bibliothèques et s’en prenant aux symboles de l’État ? Pourquoi n’y a t-il pas plus de violences ? C’est une très bonne question. Elle mériterait un film, mais personne ne le financerait…

Annie : Dans Volem rien foutre al païs, on voit des gens qui proposent des réponses collectives, trouvent des façons de se débrouiller pour devenir autonomes.

Pierre : Ce film se termine sur la question que je pose à Michèle Alliot-Marie, alors ministre de la Défense : à l’occasion d’un exercice militaire, je lui demande si l’armée pourrait intervenir pour mettre au pas ceux qui décident de se couper de la société de consommation. En réponse, elle m’avait regardé d’un air interloqué…
Quelques années plus tard, c’est pourtant bien l’armée — c’est-à-dire la gendarmerie — qui est intervenue à Tarnac parce qu’il est reproché à certains de ses habitants de ne pas respecter les normes en matière de mode de vie. La question finale du film avait quelque chose de prémonitoire, finalement.

Pierre : Prends notre exemple. Si on voulait être indépendant jusqu’au bout, il faudrait qu’on trouve un moyen d’être diffusé et projeté dans des lieux où on n’est pas censé exister. Parce qu’il faut voir les choses en face : notre public est sociologiquement très connoté, avec un certain niveau de revenu et d’étude. C’est particulièrement vrai pour les gens qui vont voir nos films dans le réseau des salles de cinéma d’art et d’essai.
Dans La sociologie est un sport de combat, il y a une séquence tournée au Val-Fourré, avec des jeunes qui bousculent un peu Pierre Bourdieu. Après sa sortie, on est retourné au Val-Fourré pour projeter le film : dans le public, il n’y avait à peu près que des profs et des membres de la classe moyenne… Il ne faut pas mésestimer les barrières de classe.

JBB - Article XI, 7 décembre 2009.

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