Égypte : Le mouvement ouvrier indépendant s'organise

Publié le par la Rédaction

Création du Comité Constituant de la Fédération Indépendante des Syndicats d’Égypte (extraits principaux de la déclaration ; texte complet en anglais ci-dessous)

 

Les ouvriers et employés égyptiens ont mené de longs combats et ont participé, particulièrement ces quatre dernières années, à des mouvements de protestation récurrents — d’une manière sans précédent dans l’histoire égyptienne moderne — pour défendre leurs droits légitimes. En dépit de l’absence d’un syndicat indépendant organisé — ce dont ils ont été privés pendant de longues décennies — ils ont été capables d’attirer de leur côté des secteurs sociaux les plus larges et de gagner une grande sympathie dans la société égyptienne et les mouvements ouvriers et les syndicats.

 

Les travailleurs se sont battus pour le droit au travail contre le démon de chômage — qui hante la jeunesse égyptienne — et ont réclamé un salaire minimum juste qui garantisse un niveau de vie convenable pour tous les salariés. Ils ont mené de grandes batailles pour leurs droits démocratiques à la libre association dans des syndicats indépendants.

 

Cette lutte menée par les travailleurs a ouvert la voie en Égypte à la révolution du peuple actuelle… Par conséquent, les ouvriers et employés égyptiens refusent que la «gouvernementale» Fédération générale des syndicats les représente et parle en leur nom. Cette fédération qui les privait de leurs droits et refusait leurs revendications et qui a publié récemment une infâme déclaration, le 27 janvier, annonçant qu’elle fera tout son possible pour contenir tout mouvement de protestation des travailleurs au cours de ces journées.

 

C’est pourquoi, des syndicats et organisations indépendantes — le syndicat des employés des impôts fonciers, le syndicat des techniciens de la santé, celui des employés, l’association indépendante des enseignants, ainsi que plusieurs groupes indépendants d’ouvriers de l’industrie, représentants de différentes entreprises, constatant qu’il était impossible de rester les bras croisés, ont déclaré la fondation d’une Fédération des Syndicats Indépendants d’Égypte et la création d’un Comité Constituant en date d’aujourd’hui, le 30 janvier 2011, qui a pris les décisions suivantes :

 

Afin que soient obtenues les exigences de la Révolution du peuple et de la jeunesse égyptien proclamée le 25 janvier, nous soulignons ce qui suit :

1. Le droit au travail pour le peuple égyptien — qui est droit fondamental que l’État doit garantir et qui faute d’être respecté, doit ouvrir sur le droit à des prestations pour tous les chômeurs. 
2. Un salaire minimum de 1200 livres égyptiennes [150 euros], avec des hausses de salaires indexées annuellement sur la hausse des prix, tout en accordant le droit pour tous les travailleurs à des primes et des indemnités appropriées à la nature des emplois et en particulier le droit à des compensations adéquates pour les dommages qui peuvent survenir en raison de l’environnement du travail et des risques. Le salaire maximum ne doit pas dépasser dix fois le salaire minimum. 
3. Tous les Égyptiens ont le droit à une protection sociale juste, y compris les droits à la santé, au logement et à l’éducation, «la garantie d’une éducation gratuite avec des programmes développés en fonction de l’évolution scientifique et technologique» et le droit des retraités à une pension décente avec la prise en compte de tous les bonus et primes. 
4. Le droit pour tous les travailleurs, les employés et les salariés de s’associer dans des syndicats indépendants où ils décident eux-mêmes de leurs règles et qui soient l’expression de leur volonté et la suppression de toutes les restrictions légales à l’exercice de ce droit. 
5. La libération de toutes les personnes détenues depuis le 25 janvier.

 

Le Comité Constituant de la Fédération des Syndicats Indépendants d’Égypte appelle tous les travailleurs égyptiens à former des comités populaires dans les installations de proximité et les sites pour défendre les infrastructures, les travailleurs et les citoyens dans cette situation critique. Ces comités organiseront aussi la protestation et les grèves dans les lieux de travail.

 

Le Comité Constituant fait appel à tous les travailleurs en Égypte à participer à ces mouvements afin d’obtenir la satisfaction des exigences du peuple égyptien, à l’exception des installations vitales d’importance stratégique en raison de la situation actuelle.

 

La Fédération des Syndicats Indépendants d’Égypte,
Le «Comité Constituant» - le 30 janvier 2011 
Traduction rapide par l’Organisation Communiste Libertaire.

 

 

Grève des 27'000 ouvriers (à 90% des ouvrières) du textile de Mahalla Al-Koubra en avril 2007, d’où a été créé, en solidarité, le «Mouvement des Jeunes du 6 avril», groupe informel de bloggers, à l’initiative du rassemblement du 25 janvier 2011.

 

 

The formation of the Constituent Body of the Egyptian Independent Trade Union Federation

 

Egypt is witnessing presently unforgettable days… Its people is showing unprecedented valor in its struggle to protect its right to live the life it deserves… its right to dignity, freedom and social justice… its right to equal decent work opportunity and fair wages… its right to live in a democratic society capable of embracing all its members and that provides to each and every one of them his share of the country’s wealth and national income… a society where some individuals do not own private jets while the majority of the people lack a decent conveyance and where the income of those at the top of the pyramid is thousands of times higher than minimum wages.

 

A society where individuals can breathe freely… talk, interact and express themselves freely, where different categories and classes can defend and negotiate their interests… a society that does not oppress its members nor curbs their ambition and their human yearning for capacity development and better life conditions.

 

Egyptian workers and employees fought long and participated, especially four years, in a recurrent protest movement — in an unprecedented way in modern Egyptian history — to defend their legitimate rights. Despite the lack of an organized independent union — from which they were deprived for long decades — they were able to attract to their side wider social sectors and to gain a broader sympathy from the Egyptian society and among labour movements and trade unions.

 

Workers fought for the right to work against the unemployment demon — that haunts Egyptian youth — and called for a fair minimum wage that guarantees a decent standard of living for all wage earners. They fought a great battle for their democratic rights to association in independent trade unions.

 

This struggle undertaken by workers paved the way in Egypt for the current revolution of the people… Therefore, the Egyptian workers and employees refuse that the “governmental” General Federation of Trade Unions represents them or speaks on their behalf. This federation that denied them their rights and their demands and that issued lately an infamous statement on the 27th of January announcing that it will make every effort to contain any workers protest movement during these days.

 

Hence, the independent unions and bodies — the Union of the Real Estate Tax Workers, the Union of Wage Earners, the Union of Health Technicians, the Independent Teachers Association and the independent bodies and groups representing industrial workers — who find it impossible now to stand idly by, announce the founding of the Egyptian Independent Trade Union Federation and the establishing of Constituent Body as of today the 30th of January 2011 that took the following decisions:

 

To adopt the demands of the Egyptian people and youth revolution announced on the 25th of January underlining the following:

1. The Egyptian people right to work — since it is a fundamental right granted by the state and any prejudice of this right entails the right to “unemployment compensation”. 
2. To fix the minimum wage at no less than a thousand and two hundred LE (Egyptian pound) to be increased annually accordingly to the increase of prices while granting the rights of all workers to incentives and allowances suitable with their jobs nature and especially the right in adequate compensations for the damages that may occur due to the working environment and risks. The maximum of wages must not exceed ten times the minimum wages. 
3. All the Egyptians have the right to a fair social protection including the rights to healthcare, housing and education “with the guarantee of a free education with developed programs that cope with the scientific and technologic evolution” and the right of the retired to decent wages with the compensation of all the derogated bonuses. 
4. The right of all workers, employees and wage earners to associate in independent unions where they put the regulations themselves and which is subject to their will and to remove all the legal restrictions on the exercise of this right. 
5. The release of all the recently imprisoned and detained individuals since the 25th of January.

 

The Constituent Body of the Egyptian Independent Trade Union Federation calls upon all the Egyptian workers to form popular committees in the neighboring facilities and sites in order to defend the facilities, workers and citizens in this critical situation. These committees will also organize the protest and strike movements in workplaces. The constituent body calls upon all workers in Egypt to participate in these movements in order to achieve the demands of the Egyptian people with the exception of vital facilities of strategic importance due to the prevailing situation.

 

The Egyptian Independent Trade Union Federation,
“The Constituent Body” - 30/01/2011.
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M

 


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