Égypte : la bourgeoisie prise à la gorge joue la carte de l'armée - 10 février

Publié le par la Rédaction

Égypte : l'armée examine les mesures pour «préserver la nation»

 

L'armée égyptienne a annoncé jeudi dans un communiqué examiner les «mesures» nécessaires «pour préserver la nation» et «pour appuyer les demandes légitimes du peuple».

 

Le conseil suprême des forces armées a déclaré dans un communiqué qu'il s'était réuni «pour examiner les mesures à prendre pour préserver la nation».

 

«Compte tenu de la responsabilité des forces armées et leur engagement à protéger le peuple et préserver ses intérêts et sa sécurité, et pour veiller à la sécurité de la nation et des citoyens, et aux acquis du grand peuple égyptien, et pour soutenir les demandes légitimes du peuple, le conseil suprême des forces armées s'est réuni aujourd'hui jeudi 10 février», poursuit le communiqué.

 

Le conseil a ajouté qu'il s'était réuni «pour examiner les développements de la situation jusqu'à ce jour, et avait décidé de continuer à rester réuni», a affirmé un militaire lisant un communiqué à la télévision.

 

Leur presse (Agence Faut Payer), 10 février 2011 - 16h53.

 

 

Instantané du Caire

 

Le Caire, 10 février 2011. 14H00. Forte pluie sur le Caire. Le tonnerre gronde. Tous les climats sont instables sauf celui des manifestants déterminés à s'étendre aux quatre coins de la ville. De marée humaine en marée humaine, c'est par milliers que les corporations se joignent aujourd'hui aux manifestants attroupés autour des syndicats, des tribunaux, de l'Assemblée du Peuple, du Conseil d'État, du Ministère de l'aviation… Un millier d'avocats marchent maintenant sur l'ancien palais royal de Abdine.

 

Chacun s'accorde à penser qu'aujourd'hui sera le jour où l'armée devra tomber le masque. Les moindres signes sont observés, décortiqués et interprétés.

 

Ce matin, à l'aube, l'armée se déploie dans toute la ville du Nord au Sud. Soldats, tanks et camions pour le transport des troupes. Le quartier d'Heliopolis, où se trouve le palais présidentiel, est comme isolé du monde, sous la protection de l'armée.

 

À 13h30, Sandmonkey, un blogueur plusieurs fois arrêté et actif depuis 2006, prévient dans un tweet : «Quand l'armée bat pavillon jaune, c'est qu'elle s'apprête à tirer des grenades lacrymogènes.»

 

D'autres nouvelles nous parviennent : les multinationales implantées dans le «Smart Village» (une mini Silicon Valley sur la route d'Alexandrie) évacuent leur locaux. Parmi elles, Vodafone, IBM dont nous avons pu joindre des employés. L'évacuation simultanée des locaux des multinationales laisse penser qu'elles en ont reçu l'ordre. Ce que nous pouvons affirmer maintenant c'est que cet ordre a émané, simultanément, des services de sécurité de ces entreprises respectives. Nous ne savons pas encore si, à la source, il s'agit d'un ordre émis par le gouvernement.

 

Cris d’Égypte, 10 février.

 

 

Égypte : le double visage de l'armée égyptienne

 

Le Caire 10 février 2011. Hier, le quotidien britannique Guardian a publié un rapport qui accable l'armée égyptienne, cette armée qu'on avait jusque là saluée pour sa loyauté envers le peuple même si, depuis quinze jours, bien des signes sont alarmants.

 

Photo prise quelques secondes après que

les hommes de main aient battu en retraite.

 

Oui, l'armée a arrêté, injurié, électrocuté, torturé des centaines, sinon des milliers de manifestants. Elle est également responsable de l'arrestation et de la torture d'activistes, de militants et de défenseurs des droits de l'homme, égyptiens et étrangers.

 

Nous avons recueilli le récit complet de l'une de ces personnes arrêtées. Celle-ci n'a pas souhaité garder l'anonymat, mais nous avons décidé de ne pas publier son nom.

 

Ce récit décrit les dessous de «l'enlèvement», le 3 février 2011, d'une douzaine d'activistes et et de deux employés d'Amnesty International, enlèvement dont nous avons parlé dans ce post.

 

Le 3 février, la police militaire, les services secrets de la police, des hommes de main en civils et des membres de la sécurité d'État (Amn el Dawla) orchestrent un raid spectaculaire dans le centre Hisham Moubarak (aucun lien avec le président), centre pour la défense des Droits de l'homme.

 

À leur tête, et supervisant le bon déroulement des opérations, un général de l'armée.

 

Des hommes de mains commencent d'abord par encercler le bâtiment pour en condamner les issues. Entrent ensuite les hommes de main et les policiers en uniformes. Ils donnent l'ordre à tous les activistes de se mettre ventre à terre, tandis que d'autres hommes saccagent les locaux, confisquent des documents et des ordinateurs.

 

Le tout se déroule, sous le regard tranquille du général

 

Ventre à terre, les Égyptiens et les Occidentaux subissent un torrent d'injures et d'humiliations. Aux Égyptiens : «Alors ! Con de ta mère ! C'est ça que tu fais à ton pays, fils de pute ?!» Aux Occidentaux : «Enculés d'agents ! Vous travaillez pour qui ?!» On les prive de tout ce qu'ils ont sur eux : téléphones, portefeuilles, passeports.

 

Le tout se déroule, sous le regard tranquille du général. On fait lever les activistes. Sans leur faire violence, des soldats de l'armée militaire leur menottent les mains, leur bandent les yeux et les conduisent à la sortie où les attend une foule compacte d'hommes de mains et de curieux qui se sont attroupés. Dehors, le général s'addresse aux activistes : «On pourrait très bien vous livrer à cette foule pour qu'elle vous tue !»

 

Malgré ses yeux bandés, celui qui nous livre ce récit reconnaît que les véhicules dans lesquels on les engouffre sont des camionnettes rouges, semblables à celles des pompiers.

 

Le cortège se dirige alors vers une destination inconnue. Plus tard, on saura qu'il s'agissait du sinistre Camp 75, un camp militaire dans le quartier de Mansheyet el Bakry, dans la périphérie du Caire.

 

Notre témoin a eu de la chance. Ni torture, ni violence corporelle, mais terreur psychologique intensive. Le traitement durera 36 heures avant que le groupe d'Occidentaux ne soit relâché. Dans les cellules voisines, les cris des autres détenus sont insoutenables. Durant toute la durée de leur séjour, les nouveaux détenus affluent par dizaines, sans arrêt. Le groupe est nourri de maigres rations d'eau, de pain et de miel.

 

36 heures plus tard, on leur annonce qu'ils sont libres. On leur retourne leurs effets personnels. Un minibus banalisé les conduit à l'extérieur, s'engage sur la route qui mène à l'aéroport du Caire puis les relâche à proximité de l'hôtel Sonesta. Le petit groupe, épuisé et sous le choc, se voit refuser l'entrée par la direction de l'hôtel.

 

Le groupe arrête alors un taxi et, quelques 500 mètres plus loin, se fait arrêter de nouveau par un check point des services secrets militaires. Le groupe est à nouveau interrogé, il est 2 heures du matin. L'interrogatoire dure 30 minutes et le groupe est enfin relâché.

 

Par téléphone, leurs collègues et amis s'arrangent pour le que le groupe puisse être reçu et logé à l'Hotel Fairmont, à proximité de l'aéroport international du Caire.

 

Fin du cauchemar. On peut maintenant se réveiller.

 

Après l'armée qui torture, celle qui compatit

 

Il y a deux armées. Celle qui torture et qui arrête et celle qui pleure la misère de ses frères et de ses enfants.

 

La photo ci-dessus témoigne d'un moment dont je voulais vous parler depuis longtemps. Une scène déchirante à laquelle j'ai assisté, et que j'ai pu filmer d'une fenêtre donnant sur la place Tahrir.

Récit. Place Tahrir, le 2 février, les affrontements entre les policiers en civils, les hommes de main «pro-Moubarak» et les manifestants sont meurtriers. La nuit du 2 au 3 février restera gravée dans toutes les mémoires. La lutte pour défendre la place Tahrir durera 16 heures et s'achèvera vers 4 heures du matin. Cette nuit, il y a plus de 2000 blessés et 10 morts. Plus tôt dans la journée, nous avions failli tout perdre, mais un simple soldat, tout seul, et en son âme et conscience, prit la décision de nous défendre.

 

Retour sur les faits : dans l'après-midi du 2 février, des centaines d'hommes de main et de policiers en civils se battent contre les manifestants rue Talaat Harb, 2 heures durant. Cocktails molotov, pierres. Pris de court, les manifestants perdent leur position et se ruent alors sur eux près de deux cents assassins qui crient victoire. La scène se passe rue Talaat Harb, une des artères principales qui conduisent à la place Tahrir.

 

Du côté de l'armée, et pour défendre l'accès de Talaat Harb, il n'y a qu'un seul tank et qu'un seul soldat visible.

 

Voyant arriver cette marée d'assassins, le soldat, sans son arme, descend de son tank, s'avance vers les hommes de main qui arrivent en courant. Les bras levés et les mains vers le ciel, il leur fait signe de s'arrêter, mais rien ne les arrête. Il remonte alors sur son char. Il est debout, il prend son arme de poing et la pointe sur sa tempe. Il veut se suicider. Des manifestants se jettent sur lui et l'en empêchent. Cris, hurlements. Un manifestant se jette au sol et lui baise les pieds. En égyptien, ça veut dire : «Je t'en supplie, ne fais pas ça». Tout cela dure l'espace de secondes interminables.

 

Les hommes de main ne sont plus qu'à 30 mètres de la place Tahrir. Une boucherie est annoncée. Le soldat, l'homme providentiel sans lequel nous ne serions peut-être plus place Tahrir aujourd'hui, saisit son fusil d'assaut et tire 6 ou 7 fois en l'air. Le bruit des tirs est assourdissant et résonne dans la place tout entière. Effrayés, les hommes de main prennent la fuite. La place est sauve.

 

Ce qui se produit ensuite me donne encore la chair de poule. Les manifestants témoins de la scène et tous ceux postés aux fenêtres se déchirent la voix pour acclamer leur sauveur. On l'embrasse. Il est en larmes. La place crie : «L'armée, le peuple, une seule main».

 

C'était le titre de ce post, qui relatait les événements de ce jour et de cette nuit inoubliables.

 

Si je reviens sur ces deux récits, c'est parce qu'ils témoignent de la division profonde de l'armée, décryptée dans ce post. Pour le dire vite, les élites aux commandes ont des intérêts et des aspirations que les militaires de rang moyen n'ont pas et que les simples soldats n'ont vraiment pas du tout.

 

Dans une situation qui s'enlise pour le gouvernement, les élites de l'armée, ces derniers jours, durcissent le ton. Le 9 février Omar Suleiman n'y va pas par quatre chemins, il menace que l'armée sera contrainte d'utiliser la force pour mettre fin au «chaos».

 

Depuis 3 jours, nous craignons le pire, c'est à dire une dégradation de la relation entre l'armée et le peuple et une confrontation sanglante entre l'une et l'autres des parties.

 

Pour ma part, et avec optimisme, j'imagine qu'un putsch se prépare au sein de l'armée, mené par les militaires de rang moyen avec l'appui, sans réserve, des simples soldats.

 

Cris d’Égypte, 10 février.

 

 

Déclaration des léninistes d’Égypte

 

Ce qui se passe aujourd’hui en Égypte est la plus ample révolution populaire dans l’histoire de notre pays… et dans celle de tout le monde arabe. Le sacrifice de nos martyres [l’ONU déclare, le 7 février, 300 morts] a construit notre révolution et nous avons brisé toutes les barrières de la peur. Nous ne reculerons pas jusqu’à ce que les «dirigeants» criminels et leur système soient détruits.

 

Aux travailleurs d’Égypte

 

Les manifestations et les diverses protestations ont joué un rôle clé dans le démarrage et la poursuite de notre révolution. Maintenant, nous avons besoin de l’engagement des travailleurs. Ils peuvent sceller le destin du régime. Non seulement en participant aux manifestations, mais en organisant une grève générale dans toutes les industries clé et les grands secteurs économiques.

 

Le régime peut se permettre d’attendre des jours et des semaines s’il n’y a que des sit-ins et des manifestations ; mais il ne peut pas résister durant longtemps si les travailleurs utilisent les grèves comme leur arme. La grève dans les chemins de fer, la grève dans les transports publics, la grève dans les aéroports et dans les grandes entreprises industrielles. Travailleurs d’Égypte, au nom du soutien à la jeunesse rebelle et pour honorer le sang de nos martyrs, rejoignez les rangs de la révolution, utilisez votre pouvoir et la victoire sera vôtre.

 

Formez des conseils révolutionnaires le plus vite possible. Cette révolution a dépassé nos espoirs les plus grands. Personne ne s’attendait à autant de manifestants. Personne ne s’attendait à ce que les Égyptiens et les Égyptiennes manifestent autant de bravoure face à la police. Personne ne peut dire que nous n’avons pas obligé le dictateur à se retirer. Personne ne peut dire qu’une véritable transformation ne s’est pas faite sur la place de El-Tahrir [place de la Libération].

 

Ce dont nous avons besoin, c’est de mettre en avant les revendications socio-économiques comme partie intégrante de nos revendications afin que ceux qui sont dans leurs maisons sachent que nous nous battons pour leurs droits…

 

Nous devons nous organiser nous-mêmes en comités populaires qui élisent des conseils démocratiques plus larges et cela depuis en bas. Ces conseils doivent donner naissance à un conseil général, supérieur, qui intègre des délégués de toutes les tendances. Nous devons élire un conseil suprême du peuple qui nous représente et dans lequel nous plaçons notre confiance. Nous appelons à la formation de conseils populaires depuis la place de la Libération au Caire jusque dans toutes les villes d’Égypte.

 

Voici notre position, en tant que socialistes révolutionnaires, sur le rôle de l’armée. Chacun nous demande l’armée est-elle avec le peuple ou contre lui ? L’armée n’est pas un bloc homogène. Les intérêts des soldats [conscrits] et des sous-officiers sont les mêmes que ceux des masses. Mais les officiers supérieurs sont des hommes de Moubarak choisit avec précaution afin de protéger son régime corrompu, sa richesse et sa tyrannie. Ce secteur fait partie intégrante du système.

 

L’armée n’est plus l’armée du peuple. Cette armée n’est plus celle qui a défait les sionistes en octobre 1973. Cette armée est étroitement associée aux États-Unis et à Israël. Son rôle est de protéger Israël et non pas le peuple… Oui, nous voulons gagner les soldats à la révolution, mais nous ne devons pas être trompés par des slogans tels que : «l’armée est de notre côté». L’armée soit mettra fin directement aux manifestations ou elle restructura la police pour que cette dernière joue ce rôle.

 

NPA, 9 février.

 

 

Révolutions arabes : du soulèvement au pouvoir populaire 

 

Le soulèvement populaire égyptien livre une dure lutte au régime Moubarak et aux puissances du capitalisme mondialisé. Tous les pouvoirs interviennent sur la scène égyptienne pour sauvegarder leurs intérêts politico-militaires et économiques. Pour y arriver il leur faut brider la contestation populaire, maintenir un pouvoir étatique aussi fort que possible et briser l'élan de la lutte sociale et démocratique. Il leur faut en particulier séparer les revendications sociales des exigences de démocratie et enfermer tout le mouvement dans le cadre d'une politique de délégation qui renouvelle partiellement les institutions sans toucher aux mécanismes centraux de la société d'exploitation.

 

Révolutions sociales et démocratiques

 

Les soulèvements populaires arabes sont certes des révolutions démocratiques. Sérieusement démocratiques, car elles sont porteuses d'une exigence et d'une pratique de pouvoir populaire. Ce sont aussi des révolutions sociales car les nombreux acteur/trice.s de cette contestation populaire entendent changer en profondeur la société, partager autrement les richesses, imposer plus de justice et plus d'égalité sociale.

 

Les soulèvements populaires arabes sont également porteurs de l'exigence évidente de l'émancipation des femmes et de l'égalité radicale entre femmes et hommes.

 

Rien de tout ceci ne pourra être conquis sans une organisation autonome du mouvement populaire qui devra attaquer l'ensemble de l'ordonnement économique, social et politique.

 

Des sujets dans la lutte, contradictions et questions

 

Les dictatures constituent des formes de pouvoir brutal, arbitraire, asservissant pour l'immense majorité de la société. Elles exercent une expropriation partielle contre des fractions parfois décisives de la bourgeoisie. Elles incarnent un pouvoir mafieux, un capitalisme délinquant. En tant qu'ils/elles combattent des dictatures qui exercent ce pouvoir, tout en brutalité et en pillage, des secteurs bourgeois et leurs élites politiques interviennent dans la lutte anti-dictatoriale. Les soulèvements populaires fédèrent un certain nombre de groupes, de classes et de secteurs qui entendent combattre la dictature mais qui ont entre eux de très fortes contradictions. En particulier, les soulèvements populaires signent l'entrée en lutte aux côtés des masses pauvres et du monde ouvrier classique d'un puissant prolétariat intellectuel, fortement précarisé.

 

Les hypocrites et les oublieux/euses font semblant d'ignorer les liens qui unissent les luttes actuelles aux soulèvements qui les ont précédées, notamment au mouvement de contestation du pouvoir bourgeois et théocratique iranien en 2009. Mais en fait nous nous trouvons devant un même cycle de lutte. Les forces bourgeoises économiques, politiques, théocratiques luttent pour diriger la restauration de l'État, la réforme du capitalisme, la redéfinition des rapports internationaux. En un mot ces forces entendent occuper le pouvoir dans des États bourgeois remis à neufs. Elles ne poursuivent pas les mêmes buts et ne développent pas les mêmes pratiques que les secteurs les plus radicaux du mouvement populaire.

 

Tous les secteurs qui construisent aujourd'hui une politique de libération et d'émancipation devront sans doute lutter longtemps pour atteindre leurs objectifs. Mais l'acte inaugural des révolutions arabes crée des conditions nouvelles pour forger une politique de libération d'une portée nouvelle de l'Iran au Maghreb. Les soulèvements d'aujourd'hui prolongent et revendiquent une grande quantité de luttes sociales et politiques plus limitées, moins connues : grèves ouvrières, émeutes de la faim, action pour le respect des droits fondamentaux, lutte des femmes, mobilisations des jeunes diplômé.e.s, construction d'organisations indépendantes populaires et syndicales. Les processus révolutionnaires actuels ne représentent pas simplement une continuité de ces luttes mais un saut qualitatif, un évènement dans sa profondeur, dans sa nouveauté et dans son envergure.

 

Césure, rupture, création

 

C'est à partir de cette césure-là que le combat va désormais se déployer et avancer. Il est décisif que dans cette période où tout est encore en jeu, les soulèvements populaires arrachent tout ce qui peut l'être : revendications matérielles, espaces démocratiques, avancées dans l'émancipation de tous les sujets, donne nouvelle dans le partage des richesses. Il est décisif aussi qu'une autre manière de faire de la politique, la seule manière qui matérialise une politique de libération, soit expérimentée par des secteurs sociaux en mouvement. Il est décisif que la politique de délégation soit pratiquement et théoriquement contestée et dépassée, autant que faire se peut, par les expériences actuelles d'action directe, d'auto-organisation et de pouvoir populaire.

 

C'est sur ces bases qu'il est possible de construire sur le long terme un large mouvement de lutte contre le système de domination et d'exploitation et de préciser clairement quels sont les objectifs révolutionnaires et en quoi ils dépassent les simples changements gouvernementaux, les mutations constitutionnelles, les changements politico-institutionnels que l'on veut aujourd'hui imposer comme fermeture aux révolutions sociales et démocratiques arabes.

 

Tout est possible

 

D'ores et déjà de l'Iran au Maghreb, des formes d'organisations populaires indépendantes, conjoncturelles ou permanentes, se configurent et se consolident, sur le terrain social et politique, sur le terrain de la lutte anti-patriarcale, sur le terrain de la démocratie radicale et directe. Des noyaux révolutionnaires libertaires et communistes de conseils existent dans tous ces pays. Ils posent aujourd'hui dans toute son envergure la question d'une politique de libération basée sur l'action directe populaire.

 

Organisation Socialiste Libertaire , 9 février.

 

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