Dijon : Tentative d'autoréduction à Intermarché

Publié le par la Rédaction

Mardi 29 décembre une trentaine de personnes a investi Intermarché

Mardi 29 décembre, vers 18h, une quarantaine de personnes a investi l’Intermarché, situé Port du Canal à Dijon. Aux rythmes du disco, une dizaine de personnes bloquait les caisses avec quelques caddies bien remplis, tandis que les autres entonnaient des slogans «En guerre contre la vie chère !», «Le champagne au prix de la bière !»,«Le mardi c’est gratuit !» Des tracts ont été distribués et on pouvait lire sur la banderole «Taxons leurs profits !»

Les client-e-s et travailleur-se-s étaient plutôt enthousiastes face à cette action, même si certain-e-s considérent «qu’il vaudrait mieux s’en prendre à la grande distribution pour les riches, celle qu’on trouve dans les hypermarchés style Carrefour qu’à la distribution pour les pauvres — Intermarché , Ed…» Comme si c’étaient pas les mêmes crapules… On gardera les paroles de cette vieille dame qui disait : «Faudrait faire ça tout le temps, c’est tout le monde qui faudrait qui s’y mette !»

Pas moyen de négocier la sortie des caddies : le responsable a préféré céder une part de son bénéfice (en fermant son magasin le temps que la police intervienne) plutôt que de perdre de la marchandise. Dix minutes plus tard, c’est une trentaine de policiers (BAC, Police Nationale) qui a débarqué à l’intérieur du magasin, flashballs sortis pour protéger le butin. Après avoir encerclé le groupe de personnes, pris des photos, chacun-e a été fouillé-e, avant de pouvoir ressortir librement. Les participant-e-s refusèrent néanmoins de se découvrir et de décliner une quelconque identité et repartirent quand même bien content-e-s d’avoir mis du poil à gratter dans le dispositif marchand.

Bouffe de réveillon annulée, c’est partie remise puisqu’il faudrait faire ça tout le temps !

Ci-dessous, le texte distribué à cette occasion, en version écrite et pdf :

Auto-réduction au super
Tous unis contre la vie chère ® !

Les fêtes de fin d’année, celles qui ouvrent l’appétit, vident les portefeuilles et remplissent les caddies… Pendant que certains ramassent le pactole, on est de plus en plus à se faire plumer, à galèrer ou à se débrouiller à l’arrachée [Ce n’est pas par hasard si même le lait pour bébés est rentré au top 5 des vols cette année, au côté d’autres produits de première nécessité]. Pour changer, nous avons décidé de nous rendre collectivement au supermarché, d’approvisionner nos paniers et de ne pas payer !
La crise frappe, chute, remonte, stagne. Ceux qui s’en sortent en employant des personnes corvéables à merci, les gérants, les actionnaires, jouent nos vies au casino et se comprennent. Très bien, nous aussi. Alors on bloque les caisses, pour se réapproprier une part des bénéfices. On applique la Taxe Directe ® parce qu’on en a soupé de les renflouer et qu’on est bien certains que les hypothétiques taxes sur les bonus des banquiers ne nous reviendront pas plus que d’habitude. Taxer directement les plus grands voleurs, ceux qui tirent profit de la misère des autres…
Le matraquage publicitaire festif se charge de nous rappeler que si l’on ne peux participer à plein régime au grand jeu de la consommation, on ne vaut pas grand chose dans ce monde. Pour y accéder, il faut travailler plus pour gagner moins, être raisonnable et accepter n’importe quel emploi gracieusement offert, se mobiliser pour un quart de SMIC ou pour un chômage-RMI mini mini et superfliqué. Aujourd’hui, nous avons décidé de leur retourner la monnaie de leur pièce.
Les magasins croulent de marchandises — ces marchandises qui font le tour du monde et pour lesquelles il n’y a pas de frontières, ni de centres de rétention… Pour la grande distribution, c’est des centaines de milliers de tonnes de produits consommables qui finissent chaque année dans des poubelles pleines de javel ou compressées pour éviter que des gueux s’y attardent trop.
Les rayons d’un supermarché nous dealent une partie de la somme totale d’exploitation de travailleurs, de paysans, de sans-papiers, et de ressources naturelles appropriées, gérées, rationalisées pour permettre la rentabilité maximum. Une somme de sueurs et de matériaux, soigneusement empaquetée et à laquelle est attribuée une valeur marchande. Une valeur contre laquelle seront extorqués les miettes de salaires, avec ce qu’il faut de vigiles, de caméras et de portiques, de file d’attente aux caisses et de zones commerciales morbides pour faire en sorte que le rituel docile ne soit pas transgressé.
Aujourd’hui c’est le jeu capitaliste et son chantage permanent que nous avons voulu mettre à nu et ébrécher, parce que nous ne voulons plus devoir aux patrons et aux administrations ce dont nous avons besoin pour vivre, pas parce que nous aimons la marchandise mais parce que nous voulons l’abolir.

«En guerre contre la vie chère ! ®» ?
Et si on prenait leur slogan au mot ?

L’auto-réduction est une forme de grève qui brise les séparations et ne coûte qu’aux patrons. C’est une tradition de lutte des mouvements de chômeurs et de précaires, des mouvements sociaux, que l’on peut revitaliser ici et maintenant, tout comme d’autres pratiques à partager pour auto-réduire ses factures, faire la grève des loyers, et plus généralement s’organiser pour s’autonomiser.
Ce que nous prenons, nous proposons, pour commencer, de le partager et de festoyer ensemble, pour s’égayer l’appétit et creuser d’autres perspectives de vie.

Les Mousquetaires de la Grande Redistribution ®


Brassicanigra, 7 janvier 2010.

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