"Dieu est mort" à saintMaurice (Valais suisse)

Publié le par la Rédaction

 

D’audacieux inconnus ont peint, en pleine nuit, la célèbre phrase de Nietzsche sur la paroi rocheuse qui surplombe le monastère. Autorités locales et ecclésiastiques réagissent avec le sourire.

 

 

«C’est sans doute une blague d’étudiants», suppose Damien Revaz. Le président de saintMaurice, lui-même ancien élève du collège agaunois, connaît l’état d’esprit qui anime les gymnasiens en période d’examens finaux. Quand l’euphorie guette, l’audace n’est jamais bien loin…

Dans la nuit de mercredi à jeudi, des individus ont escaladé la falaise qui surplombe la vénérable abbaye valaisanne. Peut-être inspirés par les récentes épreuves de philosophie, ils y ont inscrit en grandes lettres blanches une célèbre phrase de Friedrich Nietzsche : «Dieu est mort». Dans Le Gai savoir, le poète allemand (1844-1900) ajoutait : «Et c’est nous qui l’avons tué !»

Provocation ? Outrecuidance ? Mgr Joseph Roduit, l’abbé territorial de saintMaurice, prend la chose avec le sourire. Interrogé par Le Nouvelliste, il s’inquiète surtout des risques pris par les auteurs de ces tags. Car l’aventure nocturne n’était pas sans danger. «Ils devaient s’y connaître en matériel de sécurité, renchérit Damien Revaz. Je l’espère pour eux, en tout cas !»

Aucune plainte ne sera déposée, selon le président. Comme tous les graffitis touchant le domaine public, le «Dieu est mort» sera effacé dans les plus brefs délais, assure-t-il. Pas de quoi troubler Nietzsche, finalement…

 

Leur presse (Patrick Monay, 24 Heures), 25 juin 2010.

 

 

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saintMaurice : L’Abbaye ne craint pas la mort de Dieu

 

Dans la nuit de mercredi à jeudi, des individus ont inscrit des propos nihilistes tirés du Gai Savoir de Nietzsche sur la falaise surplombant l’Abbaye. Qui prend la chose avec philosophie.

 

 

«On ne peut pas dire que le slogan soit très actuel. En mai 68 à Paris, quelqu’un avait écrit : «Dieu est mort» ; signé Nietzsche. Juste en dessous, un autre répliquait : «Nietzsche est mort» ; signé Dieu !»

Comme nombre d
Agaunois hier matin, Monseigneur Joseph Roduit na pas manqué de remarquer les trois mots peints durant la nuit sur la falaise surplombant la Royale Abbaye, plus ancien monastère de la chrétienté. «Cétait vers 9 heures, jai levé la tête en marchant dans la rue et ai vu ce graffiti.» Si labbé territorial nen fait pas un drame, il précise : «On ne peut pas laisser faire nimporte quoi. Nous avons contacté la commune. Mais ce nest pas la première fois que la falaise est utilisée de telle manière : à lépoque, le surnom dun chanoine avait été peint en grosses lettres, suivi du patronyme de Chappaz. Ces mots sétaient effacés avec le temps.»

Face à cette inscription, tout saintMaurice avait le nez en l
air hier. «Cest sans doute une farce détudiant», pouvait-on entendre dans lavenue dAgaune.

En pleine période d
examens, faut-il voir un lien entre ces propos et les épreuves de philosophie de fin de maturité ? «Je ne vais pas mener lenquête, mais la coïncidence de dates nest sans doute pas fortuite», explique, un discret sourire aux lèvres, Mgr Roduit. Qui prend la chose avec philosophie. «Dire que Dieu est mort est la preuve quil ne laisse pas indifférent. Donc quil est toujours là ! Par contre, il semble bien quil soit absent du cœur de beaucoup de gens en cette période dathéisme. Mais nous autres chrétiens, savons que le Christ est ressuscité.» Ces paroles résonnent dans le cœur dune citoyenne agaunoise très au fait de lhistoire biblique, qui tient à garder lanonymat : «À mon avis, la commune devrait uniquement faire enlever le mot “mort” et garder lexpression : “Dieu est”», glisse-t-elle malicieusement. «Cela ferait référence au livre de lExode, lorsque Moïse rencontre le Créateur et lui demande : Qui es-Tu ? Yahvé lui répond : Je suis celui qui est !»

Au-delà de l
inscription elle-même, la manière dont elle a été réalisée laisse songeur. «On ne peut pas atteindre cet endroit escarpé sans du matériel adapté et des connaissances en alpinisme», constate Mgr Roduit. «Ceux qui ont écrit ces lettres géantes ont pris des risques inconsidérés ! Je nose imaginer les conséquences en cas de chute : çaurait pu être une vraie mort…»

Président de la commune, Damien Revaz rebondit : «Nous n
en faisons pas une affaire d’État, mais dans les 48 heures, nous réglerons la chose en enlevant ces mots. Au-delà de la portée de ces propos, cette période de lannée est propice au fait que des étudiants en période dexamens en fassent des vertes et des pas mûres… Ce nest pas la première fois que cela se produirait.»

Levant les yeux vers la falaise hier matin en Agaune, un passant paraphrasait Georges Suffet : «Si Dieu est mort, il est sûr que son cadavre bouge encore.»

 

Leur presse (Nicolas Maury, Le Nouvelliste), 25 juin.

 


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