Descente de police à l'école Pédagogie Nomade de Limerlé

Publié le par la Rédaction

Perquisitions à Pédagogie Nomade :
Des méthodes policières et journalistiques douteuses


Ce vendredi 27 novembre vers 10 heures du matin, l’école Pédagogie Nomade a été le théâtre d’une opération de police imposante qui a sérieusement perturbé le déroulement des activités pédagogiques. Une quinzaine de représentants des forces de l’ordre et deux chiens sont venus vérifier la présence de stupéfiants et d’élèves dans notre école, qui en compte soixante.

Le comportement des policiers a été ressenti comme violent par les élèves et par les enseignants. L’absence d’informations précises sur les motifs de l’intervention, ainsi que des propos méprisants et calomnieux, allaient de pair avec des méthodes agressives (plaquage au sol, menottage…).

Les policiers ont visiblement perdu leur sang-froid et ont emmené un des professeurs, coupable d’avoir renversé sa tasse de café. Il a été entendu brièvement par le substitut du Procureur du Roi et enfermé durant cinq heures. Il comparaîtra devant le tribunal correctionnel de Marche le 11 décembre pour les motifs d’outrage et de rébellion.

Nous sommes stupéfiés, voire hallucinés, à la lecture des articles qui relatent les faits le soir-même dans certains organes de presse sur Internet. Contre-vérités sur les faits et conclusions hâtives y sont légion, confinant à la diffamation. Nous tenons à préciser, notamment, qu’aucun professeur n’a été «flairé positivement» par les chiens, qu’aucune culture de cannabis n’a lieu dans notre école, qu’elle n’organise pas le logement des élèves et que le poste de sous-directeur n’y existe pas.

Nous réfléchissons aux moyens de contrer ces pratiques policières et journalistiques abusives. Néanmoins, nous tenons à remercier les intervenants extérieurs pour cette magnifique situation-problème, que nous ne manquerons pas d’exploiter pédagogiquement dans le sens d’une citoyenneté active et critique, comme nous le prescrit le décret «Missions» de la Communauté Française.

La comparution de notre collègue Benoît aura lieu le 11 décembre à 9 heures, au Palais de Justice de Marche-en-Famenne. La séance est publique (à partir de 14 ans) : bienvenue à tous !

Et suite au prochain épisode.

Périple en la demeure, 28 novembre 2009.


Lettre ouverte à Madame la Ministre Marie-Dominique Simonet

Une nouvelle alarmante a été diffusée ces derniers jours dans l’ensemble des médias concernant l’école «Pédagogie Nomade» de Limerlé. Cette information diffusée avec maints conditionnels, peu de faits objectifs et beaucoup d’erreurs concerne l’école que nous avons choisie pour nos enfants. Voici les faits tels qu’ils ont été vécus par l’une d’entre nous et rapportés par les élèves.

Ce vendredi 27 novembre 2009, à 10h10, une vingtaine d’agents de différentes unités de police, accompagnés de chiens, sont arrivés sur le site de Pédagogie Nomade. À aucun moment, le corps enseignant n’a été prévenu par sa direction de cette opération. L’un des professeurs, refusant d’obtempérer aux injonctions brutales, s’est retrouvé menotté devant les élèves. Pendant l’opération, des remarques désobligeantes ont été proférées par certains agents de police : «Si vous êtes ici, c’est pour ne rien apprendre» ainsi que des insultes : «Bande de gauchistes» notamment à l’encontre des élèves. Un élève a été projeté contre un mur, plaqué au sol et menotté. Un élève majeur a été contrôlé en possession de trois grammes «d’herbe» et un autre élève en possession d’un joint dans l’enceinte de l’école.

Lors de cette opération, les policiers ont perquisitionné des logements d’élèves, dont certains mineurs, en l’absence des locataires majeurs responsables. Nous tenons à préciser que, contrairement à ce qui a été relayé par certains médias, Pédagogie Nomade ne possède pas d’internat et que les élèves mineurs sont sous la responsabilité de leurs parents.

Cette descente policière a choqué les élèves qui se sont sentis agressés dans leur école. Ils ont été humiliés par les insultes, les brutalités et le non-respect. Nous sommes scandalisés par cette opération musclée et démesurée dont nous ne comprenons absolument pas l’objectif. Pourquoi les enseignants ont-ils été considérés comme des délinquants potentiels devant les élèves ? Pourquoi y avait-il une journaliste le jour de la perquisition ? Comment et par qui a-t-elle été prévenue ? Pourquoi d’autres personnes présentes dans l’école pour un reportage ont-elles été muselées (photos effacées, enregistrement interdit) ? Nous ne comprenons pas la soudaine image négative et totalement déformée qu’a pu relayer une partie de la presse, après les multiples marques d’intérêt, soutiens de personnalités et reportages qui ont accompagné cette première année d’existence.

Nous n’ignorons pas les tensions et les obstacles entourant un projet encore jeune aux enjeux éducatifs, pédagogiques et sociétaux novateurs.

Pédagogie Nomade accueille des élèves d’horizons divers, en différends multiples avec l’école, en recherche ou en besoin d’un autre rapport à l’apprentissage et au savoir. En n’excluant personne, ce projet tente dans la durée de donner à chacun la chance de s’épanouir et de trouver sa place dans la société.

Une des missions prioritaires que Pédagogie Nomade s’est donnée est d’appliquer le Décret Mission à la lettre :
1° Promouvoir la confiance en soi et le développement de la personne de chacun des élèves ;
2° Amener tous les élèves à s’approprier des savoirs et à acquérir des compétences qui les rendent aptes à apprendre toute leur vie et à prendre une place active dans la vie économique, sociale et culturelle ;
3° Préparer tous les élèves à être des citoyens responsables, capables de contribuer au développement d’une société démocratique, solidaire, pluraliste et ouverte aux autres cultures ;
4° Assurer à tous les élèves des chances égales d’émancipation sociale.

Après cette première année d’existence, jalonnée des difficultés de la naissance, nous, parents et amis, avons le sentiment que le projet est en bonne voie de remplir ses missions.

Nous l’observons dans l’épanouissement de nos enfants, le goût retrouvé de l’apprentissage, l’autonomie et la confiance en soi. Même si le questionnement continue et alimente la réflexion sur l’évolution à donner au projet, la modulant selon les besoins réels rencontrés dans une articulation entre élèves, corps enseignant et parents.

Nous maintenons complètement notre confiance et notre soutien à ce projet.

Il est certain qu’un projet atypique comme celui de Pédagogie Nomade, implanté au sein d’une communauté rurale, est plus voyant que dans l’anonymat d’une grande ville et peut demander, de part et d’autre, un temps d’adaptation. Toutefois, nous ne voulons pas ignorer la réalité des problèmes rencontrés par certains riverains, ni les infractions commises par certains jeunes. Cela reste une réelle préoccupation au sein de l’association de parents qui souhaite inclure les différentes parties dans la résolution de ces problèmes. C’est pourquoi nous ne voulons pas que soient sabotés l’existence du projet et le travail de qualité accompli.

Madame la Ministre, nous vous demandons de maintenir votre confiance et votre soutien dans le projet.

L’association de parents de Pédagogie Nomade, l’association d’amis de Pédagogie Nomade représentées par : Bernadette et Philippe Dumont-Antoine, Olivier Cauvain, Jacqueline Bailly, Emmanuelle Berquin, Manuel Fernandez Vazquez, Luc Lorenzi, Céline Vincart, Luc Vertommen, Laurent Vertommen, Nathalie Vertommen, Stephan Dunkelman, Dominique Boon, Audrey Jorion, Guy Jorion, Concetta Amella, Emmanuelle Vervaeren, Benoit Fondu, Martine Biemont, Marion Delforge, Werner Pans, Noémie Vincart, Dominique Van Rampelbergh, Anne Fournier, Jacques Constant, Michel Villée, Francine Lemaire, Dominique Leens, Peter Vissers, Bernard Schlon, Luc Fripiat, Kathy Goebel, Yves Hestermans, Axelle Rerren, Isabelle Tapie, Famille Vandersmissen, Ariane Henrist, Pierre Moureaux, Corinne Vrydag, Bruno Simon, Vera De Man Rushishikara, Marie-Noëlle Humblet, Florencia Martini, Luis Guzman, Jasmine Petry, Chiara Gaviglio, Stéphane Devroye, Marie-Françoise Benoit, Marc Louyet, Viviane Lorquet, Pierre Heldenbergh, Marianne Defay, Jacqueline Guillaume, Myriam Berquin, Valentine Anciaux, Stéphane Xhrouet, Lucette Chapelle, Michel Hanin, Jacques et Martine Janvier-Massaut, Gilbert et Odile Leyens, Raphaël Rozenberg, Jean-Michel Scheen, Marie-Thérèse Hardt, Frank Van Renterghem, Véronique Reinbold, Dominique Ryckewaert, Alex Vanderlinden, Rita Hanssens, Jean-Pierre Massaut, famille Bodinaux-Duwaerts, Philippe Marczewski, Claire Nanty, Olivier Verschueren, Sophie Dassel, Jacques Defay, Simone Claverie, Antoinette Defay, Pierre Lenders, Jean-Louis Misrahi, Manon Degryse, Marc Jamoulle, Judith Vaes.
Carte blanche parue dans Le Soir, 3 décembre.


«Pédagogie policière nomade»

Bonjour, dans un commentaire (01/12/09) au premier communiqué de presse de PN, j’avais parlé de tout l’enseignement à tirer de la démonstration de «pédagogie policière nomade» offerte par les flics à Limerlé et je poursuis en ce sens.

Lorsque sur place des flics déclarent : «Si vous êtes ici, c’est pour ne rien apprendre» (Cf. la Lettre ouverte), c’est qu’ils savent pourquoi ils sont là, pas seulement pour débusquer quelques malheureux grammes d’herbe et terroriser quelques «gauchistes» (est-ce une insulte, dixit la Lettre ouverte ?… de la part de flics prenons-le plutôt comme un compliment, non ?). Bien sûr ils ne font pas cette descente de leur propre initiative, c’est bien au-dessus de leurs képis que s’est décidée cette opération, procureur et préfète en tête, pour tenter de jeter — journalistes cyniquement convoqués à l’appui — un discrédit profond et si possible fatal sur le projet PN ; ceci dit, il n’est pas encore dit que ces commanditaires auront le loisir de tirer les fruits fétides de leur culot (je ne pense pas que pareille intrusion et confiscation de fichiers scolaires ait connu un précédent par ici), vu le soutien qui se manifeste actuellement autour de PN. Pour en revenir à ces flics, au-delà des coups de matraques réglementaires (de plus souvent assortis de «plaintes pour rébellion»), ils ont donc eu l’intuition (ça arrive) qu’il se passait quelque chose à PN, et quelque chose d’inadmissible pour eux. Car «ne rien apprendre» pour un flic, c’est bien sûr «ne pas apprendre à devenir flic». Et globalement, si l’enseignement ne servait pas à «devenir flic», son propre flic d’abord, dès le plus jeune âge, mais également le flic des autres, compétences indispensables à la formation d’un bon futur salarié, l’enseignement ne serait pas obligatoire mais interdit. Oh il y a bien sûr partout des brèches et des entorses à ce principe général, des profs qui transgressent leur rôle ou le mettent à nu, quand les conditions le leur permettent, mais non seulement ces micro-expériences de rupture ne peuvent que survivre dans la semi-clandestinité mais surtout elles n’enlèvent rien à la détermination générale de l’enseignement.

Prenons acte du compliment des flics : à PN, «on n’apprend rien», c’est dire si à leurs yeux on y apprend justement trop. Concrètement aujourd’hui, il y a le terrain d’action immédiat : contrer la propagande hostile, battre le rappel du soutien au projet, le défendre y compris en terme de subsides, car PN ne pourrait que se saborder face à la perspective élitiste d’une privatisation de ses ressources. Il ne faut pas le lâcher, ce terrain-là, mais il s’agit en même temps de voir que d’aucuns voudraient que PN ne quitte plus ce terrain, s’y enlise. Pour des nomades en effet, rester sur un seul terrain, c’est la mort. Reprenez la route et continuez à discuter, hors des feux de la rampe et des communiqués de presse, de ce qui s’est passé. Ne perdez pas votre énergie à discuter avec les gens qui trouvent «normal» pareille opération répressive. Ce sont les mêmes qui trouvent «normal» que des sans-papiers se fassent rafler sous leurs yeux avant d’être enfermés, tabassés et déportés. Ce sont les mêmes qui trouvent «normal» que «nos braves soldats» (j’y faisais allusion dans mon précédent commentaire) participent dans le monde à des opérations au cours desquelles tous les jours des portes de maisons se font enfoncer, des familles terroriser, torturer, «pour trouver des terroristes». Là aussi, c’est éclairant, la presse est embarquée dans les opérations, car leur succès dépend du mensonge dont elles parviennent à s’entourer. Ces gens-là, pétris des mensonges journalistiques qu’ils ont gobés toute leur vie, constituent précisément l’assise sociale marécageuse des gens de pouvoir, des préfètes aux pauvres ambitions nuisibles. Bouclons la boucle en toute logique : aux yeux des gens de pouvoir, c’est à la formation de cette haute compétence (gober les mensonges d’État) que l’Enseignement doit consacrer les budgets qui lui sont alloués, pas à un nomadisme qui éloignent les enfants des vertus de la peur, de la crédulité et de l’obéissance. Il y a bel et bien là des projets incompatibles, irréconciliables. C’est ce qu’il s’agit d’assumer, non pas sous les flashes de l’actualité (toujours tronquée, falsifiée) sous lesquels vous vous retrouvez malgré vous en ces jours, mais en poursuivant coûte que coûte votre périple, en assumant aussi la richesse de ses contradictions, car c’est ainsi que vous continuerez à rencontrer d’autres irréconcilié(e)s.

Fraternelles salutations.

Posté sur le site de Périple en la demeure le 4 décembre.

Publié dans Éducation

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