Des nouvelles du nouveau squat liégeois

Publié le par la Rédaction


Situé près de la place Louis de Geer à Droixhe, entre le Lidl et la station service, le squat «Kre» (je crois que c’est son nom) s’étend sur plusieurs bâtiments ainsi qu’un terrain.

Ancien batiment de la Sncb, le domaine est clairement insalubre (pas d’eau ou d’électricité) et tout reste à faire. Cet après-midi des poëles à bois, des brazeros et des toilettes sèches ont été installés, ainsi qu’un bar et une bouffe populaire. Plusieurs concerts sont prévus ce soir et c’est une cinquantaine de personnes qui occupaient les lieux en soirée.

Vers 22h30, la police et la police des chemins de fer ont débarqué à l’entrée, procédant à au moins un contrôle d’identité d’une personne sortant de là. Après un peu de blabla, les flics ont constaté l’occupation et se sont barrés vers 23h10. La fête peut vraiment démarrer.

L’endroit comporte un bar/resto/salle de concert, un autre bâtiment moins pourri dispose de pas mal de pièces et il y a un énorme hangar. Longue vie à Kre comme on dit…


H
ier après-midi, le KréAction ouvre ses portes…

Transformation d’une ruine en cabaret éphémère

Hangar avions à pédales


Salle de badmington

Punk Party Dance Hall

Toilettes sèches

Et de l’espace…


Un nouveau squat à Liège


But de l’expérience : vos idées sont-elles prêtes à faire des rencontres ?

Ce matin il neige. Un message sur mon répondeur me prévient : notre groupe électrogène est foutu, il faut en trouver un autre. Nous irons en louer un à 41 € chez Locamat. De toutes façons, il fallait aller en ville, on nous avait déjà chargé de faire des photocopies avant de déplacer le matériel (réserve de bois de chauffage, braseros et poêles).

On s
occupe de tout ça pour arriver finalement sur place à 15 heures pile. On repère lendroit et on se planque en attendant le KréActionKrew. Il fait tout blanc. Les véhicules transportant le bar, les outils, les toilettes sèches … commencent à arriver : une demie-heure plus tard, nous sommes tous là. On ouvre la clôture et on sinstalle officiellement dans lendroit discrètement occupé depuis plus dune semaine (condition nécessaire pour pouvoir avancer largument du domicile de fait au moment où la police veut entrer chez nous). Premières bastons dans la neige…

Le Krew entre en action. On allume un brasero dans un hangar et on commence le nettoyage du local dans lequel on fera la fête ce soir. Les brosses et les raclettes s
actionnent tandis quon installe des poêles dans les bâtiments habitables.

La nuit tombe rapidement : on démarre le groupe électrogène. Les gens qui ne trouvent pas l
endroit téléphonent, les autres arrivent tranquilles. Les cuistots zapatistes amènent un couscous haute qualité.

Dans la salle, les premières notes s
échappent de la guitare, pendant ce temps-là, le Krew sactive dans un autre bâtiment et installe un poêle à bois en improvisant une cheminée système D. Cest parti, Dave et Jasmine ouvrent la fête avec leurs belles chansons déglinguées. Pas besoin de frigo pour les bières ce soir. La freedom nous rappelle La chauveSouris CSO, il paraît quil y a bientôt une fête là-bas … les bâches qui ont été tendues le long des fenêtres cassées commencent à montrer leur petite efficacité, on est bien. Il fait chaud.

On nous avait dit roots. Et bien c
est roots à fond ! On ne nous avait pas raconté des carabistouilles. Trois hangars énormes : un dans lequel il y a moyen de construire des avions à pédales, voire des fusées, cela pourra toujours servir … un deuxième que lon peut facilement transformer en salle de sport, évidemment dans un premier temps cela paraît difficile à chauffer mais si on voit les choses dans la durée, il y a moyen dêtre optimiste … idem pour le troisième qui semble avoir toujours eu la vocation de salle de cinéma underground dune part, de salle de concert pour la scène anticapitaliste, de lautre.


De fait, le terrain que nous occupons est à l
abandon depuis des années, peut-être une dizaine, voire plus. Il appartient à la Sncb, qui na pas de projet immédiat. Cet endroit ne vaut pas grand chose pour le moment, en plus il est pollué aux hydrocarbures, mais il pourrait prendre de la valeur en même temps que le quartier se transforme. En attendant, plusieurs personnes ont décidé de sinstaller dans les parties habitables. Lundi, la Sncb sera avertie et invitée à proposer un contrat de bail précaire aux nouveaux habitants. Il y a moyen.

La fanfare «Tant pis pour les voisins» arrive : ils ont la classe, ça se voit tout de suite. Ils allument un deuxième brasero et entament un tour de chauffe. La bière coule à flot et l
’ivresse collective se déploie. Cest le moment de servir le repas : on fait la file commune pour la semoule ; après cest à gauche pour les végans, à droite pour les carnivores (la viande de la ferme de Louis Laroque, faut quand même le préciser).

On mange, on boit et on fume (désolés pour les non-fumeurs, en tant que bar-restaurant occupé, on est pas encore soumis à la loi antitabac). C
est la fête, la fanfare nous emmène ailleurs. Ils/elles sont beaucoup et jouent très bien : on senvole. Pas pour longtemps : «la police est là !» cest vrai, on les avait presque oubliés ceux-là !

On sort accueillir la volaille. Pas vraiment de plan, on a pas encore discuté cette éventualité, donc on improvise. Ils sont deux, membres de la police des chemins de fer, on leur explique que c
est une occupation et que la meilleure chose à faire cest de rester calme et de téléphoner à un juge pour lui expliquer quune bande de sdf est entrée dans des bâtiments appartenant à la Sncb et abandonnés depuis plus de dix ans essayant ainsi déchapper aux températures hivernales et ne pas mourir de froid dans la rue : on verra ce quil dit. Sinon, ils peuvent toujours appeler le bourgmestre. Notre proposition énerve les policiers. «Rien à foutre de Demeyer !» nous sort un des deux agents. Ils nous font savoir quils ont le droit dentrer dans toutes les propriétés de la Sncb. Et ça, cest embêtant, vu qu’a priori personne ne veut les laisser entrer. Ils appellent les renforts.

Comme prévu, d
autres flics arrivent : cest la police de Liège, ils en profitent pour arrêter et identifier tous ceux qui traînent. Entretemps notre conseiller juridique nous confirme les dires des policiers : «de toutes façons, le bourgmestre na rien à dire … ils ont le droit dentrer…» Bon, faut négocier. Pour les rassurer, on leur fait savoir que lon connaît le chef de district (responsable de la Sncb pour la région de Liège) et puis on se met daccord sur la visite : ils voient la salle des fêtes, constatent quun bâtiment est occupé, sans entrer, font un petit tour dans les hangars, histoire de sassurer que notre sécurité nest pas en danger et sen vont sans histoires.

La suite se déroule comme prévu, l
ambiance se détend vachement quand ils voient les musiciens de «Tant pis pour les voisins». On fait le tour avec eux et on les raccompagne poliment.

La fête reprend. La transe sera brève mais intense. C
est la joie des grands jours, les sourires sont plus grands que dhabitude, et ils durent plus longtemps. Les gens sont heureux dêtre là, on partage le même enthousiasme anticapitaliste. La fanfare entame La java des bons enfants, tout le monde chante en chœur.
«Encore quelques beaux efforts,
Et disons quon se fait fort,
De régler radicalement,
Le problème social en suspend.»

C
est trop bon… Après quoi, chacun redescendra à son rythme et se dispersera dans ses environs.

Ce soir on a vu les anciens de la Galère, ceux qui on traîné à Jonruelle, à la Factory, à l
’École des Mandai/es, au Tapsala, au Kaspatou et à la ChauveSouris. Une belle rencontre de squatteur/euse/s de la cité ardente toutes générations confondues.

Après la fête, le travail.
Tu as des projets, tu es disponible et tu veux donner un coup de main, voire tinvestir ?
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