Delenda est Carthago - 7 février

Publié le par la Rédaction

Tunisie : blocus devant le parlement

 

Des centaines de manifestants ont empêché ce matin les députés tunisiens d'accéder à l'enceinte parlementaire où ils devaient tenir une séance plénière pour adopter un projet de loi permettant au président par intérim Fouad Mebazzaâ de prendre des décrets-lois en attendant les élections présidentielle et législatives qui devraient avoir lieu dans les six mois à venir.

 

Selon Rachida Neïfer, enseignante à la faculté des sciences juridiques de Tunis, qui participait au rassemblement, les manifestants considèrent que «la révolution du 14 janvier» qui a conduit à la chute du régime du président Zine El Abidine Ben Ali, «a mis fin à la légitimité de l'institution parlementaire et à tous les autres organes constitutionnels».

 

Les contestataires, des défenseurs des droits de l'Homme, des universitaires, des avocats et des citoyens ordinaires, réclament l'élection d'une assemblée constituante qui devra être chargée de l'élaboration d'une nouvelle Constitution et de l'adoption des lois nécessaires à la transition, a précisé Mme Neïfer à l'Associated Press.

 

Selon cette ancienne présidente de l'Association des journalistes tunisiens (AJT), une telle démarche «n'est pas une première en Tunisie où une assemblée constituante avait été mise sur pied dans le même but en mars 1956 sous le régime beylical».

 

Leur presse (Agence Faut Payer), 7 février 2011.

 

 

En Tunisie, Radio Kalima surfe sur les ondes de la liberté

 

Au rez-de-chaussée du vieil immeuble du 4, rue Abou-Dhabi, dans le centre-ville animé de Tunis, les visiteurs se succèdent sans discontinuer. Plus aucun policier ne bloque l'entrée des locaux chichement équipés qui abritent Radio Kalima Tunisie. La police est certainement dans les parages, mais se borne à surveiller les allées et venues. La radio a enfin retrouvé ses locaux, dont elle avait été expulsée seulement trois jours après son lancement sur le satellite Hotbird, le 26 janvier 2009, accusée de tentative de coup d'État. 

 

Sihem Bensedrine et Omar Mestiri dirigent Radio Kalima Tunisie 

 

Sa jeune rédaction de neuf journalistes, portée par la détermination de Sihem Bensedrine et Omar Mestiri, y prépare dans une certaine frénésie ses premiers pas sur la bande FM. Porte-voix des expressions muselées sous le régime de Ben Ali, elle n'a, malgré la censure, jamais cessé de diffuser : en continu sur la Toile et une heure par semaine en direct sur Radio Galère à Marseille.

 

L'installation ce week-end d'un studio offert par Radio France marque le début d'une nouvelle aventure. L'arrivée de Radio Kalima Tunisie sur les ondes est désormais entre les mains du premier ministre tunisien, Mohamed Ghannouchi, sur le bureau duquel trône la demande d'attribution de fréquence.

 

SORTIR DE LA CLANDESTINITÉ

 

L'équipe est anxieuse. «C'est une énorme responsabilité, on sent que l'enjeu est de taille», confie Nibras Al-Hazili, un jeune étudiant. Faten Hamdi, reporter, acquiesce. Les deux jeunes journalistes ne se connaissaient pas il y a trois semaines. Contraints à la clandestinité, ils travaillaient en solo, à Tunis ou dans leurs régions respectives. Sihem, la rédactrice en chef, revenue d'exil le 14 janvier, faisait le lien entre ces électrons libres. Pendant deux ans, ils ont assuré trois heures de programmation quotidienne, diffusées en boucle sur le site Internet aux fidèles auditeurs ayant appris à déjouer la censure grâce aux proxys.

 

Hatem Boukesra, Faten Hamdi et Nibras Al-Hazili,

journalistes à Radio Kalima Tunisie,

entourent Yahia Bounouar, directeur de Radio Kalima Algérie.

 

À 26 ans, Faten ne compte plus le nombre de fois où elle a été suivie, tabassée, arrêtée et détenue des heures par la police politique. «Ils ont tenté de m'intimider pour que je quitte la radio. Ils ont harcelé ma famille en disant que je tentais de renverser le régime», se souvient-elle. Des tentatives d'intimidation qui n'ont pas entamé la détermination de la radio pirate à dénoncer la répression, la corruption et la torture, et à couvrir les problèmes socio-économiques de la population, ignorés par la presse gouvernementale.

 

Donner la priorité à la parole des Tunisiens n'a pas été chose facile, confie Omar Mestiri, le directeur de la radio : «Les gens voyaient dans cette opportunité une agression. Le micro sorti dans la rue était pour eux comme une arme, une facon de les impliquer dans une provocation contre le régime.»

 

EN PREMIÈRE LIGNE DE LA RÉVOLUTION

 

À n'avoir jamais renoncé à cette «ligne éditoriale indépendante et engagée, explique Omar, la radio a gagné sa crédibilité». Dès le 20 décembre 2010, le serveur tunisien a saturé. Il a fallu en ajouter deux pour assurer la diffusion à près de 6000 auditeurs. «La radio a été en première ligne. Elle a donné une quinzaine d'infos en exclusivité mondiale, des massacres à Kasserine aux tirs de l'armée sur la foule», assure Yahia Bounouar, directeur de Radio Kalima Algérie, venu donner un coup de main. Les événements de Sidi Bouzid et Kasserine ont été suivis en direct grâce aux contacts sur place.

 

Faten Hamdi, reporter à Radio Kalima Tunisie

 

Sur le terrain, Faten ressent désormais une forme de reconnaissance pour son travail. «Le jour des événements place de la Kasbah, les manifestants ont refusé de s'adresser aux autres médias, à cause de leur couverture biaisée. Quand je disais “Radio Kalima”, on me disait tout de suite oui», confie-t-elle. De fait, Radio Kalima Tunisie ne craint pas la concurrence des autres médias, encore loin d'avoir pris vraiment leur indépendance. «Du 14 au 16 janvier, les médias tunisiens ont été plus ou moins libres, indépendants, mais après la constitution du nouveau gouvernement, ils ont commencé à le défendre farouchement, d'une manière pas très objective. Nous, on garde la même position, on ne défend personne et on garde la ligne éditoriale d'avant», assure Nibras l'étudiant.

 

RELEVER LE DÉFI DE LA PROFESSIONNALISATION

 

Avec son entrée prochaine dans les foyers tunisiens, d'autres défis attendent Radio Kalima Tunisie. «Maintenant, on a les conditions pour travailler en réel. Il faut qu'on poursuive les mêmes objectifs mais de façon plus professionnelle», indique Omar, en assurant 24 heures de diffusion avec des plateaux en direct. Selon lui, devenir une radio commerciale ne devrait pas les priver de leur indépendance. «Nos investisseurs, ce sont les ONG et les radios qui nous ont toujours soutenus ainsi que des hommes d'affaires tunisiens qui nous ont aidés à préserver notre liberté d'expression. En en payant souvent le prix.»

 

L'espoir renaît pour Radio Kalima Algérie
Radio Kalima Algérie regarde avec fierté et envie l'émancipation de sa consœur tunisienne. «Aujourd'hui, on est au stade de la Tunisie avant décembre 2010. La radio est interdite en Algérie. Je suis hors la loi», explique Yahia Bounouar, qui dirige la radio depuis Marseille où il est exilé depuis trois ans. La «première radio libre en Algérie» a pris le parti de dénoncer la corruption et la répression du pouvoir militaire, dernière ligne rouge que n'osent toujours pas franchir les médias algériens, pourtant prolixes dans leur critique du pouvoir politique.
Venu donner un coup de main à la rédaction tunisienne pour le passage à la FM, Yahia garde un œil sur les dernières nouvelles venues d'Égypte et d'Algérie. Là-bas, une manifestation se prépare pour le 12 février. Le président algérien Bouteflika a déjà annoncé la levée de l'état d'urgence dans le pays. Yahia se prend à rêver de l'arrivée de Radio Kalima sur la FM algérienne.

 

Leur presse (Hélène Sallon,
Le Monde), 7 février.

 

 

Tunisie/Le Kef : plus de 40 blessés hier

 

Plus de 40 personnes ont été blessées hier dont un homme grièvement brûlé lors de l'incendie du siège de la police, dans la ville du Kef, a-t-on appris aujourd'hui dans cette ville du nord-ouest de la Tunisie. «Il y a plus de 40 blessés, dont un homme grièvement brûlé qui a été transféré à l'hôpital de Ben Arous (spécialisé dans les soins aux grands brûlés) à Tunis», a déclaré une source hospitalière jointe à l'hôpital régional du Kef.

 

«Presque tous les autres blessés ont été admis pour des cas d'asphyxies légères et des difficultés respiratoires. Il y a aussi quelques cas de fractures. Ils ont tous pu quitter l'hôpital dimanche soir», a ajouté cette source. La plupart avaient été blessés lors de l'incendie du siège local de la police par des bandes de jeunes pillards.

 

Ce matin, la situation était «calme» au Kef, où l'armée est toujours déployée aux carrefours stratégiques de la ville et devant les principaux bâtiments publics, a déclaré Raouf Hadaoui, un syndicaliste joint par téléphone depuis Tunis. L'activité n'avait toutefois pas repris, les écoles et de nombreux commerces étaient encore fermés vers 10h (9h GMT).

 

Tout le week-end, cette ville d'environ 50.000 habitants a été secouée par de violents affrontements et la proie de pillards. L'immeuble de la police avait déjà été en partie incendié samedi par des manifestants qui exigeaient le départ du chef de la police locale, accusé d'abus de pouvoir. Hier, le bâtiment a été à nouveau pris pour cible, cette fois par des bandes de jeunes qui se sont ensuite livrés à des pillages à travers la ville, selon des témoins et des sources syndicales.

 

Les heurts de samedi ont fait deux morts, selon le ministère de l'Intérieur, qui a démenti le bilan de quatre morts donné de sources syndicales. 

 

Leur presse (Agence Faut Payer), 7 février.

 


Publié dans Internationalisme

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taz 08/02/2011 22:56



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