Delenda est Carthago - 21 janvier

Publié le par la Rédaction

La nuit à Tunis, les habitants défendent leur cité et leur «liberté»

 

Une dizaine d'habitants du Bardo, à l'ouest du centre-ville, se réchauffent jeudi soir autour d'un feu où ils vont passer la nuit, tandis que des habitants du quartier leur apportent thé, café et pâtisseries.

 

 

«On est là depuis le premier jour du couvre-feu, vendredi dernier. On en a parlé ensemble le matin puis on s'est organisé entre nous, il n'y a pas de chef. On se répartit entre groupes dans chaque rue, en cas de problème on utilise un sifflet et tout le monde rapplique», explique Mohammed Amine, 20 ans, qui a noué une couverture autour de sa taille pour se protéger du froid.

 

La chute du régime de Zine El Abidine Ben Ali qui tenait depuis 23 ans la Tunisie d'une main de fer a été suivie de nombreux pillages et d'exactions, commises par des miliciens fidèles à l'ancien régime, selon des témoignages.

 

Ben Ali a fui il y a une semaine en Arabie Saoudite, après un mois de révolte populaire sans précédent.

 

Depuis une semaine, l'état d'urgence est en vigueur mais le couvre-feu a été progressivement assoupli et court désormais de 20H00 à 05H00 (19H00 à 04H00 GMT). C'est pendant le couvre-feu que les «gardiens de la cité», comme ils se surnomment, entrent en action partout en Tunisie.

 

«On ne laisse passer personne sauf les gens du quartier. Même les policiers, on ne les laisse pas passer», témoigne l'un d'eux, derrière la barricade formée par de grandes poutres en bois, des tôles ondulées, une porte grillagée, un vieux bidon et une brouette métallique.

 

La méfiance envers la police qui a réprimé dans le sang le soulèvement au cours duquel au moins 100 personnes sont mortes selon les Nations unies, est générale.

 

«La police a toujours eu la main lourde sous le régime de Ben Ali, on ne peut pas lui faire confiance. Le régime est fini mais avec notre mobilisation, on veut s'assurer qu'il n'y aura pas de retour en arrière possible. Maintenant, c'est le peuple qui décide», proclame Moncef, fonctionnaire de 50 ans.

 

«On n'est pas là pour faire de la politique, on est là pour protéger le pays. J'ai prêté serment de protéger la Tunisie quand j'ai accompli mon service militaire, je suis là pour cela ce soir», souligne Mongi, une figure du quartier, surnommé «le général».

 

Une voiture de police, gyrophare allumé, passe à intervalles réguliers dans ce quartier, non loin du Parlement.

 

«C'est nouveau : dans chaque voiture de police, il y a maintenant deux policiers et deux militaires. On est rassuré de voir des soldats avec eux. On a confiance à 1.000% dans les militaires !», approuve Mohammed Amine.

 

Parmi les «gardiens», souvent armés de bâtons et de longs couteaux, beaucoup participent aussi pendant la journée aux manifestations quotidiennes qui demandent le départ du gouvernement des ministres issus de l'ancien parti au pouvoir, au nom des acquis de la Révolution du jasmin. Un terme qui ne fait d'ailleurs pas l'unanimité.

 

«Je refuse ce nom. Il y a eu trop de sang répandu, trop de martyrs pour qu'on appelle notre révolution comme cela. Pour nous c'est la révolte des hommes libres et de la jeunesse», estime Abdel Hilaa, 66 ans, tandis que son voisin lance : «c'est la révolution du piment !»

 

Leur presse (La Dépêche), 21 janvier 2011.

 

Publié dans Internationalisme

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