Delenda est Carthago - 19 janvier

Publié le par la Rédaction

À Tunis, des manifestants refusent de quitter la rue malgré le couvre-feu

 

Situation surréaliste en plein centre de Tunis : une bonne trentaine de manifestants bravent le couvre-feu mercredi soir soir en dépit des injonctions de policiers et militaires affichant une retenue jamais vue.

 

 

Il est bien plus que 20H00, l'heure de l'entrée en vigueur du couvre-feu. La scène se passe avenue Habib Bourguiba, haut lieu des manifestations, avant et depuis la chute du régime autoritaire de l'ex-président Ben Ali, qui a fui vendredi en Arabie Saoudite.

 

Toute la journée, entre 500 et 2.000 manifestants selon les heures, se sont rassemblés pour exiger le départ du gouvernement de ministres de l'ancien régime qui font partie du gouvernement de transition.

 

Et toute la journée, la police a fait preuve d'une retenue exemplaire, contrairement à la veille où elle avait dispersé violemment une manifestation.

 

«On veut la dissolution pure et simple du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD — parti du président déchu Zine El Abidine Ben Ali)», proclame Megheni Seboui Wajdi, qui affirme appartenir au Courant réformiste radical, un groupe jusqu'ici inconnu.

 

«J'ai peur que la Révolution soit spoliée ou détournée par les partis en carton-pâte», affirme-t-il quand on lui demande pourquoi il brave le couvre-feu.

 

«Nous avons décidé de tenir ce sit-in pacifique toute la nuit s'il le faut afin d'alerter le monde sur les revendications du peuple», renchérit l'avocat Ayachi Hammami, qui apparaît comme le chef du groupe d'irréductibles.

 

«Il n'a pas eu son heure pendant la révolte et il veut apparaître comme un héros ce soir», peste un haut gradé de la police, responsable de la sécurité de district de Tunis qui comprend le centre-ville.

 

Cet officier de la police et un colonel d'armée ont passé des heures à parlementer avec la trentaine de personnes pour les convaincre d'évacuer les lieux. Un dialogue de sourds pendant lesquels les deux parties ne semblaient jamais s'entendre.

 

«Nous voulons un système parlementaire», proclame Maryan Meaalej, l'une des nombreuses femmes présentes alors que le colonel de l'armée et l'officier de police tentent de négocier une évacuation.

 

«Vous allez tirer sur nous ?» demande un manifestant. «Non», répond exaspéré mais calme, le colonel de l'armée qui veut taire son nom.

 

«Non» répète le colonel, «vous êtes comme mes gosses et vous pouvez revenir manifester demain». Mais personne ne l'écoute.

 

«Je veux que vous partiez avec les honneurs», argumente l'officier.

 

«Il faut dissoudre le RCD et que le gouvernement parte», rétorque un manifestant.

 

«Mais je ne suis qu'un militaire et vous êtes en violation de la loi. Je comprends vos demandes mais on ne peut changer en une nuit une situation qui dure depuis 23 ans.»

 

«Revenez demain s'il vous plaît», plaide encore l'officier de l'armée dans un français impeccable. Cette fois on lui répond par une ovation : «Vive l'armée nationale !» Un argument quelque peu désarmant qui le fait renoncer un moment à poursuivre le dialogue de sourds.

 

Lorsque la présence policière se fait un peu insistante, l'un des manifestants commence à crier : «La police politique de Ben Ali est de retour, le RCD est toujours au pouvoir !»

 

Finalement, les deux officiers des forces de l'ordre renoncent à discuter davantage préférant laisser le groupe dormir en pleine rue sous la surveillance de leurs hommes, incapables de les convaincre de renoncer à leur équipée nocturne dans le Tunis froid et sous couvre-feu.

 

Leur presse (Agence Faut Payer), 19 janvier 2011.

 

 

Le comité d’autodéfense de la cité La Gazella

près de Tunis, le 15 janvier

 

 

Berne : Protestation à l'ambassade de Tunisie

 

Une quarantaine de Tunisiens ont passé la journée de mercredi devant l'ambassade de Tunisie à Berne. Ils réclament leur passeport.

 

 

Depuis lundi, des exilés exigent que les autorités tunisiennes leur remettent leur passeport, ce que celles-ci refusent. L'action est appelée à se prolonger.

 

Une trentaine de Tunisiens désirant rentrer au pays après le changement de régime se trouvaient encore en soirée devant l'ambassade, où des couvertures leur ont été apportées, a constaté un journaliste de l'ATS. Ils se disent prêts à passer la nuit et à rester là aussi longtemps qu'ils ne recevront pas leur passeport, un droit personnel, précisent-ils.

 

«Certains ont même donné les papiers nécessaires et ont reçu des promesses de la part des responsables de l'ambassade pour avoir leurs passeports aujourd'hui même», a écrit mercredi soir dans un communiqué le coordinateur du Comité de soutien du peuple tunisien (CSPT), Anouar Gharbi. «Ces promesses n'ont pas été respectées, ce qui a révolté les gens qui ont tellement envie de rentrer au pays après plusieurs années d'exil».

 

«Ces gens sont déterminés»

 

«Nous demandons donc à nos compatriotes fonctionnaires de l'ambassade de comprendre l'urgence de la situation et de faire le nécessaire pour délivrer les passeports dans les meilleurs délais», a ajouté le Comité de soutien. Jusqu'à maintenant, seuls cinq passeports ont été délivrés.

 

Selon M. Gharbi, ce mouvement, soutenu par son comité, est «spontané». Et il pourrait durer: «Ces gens sont déterminés», a-t-il averti. «Nous resterons là jusqu'à obtenir gain de cause», a confirmé sur place un immigré tunisien, Ibrahim Naouar.

 

Devant l'ambassade, dans le quartier des représentations diplomatiques de Kirchenfeld, le climat était parfois tendu mercredi, mais il est resté pacifique. On entendait ça et là des cris contre l'ex-chef de l'État Ben Ali. La police contrôlait la situation et se préparait, elle aussi, à passer la nuit là.

 

Leur presse (ATS), 19 janvier.

 

 

Le personnel de la STAR (Société tunisienne d’assurances) vire son patron Abdelkarim Merdassi, mardi 18 janvier :

 

 


 Tunisie : 1800 détenus de droit commun condamnés à moins de six mois sont libérés

 

Les autorités tunisiennes ont libéré mercredi 1800 détenus de droit commun condamnés à des peines n'excédant pas six mois de prison, a annoncé l'agence de presse gouvernementale TAP. Ils étaient incarcérés dans divers établissements carcéraux du pays.

 

Lors de l'annonce du nouveau gouvernement d'union nationale lundi, le premier ministre de transition Mohamed Ghannouchi s'est engagé à libérer tous les détenus d'opinion.

 

Les remises en liberté apparaissent comme un signe d'apaisement après les troubles sociaux qui viennent de secouer la Tunisie, provoquant la chute du président Zine el Abidine ben Ali vendredi, après 23 ans de pouvoir autoritaire. Les manifestations continuaient mercredi.

 

Cette mesure intervient quelques jours après les tentatives d'évasion de détenus qui ont incendié plusieurs prisons, provoquant la mort d'une soixantaine d'entre eux.

 

Leur presse (The Canadian Press), 19 janvier.

 

 

La poésie en acte (Maison du neveu de Ben Ali

à Hammamet, le 19 janvier)

 

 

Tunisie : nouvelle manifestation hostile au gouvernement

 

Des milliers de Tunisiens sont de nouveau descendus mercredi dans les rues de Tunis et d'autres villes pour exiger la dissolution du parti au pouvoir sous l'ancien régime et le retrait des ministres qui en sont membres dans le gouvernement transitoire.

 

Selon des journalistes de l'AFP, quelque 2.000 personnes ont manifesté dans le centre de la capitale tunisienne, encadrées par un dispositif important de policiers anti-émeutes. Mardi, la police avait dispersé de façon musclée une manifestation similaire.

 

 

«Nous voulons un nouveau Parlement, une nouvelle constitution et nouvelle République», ont scandé les manifestants, qui s'en sont pris au Rassemblement démocratique constitutionnel (RDC), le parti du président déchu Zine El Abidine Ben Ali. «RCD out», proclamait une banderole.

 

«Peuple ! révolte-toi contre les partisans de Ben Ali !», ont crié les manifestants. Ben Ali a pris la fuite le 14 janvier pour se réfugier en Arabie Saoudite, qui lui a interdit mercredi toute activité politique à partir de son terriroire.

 

«Le ministre des Affaires financières est un ami des Trabelsi», famille de l'épouse de Ben Ali, pouvait-on lire sur une autre banderole.

 

Les policiers anti-émeutes ont empêché les manifestants de marcher sur l'avenue Habib Bourguiba en direction du siège du ministère de l'Intérieur.

 

«Nous avons pour ordre de ne pas charger la foule ni de tirer des bombes lacrymogènes», a indiqué à l'AFP un colonel de la police, Najmeddine Zegoulli.

 

«Ils peuvent aller manifester devant le siège du RCD mais sans passer devant le ministère de l'Intérieur étant donné qu'on est en état d'urgence», a-t-il ajouté. L'état d'urgence a été décrété le 14 janvier, quelques heures avant la fuite du président Ben Ali.

 

D'autres manifestations se sont déroulées, dans des régions du pays qui ont été à la pointe de la révolte populaire qui en un mois a mis fin à 23 ans de régime autocratique de ben Ali. Ce soulèvement a fait, selon le gouvernement, 78 tués et 94 blessés.

 

Environ 2.000 manifestants ont réclamé le départ du gouvernement des membres du RCD, selon un source syndicale, dans la localité de Sidi Bouzid (centre-ouest), d'où est partie la «Révolution du jasmin».

 

À Regueb, à 37 km de Sidi Bouzid, près de 1.000 manifestants ont appelé à la formation d'une nouvelle équipe gouvernementale qui «représente réellement le peuple», selon un autre syndicaliste interrogé par l'AFP.

 

À Ben Guedane (sud-est), environ 3.000 personnes ont manifesté, certains en portant des cercueils pour célébrer des «funérailles» symboliques du RCD, selon une autre source syndicale.

 

La foule a aussi repeint un poste de police incendié au début des émeutes mi-décembre qu'elle a repabtisé «poste de la révolution du 14 janvier», date de la fuite de Ben Ali, selon cette source.

 

À Kasserine (centre-ouest), autre bastion de la révolte populaire tunisienne, quelque 2.000 personnes ont chanté des slogans demandant «le retrait des symboles de l'ancien régime», selon une source syndicale.

 

Thala, proche de Kasserine, a connu une marche similaire.

 

Quatre ministres issus de l'opposition ont déjà annoncé leur retrait du cabinet «d'union nationale» formé lundi, et qui doit préparer des élections générales dans les six mois.

 

Leur presse (Agence Faut Payer), 19 janvier.

 


 

 

Blindés devant le ministère de l’Intérieur, avenue Bourguiba

 

Devant le siège du RCD

 

 

Symbole des procès politiques en Tunisie, le juge Hammami quitte ses fonctions 

 

En évinçant de ses fonctions le juge Maghez Hammami, les magistrats et avocats du Palais de Justice de Tunis ont voulu tirer un trait sur la période Ben Ali et ses nombreux procès politiques.

 

C’est sous la pression de nombreux magistrats et avocats du barreau de Tunis qui le houspillaient en pleine salle d’audience, mercredi matin, que le juge Maghez Hammami a préféré quitter le Palais de justice de Tunis. Où il ne devrait désormais plus revenir… Il était l’un des symboles vivant des procès politiques que connaît la Tunisie depuis le début des année 1990. Il avait notamment lourdement condamné l’avocat Mohamed Abbou en 2005, pour avoir publié deux articles sur Internet, dont l’un comparait les prisons tunisiennes à celle d’Abou Ghraïb en Irak, où des soldats américains ont torturé et humilié des prisonniers irakiens. Mais bien d’autres militants de gauche et de nombreux islamistes avaient également fait les frais de son zèle pro-Ben Ali.

 

Son éviction sans violence est à l’image de ce qui se passe en Tunisie, où les règlements de compte sont nombreux mais ne virent pas au lynchages. Mardi par exemple, deux cent chefs d’entreprise ont réclamé la démission de Hédi Jilani, le président du syndicat patronal tunisien, jugé trop proche de l’ancien président. Il a pour le moment refusé de s’exécuter. Mais le PDG de la Société tunisienne d’assurance et de réassurance (Star), Abdelkarim Merdassi, et celle de la Banque de Tunisie, Alia Abdallah, ont dû quitter leur fonction sous la pression de leurs salariés. 

 

Frida Dahmani - Jeune Afrique, 19 janvier.

 


Publié dans Internationalisme

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