Déclaration de nos amis encore emprisonnés au Danemark

Publié le par la Rédaction

Il y a quelque chose de pourri au Danemark

Il y a quelque chose de pourri au Danemark (et pas seulement au Danemark !). En fait, des milliers de personnes ont été classées, sans aucune preuve, comme une menace pour la société. Des centaines d’entre nous ont été arrêtés et certains sont toujours en détention, en attente de jugement ou sous enquête. Parmi eux, nous, les soussignés.

Nous voulons raconter cette histoire du point de vue particulier de ceux qui voient encore le ciel a travers les barreaux.

Une réunion de l’ONU d’une importance cruciale a échoué en raison de plusieurs contradictions et de tensions qui sont devenues flagrantes au cours de la conférence COP15. La principale préoccupation des puissants est la maîtrise de l’approvisionnement énergétique pour la croissance sans fin. C’est le cas, hélas, que ces représentants viennent du monde surdéveloppé, comme les pays de l’UE ou les États-Unis, ou de soi-disant pays en développement, comme la Chine ou le Brésil.

Au contraire, des centaines de délégués a COP15 et des milliers de personnes dans les rues ont posé avec insistance la question de savoir si la logique du profit n’est pas opposée à celle de la vie ? (et elle l’est, en réalité !). Nous avons affirmé avec force notre volonté d’arrêter la pression anthropique sur la biosphère.

Une crise du paradigme de l’énergie abondante et pas chère surviendra bientôt. Les mécanismes de la gouvernance mondiale se sont avérés extrêmement fragiles. Les puissants ont non seulement échoué à parvenir à un accord mais également a maintenir un contrôle formel de la discussion.

Le changement climatique est une expression extrême et ultime de la violence du modèle de croissance capitaliste. De plus en plus de gens dans le monde manifestent leur volonté d’abandonner ce modèle et de se rebeller contre sa violence. Nous l’avons vu à Copenhague, comme nous avons vu cette même violence. Des centaines de personnes ont été arrêtées sans aucune raison, ni preuve claire, ou pour avoir participé à des manifestations pacifiques et légitimes. Des cas mineurs de désobéissance civile ont été considérés comme une menace grave pour l’ordre social.

En réponse nous demandons : Quel ordre menaçons-nous et qui donc l’a établi ? Quel est cet ordre dans lequel nous ne possédons plus la liberté élémentaire de disposer de notre personne ? Un ordre bien au-delà des termes de tout «contrat social» raisonnable que nous aurions jamais signé, un ordre dans lequel nos corps peuvent être pris, gérés, contraints et incarcérés sans preuves sérieuses de criminalité ? Quel est cet ordre dans lequel les décisions sont de plus en plus éloignées des exigences sociales ? Lorsque la gouvernance appartient de moins en moins au peuple, pas même au Parlement? En fait, des organismes non démocratiques comme l’OMC, le NB, le G-je ne sais plus combien … décident de notre avenir en dehors de tout contrôle.

Dès que l’on se rapproche du cœur du pouvoir, on est forcé de constater que la pantomime de la démocratie n’est qu’un leurre. C’est pourquoi nous réclamons le retour du pouvoir au peuple. Nous revendiquons le pouvoir sur nos propres vies. Surtout, nous voulons reconquérir le pouvoir d’opposer la logique de la vie et des biens communs à la logique du profit. Peu importe que cette exigence soit déclarée illégale, nous considérons cependant qu’elle est pleinement légitime.

Étant donné qu’aucun espace libre ne subsiste dans ce jeu faussé, nous avons réclamé notre pouvoir collectif — en fait, nous y comptions ! — de parler des questions climatiques et énergétiques. Sujets qui, pour nous, relient des exigences critiques de justice globale, de survie de l’humanité, et d’indépendance énergétique. Nous l’avons manifesté, par notre présence physique, en marchant.

Nous préférons danser et chanter pour entrer dans l’espace où le pouvoir est verrouillé. C’est ce que nous souhaitions faire au Bella Center, pour interrompre, en accord avec des centaines de délégués, la session en cours. Mais nous en avons été, une fois de plus, violemment empêchés par la police. Ils ont arrêté nos personnes dans une tentative d’arrêter nos idées. Nous avons pris des risques physiques, essayant de protéger notre corps, juste en restant serrés les uns contre les autres. Nous tenons à notre corps : nous avons besoin de lui pour faire l’amour, pour rester ensemble et pour profiter de la vie. Notre corps contient notre cerveau, avec plein de belles et lumineuses idées et conceptions. Nos corps contiennent nos cœurs remplis de passion et de joie. Néanmoins, nous les avons risqués. Nous avons pris le risque que notre corps soit enfermé dans une prison.

En effet, quelle serait l’intérêt de penser et de sentir si nos corps ne manifestaient pas ? Ne rien faire, laisser aller, serait la pire forme de complicité avec le monde des affaires, déterminé à pirater la réunion de l’ONU. À la COP15, nous avons fait bouger les choses, et nous allons continuer de le faire.

Exactement comme pour l’amour, la désobéissance civile ne peut pas simplement être racontée. Nous devons l’accomplir, avec notre corps. Sinon, c’est que nous n’avons pas bien réfléchi à ce que nous aimons, et que nous n’aimons pas vraiment ce à quoi nous pensons. C’est aussi simple que cela. C’est une question d’amour, de justice, et de dignité.

La façon dont la conférence COP15 a pris fin montre que nous avions raison. Beaucoup d’entre nous paient le prix obligatoire pour un pouvoir de répression obsédante, envahissante, et totale : trouver un coupable et à défaut, l’inventer (ainsi que le crime, le cas échéant).

Nous sommes détenus en raison d’accusations manifestement absurdes, qu’il s’agisse de violences qui n’ont pas eu lieu, ou de complots et d’actions imaginaires en vue de violer la loi.

Nous ne nous sentons en rien coupables d’avoir montré, avec des milliers d’autres, combien nous tenons à soustraire nos vies, à la domination du profit. Si des lois s’y opposent, il est légitime de refuser pacifiquement mais fermement de les observer.

Nous sommes juste temporairement à quai, prêts à naviguer de nouveau, avec un vent plus fort que jamais. C’est seulement une question d’amour, de justice et de dignité.

Luca Tornatore, du réseau des centres sociaux italiens «See you in Copenhagen»
Natasha Verco, Climate Justice Action
Stine Gry Jonassen, Climate Justice Action
Tannie Nyboe, Climate Justice Action
Johannes Paul Schul Meyer
Arvip Peschel
Christian Becker
Kharlanchuck Dzmitry
Cristoph Lang
Anthony Arrabal

Indymedia Nantes, 3 janvier 2010.




S
tatement from our friends who are still imprisoned in Denmark

Something is rotten (but not just) in Denmark. As a matter of fact, thousands of people have been considered, without any evidence, a threath to the society. Hundreds have been arrested and some are still under detention, waiting for judgement or under investigation. Among them, us, the undersigned.


We want to tell the story from the peculiar viewpoint of those that still see the sky from behind the bars.

A UN meeting of crucial importance has failed because of several contradictions and tensions that have shown up during the COP15. The primary concern of the powerfuls was the governance of the energy supply for neverending growth. This was the case whether they were from the overdeveloped world, like the EU countries or the US, or from the so-called developing countries, like China or Brazil.

At odds, hundreds of delegates and thousands of people in the streets have raised the issue that the rationale of life must be (and actually is) opposed to that of profit. we have strongly affirmed our will to stop anthropic pressure on the biosphere.

A crisis of the energy paradigm is coming soon. The mechanism of the global governance have proven to be overhelmingly precarious. The powerfuls failed not only in reaching an agreement on their internal equilibrivre but also in keeping the formal control of the discussion.

Climate change is an extreme and ultimate expression of the violence of the capitalistic growth paradigm. People globally are increasingly showing the willingness of taking the power to rebel against that violence. we have seen that in Copenhagen, as well as we have seen that same violence. Hundreds of people have been arrested without any reason or clear evidence, or for participating in peacefull and legitimate demonstrations. Even mild examples of civil disobedience have been considered as a serious threath to the social order.

In response we ask — What order do we threaten and who ordered it? Is it that order in which we do not anymore own our bodies? The order well beyond the terms of any reasonable “social contract” that we would ever sign, where our bodies can be taken, managed, constrained and imprisoned without any serious evidence of crime. Is it that order in which the decision are more and more shielded from any social conflicts? Where the governance less and less belongs to people, not even through the parliament? As a matter of fact, non-democratic organisms like the WTO, the NB, the G-whatever rule beyond any control.

We are forced to notice that the theater of democracy is a brokenone as soon as, one approaches the core of the power. That is why we reclaim the power to the people. We reclaim the power over our own lives. Above all, we reclaim the power to counterpose the rationale of life and of the commons to the rationale of profit. It may have been declared illegal, but still we consider it fully legitimate.

Since no real space is left in the broken theater, we reclaimed our collective power — actually we expected it — to speak about the climate and energy issues. Issues that, for us, involve critical nodes of global justice, survival of man and energy independence. We did marching with our bodies.

We prefer to enter the space where the power is locked dancing and singing. We would have liked to do this at the Bella center, to disrupt the session in accord with hundreds of delegates. But we were, as always, violently hampered by the police. They arrested our boddies in an attempt to arrest our ideas. we risked our bodies, trying to protect them just by staing close to each other. We value our bodies: We need them to make love, to stay together and to enjoy life. They hold our brains, with beautifull bright ideas and views. They hold our hearts filled with passion and joy. Nevertheless, we risked them. we risked our bodies getting locked in prisons.

In fact, what would be the worth of thinking and feeling if the bodies did not move? Doing nothing, letting-it-happen, would be the worst form of complicity with the business that wanted to hack the UN meeting. At the COP15 we moved, and we will keep moving.

Exactly like love, civil dosibedience can not just be told. We must make it, with our bodies. Otherwise, we would not really think about what we love, and we would not really love what we think about. It’s as simple as that. It’s a matter of love, justice and dignity.

How the COP15 has ended proves that we were right. Many of us are paying what is mandatory for an obsessive, pervasive and total repression: To find a guilty at the cost of inventing it (along with the crime perhaps).

We are detained with evidently absurd accusations about either violences that actually did not take place or conspiracies and organizing of law-breaking actions.

We do not feel guilty for having shown, together with thousands, the reclamation of the independence of our lives from profit’s rule. If the laws oppose this, it was legitimate to peacefully — but still conflictually — break them.

We are just temporarily docked, ready to sail again with a wind stronger than ever. It’s a matter of love, justice and dignity.

Luca Tornatore, from the Italien social centres network “See you in Copenhagen”
Natasha Verco, Climate Justice Action
Stine Gry Jonassen, Climate Justice Action
Tannie Nyboe, Climate Justice Action
Johannes Paul Schul Meyer
Arvip Peschel
Christian Becker
Kharlanchuck Dzmitry
Cristoph Lang
Anthony Arrabal

December 31st, 2009.

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