De Nouakchott au Caire : 10, 100, 1000 Mohamed Bouazizi

Publié le par la Rédaction

Mauritanie : mécontent du régime, un homme s'immole par le feu à Nouakchott

 

Un homme s'est immolé par le feu lundi à proximité de la présidence de la République mauritanienne à Nouakchott, car il était «mécontent» du régime, un geste similaire à celui d'un jeune Tunisien qui a déclenché les émeutes dans son pays en décembre, ont rapporté des témoins à l'AFP.

 

L'homme, Yacoub Ould Dahoud, âgé de 43 ans, a arrêté sa voiture devant le Sénat, situé à quelques mètres de la présidence, et s'est immolé par le feu à l'intérieur du véhicule, selon ces témoins.

 

L’intervention rapide des policiers a permis de l’évacuer a l’hôpital pour y être soigné de brûlures au visage et aux pieds, a indiqué une source hospitalière.

 

Selon des journalistes qu'il avait alertés quelques minutes auparavant pour les prévenir de son acte, il avait déclaré qu'il entendait agir ainsi parce qu'il était «mécontent de la situation politique du pays et en colère contre le régime en place» à Nouakchott.

 

Le 17 décembre, un vendeur ambulant tunisien de 26 ans, Mohamed Bouazizi, s'était immolé par le feu pour protester contre la saisie de sa marchandise et marquer sa détresse, déclenchant les émeutes sociales qui ont abouti à la fuite du président Zine el Abidine Ben Ali vendredi.

 

Leur presse (AFP), 17 janvier 2011.

 

 

Égypte : un homme s'immole par le feu devant l'Assemblée

 

Un homme s'est immolé par le feu lundi devant l'Assemblée du Peuple au Caire, a annoncé à l'AFP une source parlementaire, un geste qui rappelle celui d'un jeune Tunisien qui a déclenché les émeutes dans son pays.

 

L'homme s'est versé de l'essence sur le corps avant d'y mettre le feu, puis la police est intervenue pour éteindre les flammes, selon cette source qui parlait sous couvert de l'anonymat.

 

L'homme a ensuite été mis dans une ambulance pour être transporté vers un hôpital. Son état de santé n'est pas connu, de même que les raisons de son acte.

 

Le 17 décembre, un vendeur ambulant tunisien de 26 ans, Mohamed Bouazizi, s'était immolé par le feu pour protester contre la siasie de sa marchandise, déclenchant les émeutes qui ont abouti à la fuite du président Zine el Abidine Ben Ali vendredi dernier.

 

En Algérie, un homme qui s'était immolé samedi par le feu dans une ville proche de la frontière avec la Tunisie a succombé dimanche, alors que trois autres ont tenté ces derniers jours d'en faire autant.

 

Leur presse (AFP), 17 janvier.

 

 

[Algérie] Un jeune a tenté de s'immoler par le feu au siège de l'APW d’El Oued

 

Un jeune homme, Maâmir Lotfi, âgé de 36 ans, a tenté de s’immoler par le feu, ce lundi 17 janvier, au siège de l’APW d’El Oued.

 

Selon des sources bien informées, la victime, chômeur et père de quatre enfants vivant dans des conditions difficiles avait demandé à rencontrer le wali, mais sans résultat.

 

Devant cette situation, le jeune est sorti du siège de l'APW pour y revenir un moment après avec un bidon d’essence pour tenter de s’immoler.

 

Le drame a été évité de justesse grâce à l’intervention du P/APW qui a eu des brûlures aux mains.

 

Le jeune, transporté à l'hôpital Ben Omar Djilani d'El Oued, souffre de brûlures du deuxième degré.

 

Rezzag Salem Youcef - El Watan, 17 janvier.

 

 

Une vingtaine de harraga tentent le suicide collectif en haute mer à Annaba

 

Repérés en haute mer dans la nuit de dimanche à lundi par les gardes-côtes à Annaba, une vingtaine de  harraga n’ont pas voulu obtempérer. Ils ont décidé, contre toute attente, d’asperger l’embarcation d’essence de réserve et d’y mettre le feu.

 

Un véritable suicide collectif que l’intervention des gardes-côtes a fait échouer. L’opération de secours, immédiatement déclenchée par la marine, a permis de sauver 18 d’entre eux, alors que les deux autres sont jusque-là déclarés portés disparus.

 

Arrivés au port de Annaba vers 5h00, ils ont été auscultés par le médecin de la Protection civile et auditionnés par la police maritime, avant d’être présentés devant le procureur près le tribunal de Annaba.

 

Mohamed Fawzi Gaïdi - El Watan, 17 janvier.

 

 

Algérie : 5 tentatives de suicide par immolation en moins d’une semaine : Le feu du désespoir

 

Un agent de la protection civile, Mehanaine Karim, a tenté de s’immoler par le feu dimanche 16 janvier dans la caserne des pompiers à Oum El Bouaghi, à l’est d’Algérie, a appris DNA de l’intéressé lui-même. Un autre jeune, résidant à Mostaganem, a fait la même tentative le même jour, annonce de son côté, le site d'El Watan. Ces deux derniers actes portent à cinq le nombre de tentatives de suicide par le feu en moins de cinq jours en Algérie. Phénomène jusque là isolé, l'immolation par le feu prend des proportions dramatiques et alarmantes.

 

Un agent de la protection civile, Mehanaine Karim, 38 ans, père de 3 enfants, a tenté de s’immoler par le feu dans la matinée du dimanche 16 janvier dans la caserne des pompiers à Oum El Bouaghi, à l’est d’Algérie, a appris DNA de l’intéressé lui-même. L’homme voulait protester contre la décision de sa direction de le muter dans une caserne dans le sud d’Algérie, décision que l’intéressé conteste et juge «arbitraire». Le wali (préfet) en personne est intervenu pour dissuader Karim, en possession de deux bouteilles d’essence, de commettre l’irréparable.

 

Karim raconte sa tentative de suicide

 

Joint par téléphone, Karim explique à DNA qu'il a tenté d'attenter à sa vie en montant sur le toit de la caserne muni de deux bouteilles d'essence avant d'être dissuadé par le wali de passer à l'acte. «Le wali m'a promis de régler mon problème prochainement. Mon geste ne relève pas d'un acte de folie, mais c'est un geste de désespoir. Je ne peux plus supporter l'injustice que me fait subir mon supérieur.»

 

Selon Karim, ce dernier a décidé de le muter dans une ville du Sahara, Illizi, dans l'extrême sud d'Algérie en guise de sanction contre son comportement. «Le directeur m'a suspendu de mes fonctions deux mois plus tôt, me reprochant d'avoir intervenu en faveur d'un de nos collègues, âgé de 59 ans, qui a été renvoyé de son travail. Lorsque j'ai demandé à mon supérieur de revenir sur cette décision, celui-ci m'a rétorqué qu'il ne m'avait pas donné son téléphone pour que j'intervienne en faveur des autres. Six mois plus tôt, le directeur m'avait donné son numéro de portable personnel afin que je puisse l'appeler quand je veux. Aujourd'hui, j'ai compris qu'il voulait se servir de moi comme une balance.»

 

3 enfants, 18'000 dinars (180 euros) pour salaire

 

Karim explique encore que son supérieur a voulu lui faire payer son audace en décidant de le muter vers une destination lointaine. «Je touche 18'000 dinars (180 euros), je suis père de 3 enfants, que vous voulez-vous que je fasse dans le sud ? Depuis deux mois, j'ai tapé à toutes les portes pour qu'on me rétablisse dans mes droits, mais personne n'ai daigné me répondre. Je n'en peux plus. Alors par désespoir, j'ai tenté de mettre un terme à ma vie.»

 

Le wali est donc intervenu pour l'en dissuader, lui promettant de régler son cas avant la fin du mois de janvier.

 

Un jeune s'immole par le feu à Mostaganem…

 

Par ailleurs, un jeune chômeur s’est aspergé le corps d’essence dimanche matin devant la direction de la sûreté de wilaya de Mostaganem, écrit le site du quotidien El Watan. Le drame a été évité de justice quand des policiers ont accouru pour secourir l’homme alors qu’il mettait le feu à ses vêtements. Pris en charge par des pompiers, il a été transféré vers le service des urgences de Tigditt où il a été placé sous observation médicale. Âgé d’une trentaine d’années, l’homme a exhibé plusieurs demandes d’embauche, ainsi que des lettres adressées à différentes administrations, restées sans suite.

 

Ces deux actes portent à cinq le nombre de tentative de suicide par le feu en Algérie durant cinq derniers jours.

 

… puis un autre à Tébessa…

 

Samedi 15 septembre, Mohcen Bouterfif, 26 ans, chômeur résidant dans la commune de Boukhadra (Tébessa, 700 km à l'Est d’Alger), s’est immolé par le feu en raison du refus du maire de lui accorder un emploi. Marié, père d'un garçon, Mohcen est décédé des suites de ses brûlures.

 

… puis deux autres à Bordj-Menaiel et à Jijel

 

Résident à Bordj-Menaiel, à 30 km à l’est de Boumerdès, Aouichia Mohamed a tenté de mettre fin à ses jours en s’immolant, le 12 janvier dernier, dans l’enceinte du siège de la daïra (sous-préfecture).

 

Même scénario à Jijel, à 300 km à l'Est d'Alger, où un jeune homme de 26 ans s’est immolé par le feu vendredi 14 janvier à 21 heures, sur l'avenue Emir Abdelkhader, en centre-ville. Transféré à l'hôpital, il a été admis au service de réanimation où il a été placé sous surveillance médicale. Souffrant de brûlures au troisième degré, ce jeune semble hors de danger.

 

Le recours à l’immolation par le feu est un phénomène nouveau

 

Le recours au suicide par le feu prend ainsi des propensions alarmantes en Algérie. Chômage, exclusion sociale, injustice, crise du logement, mal-vie, si les prétextes ne manquent pas pour pousser les Algériens à se révolter, le recours à l’immolation par le feu est un phénomène nouveau.

 

Les Algériens prennent-ils exemple sur les Tunisiens ? Il est sans doute hasardeux de faire le parallèle entre les situations qui prévalent dans les deux pays voisins, mais la multiplication des tentatives de suicide par le feu est troublante.

 

La contagion tunisienne

 

La révolte populaire qui a embrasé la Tunisie depuis la mi-décembre et qui provoqué la chute du régime de Ben Ali a pris ses racines du suicide de Mohamed Bouazizi le 17 décembre 2010, dans la ville de Sidi Bouzid. Décédé de ses brûlures, le jeune Bouaziz est devenu aujourd'hui le symbole de la révolte tunisienne contre un régime oppresseur et corrompu.

 

L'Algérie a connu au cours du début du mois de janvier une vague d'émeutes qui a provoqué la mort de cinq personnes et causé d'importants dégâts matériels. 

 

Mehdi Benslimane - Dernières Nouvelles d’Algérie, 16 janvier.

 


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