De New York, en solidarité avec Alfredo et Christos

Publié le par la Rédaction


«Le capitalisme est un système de relations, qui va de l’intérieur à l’extérieur, de l’extérieur à l’intérieur de haut en bas et de bas en haut. Tout est relatif, tout est enchainé. Le capitalisme est un état du monde et un état de l’âme.»
Franz Kafka.

Il ne reste rien ; rien qui n’ait été molesté, modelé, ou complètement écrasé ; rien qui n’ait réussi à échapper aux réseaux du pouvoir, il parcourt chaque centimètre de terre, se loge dans chaque crevasse. En entassant chaque moment, l’asphyxie omniprésente fournit la preuve suffisante à cette totalisation universelle. Tête baissée, échine courbée, nous portons le poids des jours dans nos entrailles assiégées.

Acquérant maintenant des habilités de plus en plus monstrueuses, une obscurité totale et vampirique s’achève et même le dormeur trouve ses rêves habités. En nous privant d’espérances, en arrachant notre potentiel latent, le Capital a acquis la capacité spéculative de récupérer les avenirs et d’intégrer les choses avant même leur invention. Après avoir colonisé le monde entier, l’ennemi œuvre maintenant à conquérir le royaume collectif de nos imaginations, où autrefois nous complotions et, par conséquent, prévoyions sa destruction.

La cooptation de la créativité a signalé la défaite prédéterminée qui a mené les Marxistes à se rendre au British Museum avant qu’ils ne se soient rendu compte de 1848. Leur seule pseudo-victoire consiste en l’éviction des projecteurs de Toni Negri par l’utilisation de la «communisation» et de «l’insurrection» dans le champ académique discursif. Ces deux tendances peuvent être décrites comme des expériences ratées parce que chacune a oubliée d’activer le seul concept capable de donner une signification au jargon : La Lutte.

«Se battre, être battu, se battre encore, être battu encore, se battre à nouveau jusqu’à la victoire finale.»
Vieil adage italien.

En pratique, les heurts et les occupations ont divorcé du bagage gauchiste et ont choisi la vie quotidienne comme terrain du conflit, bien que malheureusement, l’expression continue toujours à se soumettre au calendrier de l’activisme. Un jour d’action est le palliatif d’une année de misère. Comme de longs accès de dépression, les accès prolongés de temps mort sapent chaque acte subversif, aboutissant à la production de planificateurs d’événements militants : aveugles quant au passé et simplement en attente du prochain assaut raté de la Bastille. Ils frappent au même tempo que les citoyens ordinaires suivent les fêtes d’anniversaires, l’émeute au même niveau que les mariages ratés et sûrement qu’à cette allure, ils ne verront jamais les obsèques de la bourgeoisie.

La Théorie détachée et la pratique reléguée se présentent elles-mêmes comme rien d’autre que les symptômes morbides de l’idéologie. Maintenant nous pouvons diagnostiquer avec assurance que la prophétie «qui vient» n’est en fait qu’un engouement éphémère. Nous avons identifié l’implacable répression intériorisée qui se montre sous la forme de la patience, et donc nous refusons d’attendre le jour J, l’Idus Martias, ou à cet égard, n’importe quelle date à venir.

Nous avons exprimé notre dégoût pour la prison technologique voilée de surveillance et le contrôle électronique en sabotant plusieurs des scanners de Carte d’identité du campus universitaire Hunter qui allaient bientôt être inaugurés. Contre l’éducation en tant que telle, nous avons ensuite attaqué le bâtiment administratif de l’Université de Brooklyn. Pour finir, nous avons attaqué la Marathon bank, une filiale de la banque du Pirée qu’Alfredo Bonanno et Christos Stratigopoulos sont accusés d’avoir expropriée. Nous étendons notre solidarité aux deux compagnons emprisonnés et, comme la santé de Bonanno se détériore dans une cellule de prison, nous adhérons au principe suivant :
«Pour un œil, deux yeux.
Pour une dent, la mâchoire entière.»

Traduit de l’anglais, Base de données anarchiste, 27 février 2010.




NYC Solidarity with Alfredo & Christos (USA)

“Capitalism is a system of relationships, which goes from inside to out, from outside to in, from above to below, and from below to above. Everything is relative, everything is in chains. Capitalism is a condition both of the world and of the soul.”

Franz Kafka.

There is nothing left; nothing that hasn’t been molded, molested, or completely crushed; nothing that has managed to escape the network of power as it scours every inch of the earth, lodging itself into every crevice.

Crowding each moment, the omnipresent asphyxiation provides ample evidence to this all-encompassing totalization. Heads bowed, backs bent, we bear the weight of the day in our beleaguered entrails.

Now taking on increasingly monstrous qualities, a vampire-likeness of achieved full nocturnality, even the sleeper finds his dreams inhabited. Robbing us of expectations, snatching away our latent potential, Capital has acquired the speculative capability to recuperate futures and integrate things before their invention. After colonizing the entire world, the enemy now works to conquer the collective realm of our imaginations where we once plotted and, consequently, envisioned its very demise.

The cooption of creativity signaled the predetermined defeat, which led the Marxists to surrender to the British Museum before they realized an 1848. The only pseudo-victory to their credit consists in pushing Negri out of the spotlight by ushering “communization” and “insurrection” into the academy’s discursive field. Both trends can be written off as failed experiments because each has neglected to activate the only concept capable of giving jargon any significance. The Struggle.

“To fight, to be defeated, to fight again, to be defeated again, to fight anew until the final victory.”
An old Italian adage.

In practice, the clashes and occupations have divorced the leftist baggage and chosen everyday life as the terrain for conflict, yet unfortunately expression still continues to abide by the activist calendar. A day of action is paled by a year of misery. Like long fits of depression, extended bouts of downtime undermine each subversive act, resulting in the production of militant event planners: blinded to the past and merely anticipating the next unsuccessful Bastille storming. They strike at the same tempo ordinary citizens attend birthday parties, riot at the same rate of wedding crashers and surely, at this pace, they will never RSVP the bourgeoisie funeral.

Detached theory and relegated practice present themselves as nothing other than the comorbid symptoms of statified ideology. Now we can confidently diagnose that the much prophesized “coming” can only amount to a passing fad.

We notice the relentless internalized repression masquerading as patience and so we refuse to wait for March 4th, the ides of March or, for that matter, any date to come. We expressed our distaste for the veiled technological prison of surveillance and electronic monitoring by sabotaging several of the soon to be installed ID-card scanners at the Hunter College campus. Against education as such, we then struck Brooklyn College’s administrative building. Lastly, we attacked Marathon bank, a subsidiary of the same Piraeus bank that Alfredo Bonanno and Christos Stratigopoulos are accused of expropriating. We extend our solidarity to the two imprisoned comrades and, as Bonanno’s health deteriorates in a prison cell, we adhere to the following principle:
“For an eye, two eyes.
For a tooth, the whole face.”

325, February 27th, 2010.

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