Crédibles et responsables ?

Publié le par la Rédaction



Depuis plus d’un an les contre-réformes au sein de l’Éducation nationale n’en finissent plus d’atomiser à tous les niveaux un système d’enseignement déjà si imparfait. Que dénoncent la plupart des «grandes fédérations» ?
Face à une «précarisation rampante» qui a cessé de ramper pour foncer tête relevée, une «casse du service publique d’éducation» (qui va bien finir par être en miettes de chez miettes), la fermeture annoncée et déjà effective de classes, d’établissements et de filières entières, que proposent-elles ?
Face à la masterisation de la formation et la réforme des lycées si décriée, quelle riposte est envisagée ?

Des journées d’action isolées, des grèves d’ores et déjà annoncées comme non-reconductibles et non-élargies. Soucieuses d’apparaître responsables et crédibles, de nombreuses organisations syndicales semblent abandonner l’idée d’un mouvement intense et combatif. Face à une ambiance morose chez les collègues, il conviendrait, selon elles d’adopter la stratégie de la journée ballon pour constater après la manif que la mobilisation est faible et que l’heure n’est pas à la grève dure.

Mais quand alors ?

Évidemment, un mouvement ne se décrète pas et se construit, une grève massive ne s’improvise pas. Mais de quelle crédibilité parle-t-on lorsque l’on annonce la fin de l’école et ses conséquences catastrophiques et que l’on y oppose un défilé d’un après-midi en consultant la météo ?

La faiblesse du mouvement viendrait d’une crise du syndicalisme et du militantisme, d’une désaffection pour des organisations aux combats passés si glorieux. Mais qui irait voir un médecin prescrivant des granules de camomille pour un cancer généralisé ?

Nous connaissons toutes et tous des collègues, syndiqués ou non, qui ont choisi de ne plus faire grève pour des prunes et de ne plus participer à cette mobilisation homéopathique. Qu’attendent-elles, qu’attendent-ils des syndicats ? Une attitude co-gestionnaire de laissez-faire ou une attitude combattive ? Les fédérations de l’éducation sont elles à ce point embourbées dans les préparatifs des prochaines élections paritaires pour oublier la mission première d’un syndicat : défendre les travailleurs. Il est clair que le mode de désignation de la nouvelle représentativité syndicale rend les organisations frileuses. Et pourtant…

Pour nous, le degré de responsabilité d’un syndicat se mesure dans sa capacité à assumer son rôle d’appui aux luttes. La crédibilité se gagne dans les combats et les projets proposés.

Nous ne prétendons pas être à nous seuls les détenteurs d’une vérité sur la meilleure manière de nous défendre, nous ne nous poserons pas en ultimes donneurs de leçons sur comment gagner. Si nous sommes très critiques sur la façon dont la résistance s’organise, nous savons aussi qu’il existe, aussi bien dans les grandes centrales que chez les non-syndiqués des volontaires pour construire dans la durée une mobilisation offensive et ferme. Aussi, s’il nous semble nécessaire d’apporter ce regard critique et de plus en plus partagé, sur la prétendue attitude responsable à adopter au moment d’organiser la riposte mais nous continuerons avec enthousiasme et détermination à participer à toutes les actions combatives qu’il sera possible de construire ensemble. Au risque de paraître redondant à appeler une énième fois à formuler des mots d’ordre de reconduction et de convergence, il nous paraît plus qu’urgent de ne pas (re)commettre les erreurs de 2009.

Alexis
Éditorial du Cahier Noir du Trente-cinq no 2, février 2010
Bulletin de la CNT Éducation 35.


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