Coucous de Poitiers

Publié le par la Rédaction

Après les incidents de Poitiers, des autonomes revendiquent leur action

Pour la première fois, les autonomes à l’origine des incidents survenus le samedi 10 octobre à Poitiers, lors d'une manifestation contre la nouvelle prison de Vivonne, sortent de leur silence. Dans un texte adressé au Monde, ils revendiquent à leur façon les tags et les bris de vitrines, justifient leur mode d’action violent et s’expriment par rapport à la peur que cela a pu engendrer dans la population.

«Nous sommes passés par ces rues, écrivent-ils. Le plus vieux baptistère de France [le baptistère Saint-Jean qui a été tagué] a été baptisé […]. Il faut avouer qu’on s’en fout du patrimoine. Toute trace des incandescences passées est monumentalement neutralisée. Alors, faut ranimer un peu.» Ils reprennent la version abrégée d'une locution latine «Omnia sunt communia» qui avait été tracée à la peinture rouge sur les murs du baptistère et qui signifie : «En cas d’extrême nécessité, ce que le monde produit doit être mis en commun.»

Un peu plus loin, ils ajoutent : «Nous sommes passés par ces rues. Sur les images, il y a des pleurs d’enfants. On voudrait que les enfants pleurent à cause de nous. Mais ils pleurent avec nous. Ce sont les mêmes larmes que nous avons versées […], des larmes contre ce monde.»

Codes des insurrectionnalistes

Ce texte signé «quelques casseurs» peut apparaître abscons. Il reprend les codes et le langage des autonomes dits insurrectionnalistes. Venus à Poitiers de plusieurs villes de France, on les avait aussi vus à Strasbourg en avril, lors du contre-sommet de l’OTAN, et à Paris le 21 juin.

Il nous est parvenu une semaine après la manifestation de Poitiers. Pour vérifier son authenticité, il a été demandé à ses auteurs des «garanties» prouvant qu’ils se trouvaient bien sur place, ce qui a été fait.

L’anonymat reste toutefois de mise. Car une information judiciaire a été ouverte, le 12 octobre, par le procureur de Poitiers, Pierre Sennes, pour «organisation d’un attroupement armé», afin de «rechercher les personnes à l’origine de cette manifestation».

Le texte, ironiquement intitulé «Coucou c’est nous», que nous rendons public, répond également à l’article du Monde daté du 13 octobre, dans lequel nous qualifiions leur mode d’intervention de «stratégie du coucou» : ils se greffent à une manifestation un jour d’événement festif, ce qui leur permet d’utiliser masques et cagoules, parfois sur le mode carnavalesque. Ce mode d’intervention fait également l’objet de débats chez les autonomes.

«Ce jour-là, à bien y regarder les coucous n’étaient ni dans le festival [le Festival d’arts de la rue qui se tenait alors à Poitiers], ni dans la manif, ce qu’ils squattent c’est la société. La condition de coucou, c’est simplement une existence révolutionnaire dans la société», disent-il.

Le texte n’évoque pas les huit personnes condamnées dont trois à des peines de prison ferme — entre un et quatre mois — pour «violences en direction des forces de l’ordre» (jet de projectiles) et placées sous mandat de dépôt.

La cour d’appel de Poitiers examinera, jeudi 22 octobre, les demandes de remise en liberté concernant ces trois dernières personnes, qui n’ont pas grand-chose à voir avec l’organisation des incidents.

Leur presse (Isabelle Mandraud et Caroline Monnot,
Le Monde), 21 octobre 2009.


Coucou c’est nous

Poitiers, 10 octobre 2009. Y a d’la casse. Un institut de beauté, une agence de voyage, une librairie catho, une bijouterie, départ de feu à la Direction du Travail, une banque, un Bouygues-qui-construit-des-ballons, un France Telecom dont on ne peut décemment demander la démission du PDG, mais seulement le suicide, deux banques, un journal local…

Bon, nous sommes passés par ces rues. Le plus vieux baptistère de France a été baptisé. Les traces que nous laissons. À même le patrimoine. Il faut avouer qu’on s’en fout, du patrimoine. Toute trace des incandescences passées est monumentalement neutralisée. Alors, faut ranimer un peu. Mettre de la couleur. Se souvenir de l’oubli des puissances. «Omnia sunt communia». Nous allons, nous manifestons à la rencontre de tout ce qui, dans le passé, nous attend.

Nous sommes passés par ces rues. Sur les images, il y a des pleurs d’enfants. On voudrait que les enfants pleurent à cause de nous. Mais ils pleurent avec nous. Ce sont les mêmes larmes que nous avons versées, celles de la Séparation, des larmes contre ce monde. La destruction, elle, est source de joie. Tout enfant le sait, et nous l’apprend.

À propos du 10 octobre à Poitiers, des spécialistes ont parlé de la «stratégie du coucou» (cf. Le Monde du 13 octobre). Les manifestants se seraient fait passer pour des festivaliers. Depuis le nid culturel squatté, ils auraient pris leur envol à grand fracas.

La réalité est que la manifestation festive contre la prison de Vivonne avait été appelée par voie d’affiches, et que la préfecture avait jugé négligeable de prendre des dispositions particulières.

La réalité, c’est d’abord un rassemblement masqué donc illégal : rien que des coucous.

Limite de la loi anticagoule, on n’interdit pas le carnaval. Embarras des forces de l’Ordre. Difficile de dire, en effet, où commence la fête.

On n’interdit pas le carnaval. Il y a donc masques et masques. Ceux qui au fond ne recouvrent plus rien, et les autres, les nôtres, ceux des coucous. Ce qui est visé par la loi, c’est une certaine façon de se masquer ; se masquer en ayant de bonnes raisons de le faire, se masquer parce qu’on a quelque chose à cacher, ou plutôt, quelqu’un. On a tous quelqu’un à cacher.

Ce jour-là, à bien y regarder, les coucous ne sont ni dans le festival, ni dans la manif. Ce qu’ils squattent, c’est la société. La condition de coucou, c’est, simplement, une existence révolutionnaire dans la société.

«Être révolutionnaire», rien de plus problématique. Ceux pour qui ça ne fait pas problème seront les premiers à se rendre, à faire de leur mode de vie une défaite. Figés dans leur identité, et dans leur «fierté», et raides.

Ce qui est lâche, ce n’est pas la duplicité, ni la dissimulation. Ce qui est lâche, c’est d’affirmer l’inaffirmable. De se revendiquer «anarcho-autonomes», par exemple.

C’est de prétendre dire, dans la langue de l’ennemi, autre chose que des mensonges. Il n’y a pas des révolutionnaires, pas d’identité révolutionnaire, mais des devenirs, des existences révolutionnaires.

Eh oui, nous autres coucous, il nous faut inventer, en même temps qu’une réalité tranchante, les moyens de tenir. Ou plutôt c’est la même chose, le même processus.

La question est : qu’est-ce qui nous tient ?

La génération des années 60 n’a pas su le faire, avec les années 80 comme excuse historique, et couvercle de plomb. Nous autres, nous n’avons pas droit à l’erreur.

Jamais la situation n’a été aussi mûre ; et pourtant, le camp révolutionnaire est un vaste chantier. Même parmi les ruines, il faut déblayer le terrain, la place manque toujours pour construire autrement. Jamais la situation n’a été aussi mûre ; et pourtant, tout ou presque reste à faire, et pourtant, nous avons le temps. Il nous faut donc tenir, tenir à ce qui nous tient. Tenir, tromper l’ennemi. Déjouer les logiques de représentation, piéger la répression. Nous sommes tous des coucous.

Nés dans le nid de la domination, il nous faut grossir, devenir trop-grands pour son espace et ses coquilles vides. C’est ainsi : l’époque a dans son ventre les enfants qui lui marcheront dessus. Elle les nourrit, leur donne un semblant de «monde», elle n’a pour les choyer que ses flux toxiques, elle n’a que ses poisons. S’ils en réchappent, ils la tueront. Ils la tueront de la plus noble, de la plus digne, de la plus belle des façons, enfin, comme on commet sans doute un matricide.

Quelques casseurs


Vol au-dessus d’un nid de casseurs

Le site Internet du journal Le Monde indique, ce 21 octobre, avoir reçu le texte ci-dessus reproduit à propos de la manifestation de Poitiers du 10 octobre 2009. Il est signé «Quelques casseurs». Les journalistes affirment avoir pris des garanties concernant la participation effective des signataires à la manifestation. Cette précision, assez surprenante quant à ce qu’elle suppose d’échanges épistolaires, n’offre aucune garantie réelle. Disons qu’à la lecture ce texte semble plausible, même s’il est plus que probable qu’il a été rédigé et envoyé, comme l’indique la signature, par un petit groupe d’individus.

Ces casseurs assumés ne sont pas des imbéciles : ils lisent Le Monde et savent même un peu de latin.

Ils présentent toutefois une faiblesse de caractère, d’ailleurs vénielle, mais qui peut influencer fâcheusement l’action : ils sont susceptibles.

Les journalistes de l’Officiel de tous les spectacles ayant avancé qu’ils avaient pratiqué, à Poitiers et ailleurs, la «stratégie du coucou», ils tiennent à répliquer. D’un point de vue politique et stratégique leur réponse n’est pas dénuée d’intérêt, puisque le reproche des journalistes est partagé par une partie du public politisé. En gros, sur le mode «Bien la peine de se dire autonomes s’il vous faut les mouvements d’une foule que vous méprisez pour bouger le petit doigt».

Le texte rappelle utilement quelques éléments factuels (manifestation convoquée par voie d’affiches) et souligne l’embarras des autorités à appliquer leur énième règlement (en l’espèce : anti-cagoule).

On notera une jolie formule polysémique : «On a tous quelqu’un à cacher».

Maintenant, en quoi ce texte me paraît-il critiquable (ce qui n’est pas en soi un «reproche» ; étant critiquable, il contribue au débat critique).

Tout d’abord, dans son optimisme millénariste et incantatoire : «Jamais la situation n’a été aussi mûre» (bis). Jamais. Le mot est fort. Si fort qu’il est absurde, même rapporté au jeune âge supposé des rédacteurs.

Au fait, que peut bien signifier une situation «mûre», du point de vue de l’éruption d’un mouvement révolutionnaire communiste, alors que «tout reste à faire» dans le camp de la révolution ? Je partagerai d’ailleurs volontiers cette dernière appréciation, et même j’accorde que les révolutionnaires (moi itou) ont le plus grand mal à se montrer à la hauteur de leur époque (tandis qu’ils sont tentés de penser que c’est l’époque qui est indigne d’eux).

Mais revenons à cette «maturité» ; on la devine plus proche du baril de poudre qui attend l’étincelle que de l’opulence de la grappe attirant le maraudeur.

Maturité, du latin maturus, qui se produit au bon moment. En quoi la situation présente peut-elle «se produire au bon moment». Elle a lieu, un point c’est tout. Le présent se produit. C’est le moment présent. On peut se réjouir de tel moment présent (une insurrection) ou se désoler de tel autre (son écrasement). On dira donc que l’insurrection tombe à pic et que son écrasement est regrettable. Mais des deux situations, laquelle est ou était la plus «mûre» ?

Taxi ! suivez cette métaphore !

Parions, sous réserve de démenti à venir, que les coucous casseurs entendent que le baril de poudre sociale déborde. Il n’attend qu’un porteur de mèche enflammée pour exploser révolutionnairement. Le casseur (de vitrines, de préjugés, de coffres…) amène sa mèche (sa plume, dit le cambrioleur) avec lui. Dissimulé partout (coucou), on le croit disparu ou exterminé ; il renaît de ses cendres, se fait oiseau de feu (phénix) et embrase steppes, métropoles et banlieues…

La métaphore est jolie, mais remplit mal son rôle : aider à penser plus loin. Elle offre surtout l’avantage de donner un rôle aux casseurs, aux révolutionnaires. C’est à eux de commettre le geste symbolique qui déclenchera l’explosion.

Quant à la maturité de la situation, le texte ne permet de la penser que de manière métaphorique et mécaniste : poudre, pression de vapeur, goutte d’eau dans un vase… Or, de quoi est-elle faite, cette situation sociale, de quels rapports de force, de quels rapports de classe, de quelle exploitation ? Le texte n’en dit rien, qui évoque uniquement «les logiques de représentation» [Ce rappel est-il bienvenu ou dérisoire lorsque l’on adresse un texte au journal Le Monde…] et «la répression».

On objectera que ce texte ne prétend pas tout dire et qu’il est probablement rédigé très vite (c’est aussi, hélas, le cas de la présente chronique). Il n’en est pas moins vrai qu’il se présente, librement, comme une protestation de manifestants devant des journalistes et des lecteurs critiques. Il est donc légitime de le critiquer pour ce qu’il dit (consciemment ou non) et pour ce qu’il tait.

Tel quel, le texte Coucou c’est nous suggère, me semble-t-il, une représentation de la société essentiellement idéologique, un théâtre d’idées, de «logiques de représentation». Il est vrai que, dans les cibles des casseurs, rappelées en début de texte (direction du Travail, banque, etc.) peut se lire entre les coups de masse une analyse anticapitaliste. Elle n’est pourtant pas évoquée, encore moins explicitée, dans le corps du texte.

L’absence d’évocation d’une grille d’analyse sociale et historique, la métaphore de la «maturité», me font penser — peut-être à tort — que les casseurs de Poitiers ont en tête une vision morale de la situation. Dans cette perspective, la phrase «Jamais la situation n’a été aussi mûre» s’entendrait ainsi : «Jamais n’ont existé autant de motifs réunis de dégoût et de révolte». Appréciation dont le plus aimable qu’on puisse dire est qu’elle est subjective et, faute de perspective, an-historique. Avait-on moins de raisons de se révolter en 1894 ? en 1920 ? en 1968 ?

Il est vrai qu’une phrase est censée introduire une perspective historique. La «génération des années 60» est excusée de n’avoir pas su inventer «les moyens de tenir». Considérations générationnelle — hors sujet me semble-t-il — et psychologique. Cette dernière n’est jamais hors sujet, à condition d’être articulée avec une analyse sociale et politique [Pour donner un exemple écrasant : Psychologie de masse du fascisme de W. Reich].

Mère, mère ! pourquoi m’as-tu abandonné ?

Le choix du style et les contraintes psychologiques de la réplique (oui coucou ! et alors !) amènent les rédacteurs à filer la métaphore ornithologique de manière étrange à mes yeux.

C’est dans le nid utérin de la société que se dissimulent les coucous. C’est donc la mère (faussement) nourricière — la société, la domination, l’époque — qui est choisie pour cible. Au lieu des remerciements qu’elle attend, nous cassons… L’oiseau se révolte et pique du bec la main qui le nourrit.

La domination-mère n’a, pour choyer ses enfants-coucous que «ses flux toxiques», «ses poisons». Cette empoisonneuse — dont on imagine les seins dégoulinants d’un pus noirâtre, comme dans une pub de la fondation Nicolas Hulot —, sera tuée par les coucous survivants. Elle sera tuée «de la plus noble façon», «comme on commet sans doute un matricide».

Voilà donc où nous dépose cette métaphore…

Ainsi les rédacteurs nous proposent-ils une espèce de programme poétique, symbolique et psychanalytique, dont l’issue — capitale dans tous les sens du terme — est le matricide.

Je vois mal en quoi cette «proposition» pourrait faire avancer en quoi que ce soit la compréhension critique de ce monde. Je vois trop bien comment elle peut contribuer à la confusion sur le rapport du révolutionnaire à ce monde, lequel est supposé se retourner contre la société/mauvaise mère [Et ton papa, il est au travail ? Et ta sœur ?]. Ou autrement dit contribuer à un recentrage psychologique (et individuel) de la pensée critique ; la dimension collective étant prise en charge par la perspective mystique millénariste.

Y mêler un improbable communisme primitif chrétien autorise, certes, un joli tag (omnia sunt communia [In extrema necessitate omnia sunt communia, id est communicanda, soit à peu près : «Dans l’état d’extrême nécessité, toutes choses sont communes et accessibles à tous». La citation se trouve, paraît-il, dans un texte du Concile Vatican II de 1965 (Constitution sur l’Église dans le monde de ce temps, «Gaudium et Spes», § 69). La formule courte taguée sur le baptistère de Poitiers se rencontre antérieurement chez Isidore de Séville et Thomas d’Aquin.]). Il intrigue journalistes et blogueurs catholiques, qui découvrent ainsi des pans inconnus de leur propre religion qui les attendaient dans le passé. Et après…

Pour le dire de manière délibérément utilitariste et peu élégante : ça sert à quoi ?

Le bris de vitre attire l’attention sur le slogan qui suggère une réminiscence théologique qui… Qu’est-ce que ces symboles-gigognes sont censés produire ? L’étincelle psychologique, qui va convaincre les dominés de passer au matricide social ?

L’objectif initial de la manifestation — protester contre une prison, et à cette occasion contre toute prison — me paraît fort légitime. Banques, bâtiments administratifs ou religieux : que l’on casse, sabote en douceur, ou «défigure» les symboles, aussi dérisoires soient-ils, de dispositifs aliénants ne me contrarie pas [Même si l’exercice concret n’est plus ni de mon âge ni de mon agilité].

Mais, d’une part, légitimité ne signifie pas nécessairement opportunité (caractère de ce qui opportun)…

Qui abandonne qui, finalement ?

… D’autre part, ce qui me contrarie, c’est que l’on abandonne sur le terrain, comme autant de dégâts collatéraux, ceux qui courent moins vite que les autres. C’est une image désastreuse de l’égalitarisme communiste.

C’est un problème à la fois politique (sens large) et stratégique (décisions concrètes).

L’histoire des dernières décennies est assez riche en actions collectives «violentes», menées de manière autonome (c’est le cas de le dire, même si les jeunes militants d’aujourd’hui semblent ignorer que de telles actions ont aussi été le fait de gauchistes, LCR, Gauche prolétarienne maoïste, notamment).

La manière dont de telles actions sont organisées (commandos, groupes compact en manif ou au contraire individus disposés à se disperser façon volée de moineaux…), la manière dont la sécurité des militant (e)s est prévue ou non, tout cela influe sur l’impact social des actions, et d’abord dans les milieux militants ou politisés les plus voisins.

De ce point de vue, l’absence dans le texte des casseurs d’une seule phrase, d’un seul mot, sur les personnes arrêtées et lourdement condamnées à Poitiers est une faute politique, et morale ajouterai-je pour me faire bien comprendre d’eux.

Tactiquement, c’est laisser passer une occasion de dénoncer une justice de classe, qui frappe toujours plus lourdement, à l’occasion de ce genre de manifestation, les individus les plus désocialisés (décidemment, Maman ne distribue pas son amour équitablement !).

C’est précisément prêter le flanc au reproche de manipuler, vilains coucous, la méprisable piétaille contestataire. Peu importe ici que ce reproche soit aussi articulé par des journalistes bourgeois ; d’ailleurs vous les jugez d’assez respectables interlocuteurs pour leur prouver votre bonne foi. Et, du coup, ils relèvent immédiatement la contradiction entre votre protestation narcissique et votre silence sur les condamnés.

Peu importe également que les personnes condamnées (et leurs proches) n’aient pas en toute circonstance le discours impeccablement radical que l’on attendrait. S’ils sont critiquables, critiquons-les. Et que ceux qui n’ont jamais péché (ni leur père), leur jettent la première boule de pétanque !

Paraître les ignorer, dans un texte de revendication politique, tout occupés que l’on est à ciseler des allusions littéraires ou théologiques dont on le parsèmera comme on cache des œufs de Pâques dans le jardin pour que les gamins les trouvent [Il en est une dans l’alinéa précédent. Sauras-tu la découvrir, ami lecteur ?], n’est ni noble ni digne, pour reprendre les hautes exigences affichées, pour l’avenir il est vrai, par ces quelques casseurs.

Claude Guillon, 22 octobre.


Quand un simple coucou en passant transforme un simple passant en coucou…

Certes on n’a pas attendu le samedi 10 octobre pour s’interroger dans le mouvement anti-capitaliste sur la pertinence des modes d’intervention «radicaux» en manif, des black blocks aux totos parisiens. Toutes situations ne sont pas comparables, et aucune position ne saurait être trouvée qui serait généralisable a priori. Cependant la manif de Poitiers a généré un trouble particulier, et qui déborde cette simple journée. Qu’est-ce qui a coincé là ?

Laissons de côté l’hypothèse (pourtant tentante au vu de certains témoignages lors d’autres manifs) de la manipulation policière. Puisque certains sur le web défendent cette action, posons comme postulat que leurs auteurs pourraient être des vrais révolutionnaires et non des flics.

Ce qui est insupportable dans cette action commando dans la manif de Poitiers, c’est que ceux qui l’ont investie sur leurs propres objectifs et avec leur façon d’agir l’ont décidé entre eux. Mais l’ont imposé à tous. Ça s’appelle une prise de pouvoir.

Ce qui est insupportable c’est qu’il semble depuis longtemps impossible de discuter ce mode d’action, sans passer pour des minables défenseurs de la démocratie bourgeoise et des alliés objectifs de la police. Ça s’appelle être réduits au silence.

Mais cette fois à Poitiers, quelque chose n’est pas passé. Des doutes s’expriment. Avec prudence : il faut remarquer à quel point les prises de position sont rédigées, et à quel point il y a extrêmement peu de commentaires sur les sites militants ! Chacun observe, attendant de voir qui va réussir à mettre le doigt sur les questions qui dérangent. Essayons.

L’OCL-Poitou, qui était partie prenante de l’organisation de ce week-end d’actions anti-carcérales, a réagi la première par un communiqué le 11 octobre. Des «anars précipités», qui reconnaissent ne pas avoir été à Poitiers, ont communiqué le 11 octobre leur avis sur ce texte, transmis sur le site Non-Fides qui, ça tombe bien, a toujours un avis sur tout et tout le monde. Le Collectif contre la prison de Vivonne, organisateur de ce week-end, a publié aussi un court communiqué le 11 octobre. Au moins deux textes publiés sur Indymedia Nantes les 14 et 18 octobre ont tenté de clarifier les questions soulevées. Puis «quelques casseurs» prétendant avoir participé à l’action de Poitiers ont publié un texte sur le site du Monde le 21 octobre. Le 22 octobre, Claude Guillon a publié sur son blog un intéressant avis sur tout cela…

Si la question posée ici est peut-être celle sempiternelle de la fin et des moyens, elle n’est aucunement celle de la non-violence ou de la violence. Bris de vitrines, fumigènes, courses avec les flics, aucun blessé — le spectacle ressemble plus à un concert de metal qu’à une émeute. Assimiler de la casse matérielle à de la violence, c’est le discours des flics et des gouvernements. D’un point de vue révolutionnaire, le choix de l’action violente, c’est le choix de la lutte armée.

Si utilisant la manif en centre ville comme diversion, nos valeureux combattants masqués s’étaient donnés les moyens d’attaquer la prison pour libérer les prisonniers, personne n’aurait rien trouvé à y redire. Et leur acte, quel qu’en soit l’issue, aurait été perçu comme un acte nécessitant un courage certain. Et si besoin, c’est sans réserve que des comités de soutien auraient ensuite été montés.

Mais nous ne sommes pas dans une telle situation. Les commandos du centre ville de Poitiers n’ont fait montre que de lâcheté et de mépris des autres.

Mépris envers les militants qui choisissent d’autres moyens d’action que ceux qu’ils prônent. Des semaines de préparation, d’organisation, d’AG collectives pour mettre sur pied des débats, des tracts, des interventions auprès des citoyens pour tenter d’élargir la prise de conscience de la nécessité d’abolir la prison … balayées en quelques minutes.

Mépris envers les manifestants qui courent moins vite qu’eux, qui se laissent exciter par la situation, et qui sont ceux qui se font serrer par les flics et assommer en comparution immédiate quand les initiateurs sont déjà loin et ont déjà retourné leur veste noire pour s’en aller discrètement. Une action anti-carcérale qui se termine par au moins trois embastillés supplémentaires quand il y en avait tant à libérer pas loin… le bilan est sans appel.

Mépris envers ceux qui émettent ensuite des doutes sur l’intérêt politique de ce type de comportements.

Le débat va continuer…

À quoi et à qui servent ce type d’interventions blitzkrieg ?

Qui décide et quelle liberté est laissée à ceux des manifestants qui ont un désir différent ?

Pendant qu’on se retrouve ensuite à consacrer un temps énorme à organiser des comités de soutien à ceux qui se font incarcérer suite aux manifs, à quels autres projets décidés collectivement ne peut-on plus se consacrer ?

Mercredi 21 octobre, un texte envoyé au Monde (au Monde ? Quelle considération pour le plus haut symbole de la presse bourgeoise française !?) revendique cette action. Ce texte recèle quelques jolies trouvailles (le titre «coucou c’est nous», la digression sur le carnaval couronnée par la formule «difficile de dire où commence la fête», le slogan «on a tous quelqu'un à cacher»…). Recèle-t-il autre chose qui fasse sens, à part son incroyable conclusion ! En effet, au final les rédacteurs tombent le masque : ils appellent à un «matricide» !!!

La situation, la domination, l’époque, la société : il y a pour eux là-dedans quelque chose qui serait de l’ordre du féminin, du maternel ? À fouler aux pieds, jusqu’à tuer ! Maman je te hais !

Les auteurs prétendent désirer «déjouer les logiques de représentation». Ils en sont très très loin.

On pourrait interroger l’aspect terriblement masculin du mode d’action qui les excite. Beaucoup d’agitation, de fanfaronnade, look menaçant et action musclée, effet de surprise et effet de meute, du bruit et de la fumée… Suivis d’un repli stratégique. Forts en gueule, mais lâches et irresponsables : typiquement masculins, non ? Des petits garçons coléreux, des ados sur-caparaçonnés. Et ils justifient cela par un appel au «matricide». Triste confirmation.

Et c’est là qu’est le problème. Parce qu’aucune révolution n’est à attendre d’individus qui n’ont pas fait le ménage en eux-mêmes de l’endoctrinement qu’ils ont reçu de leur famille, de l’école, de l’ordre social.

Ces coucous me semblent désespérément réactionnaires.

L’Unique, ni pigeon ni vautour (peut-être merle moqueur ?)
L’En Dehors, 25 octobre.


Retour sur un texte trop précipité publié sur cette page

Après la publication, le 12 octobre, du texte «Éclaircissements récents sur l’impossibilité de quelques affinités», un certain nombre de critiques nous ont été adressées, dont plusieurs nous ont paru justifiées.

En premier lieu, nous pensons qu’il n’était pas judicieux, à ce moment précis où la répression faisait son travail, de préciser notre non-participation à cette manifestation, il s’agissait naïvement d’exprimer un désaccord sur le contenu de ce rassemblement et pas, comme nous l’avons maladroitement fait, de faire le travail des flics.

Nos critiques répétées à l’encontre de certaines organisations, bien que parfois maladroitement formulées, ne s’inscrivent pas dans une guerre de chapelle, ni dans une posture du «plus radical que moi tu meurs», elles visent simplement à émettre une opposition d’idées, et à mettre en lumière une tendance répandue dans beaucoup de ces organisations à condamner la violence dans les luttes et à en isoler les auteurs.

Ce qui nous intéresse, plus que les communiqués de la section Poitou de l’OCL, c’est le fond que se donnent les luttes et les formes qui y correspondent. C’est en fonction de ces critères que nous décidons de participer ou non à telle ou telle lutte. Lutter contre la prison, oui, mais avec quel discours et quelles pratiques ? Est-il possible de supprimer la prison sans combattre en même temps le monde qui la produit et qui en a besoin ? Est-il possible de lutter contre la prison sans s’attaquer à tout ce qui lui permet d’exister, et pas seulement à ses aspects les plus capables de faire jouer «la tactique du scandale» ? Est-il possible de lutter contre la prison en la séparant de toutes les autres formes d’enfermements qui nous oppressent dans presque tous les aspects de cette société carcérale ?

Des questions qu’il nous semble important de poser dans une offensive radicalement anti-carcérale.

Nous réaffirmons notre solidarité à tous ceux qui contribuent à la guerre sociale, contre toute forme de domination.

Non fides, 24 octobre.

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T' 28/10/2009 12:49


Ce qui revient surtout, c'est la "prise de pouvoir" subie dans toutes ces manifestations où un petit groupe très bien organisé décide d'imposer ses méthodes, son rythme, et ses choix aux autres.
Ils imposent même leurs réponses aux autres, avec ce texte "coucou c'est nous" publié dans un média bourgeois, le méttant au dévant de la scène avec une sorte de mépris du débat que l'on peut
observer dans tous les indymedia de france et autres sites d'alter-info...

Que ça soit dans les manif's où "ils" ( Je ne saurais vraiment me pronomcer sur qui ils sont, même si j'ai entendu parler de "cellule opaque de vigilance" qui me fait beaucoup penser à un "parti
immaginaire" avec des "cellules invisibles"... Mais ceci n'est qu'une association d'idée sans fondement veritablement élaboré et vérifié! ) imposent leur choix et font donc parler d'eux dans les
médias bourgeois, ou dans les médias bourgeois qu'ils "utilisent" ( Ce qui est nouveau d'ailleurs, ils ont confiance en "Le Monde" pour les représenter? Ca me rappel là encore Coupat, qui a
accépter de répondre à leur questions. Certes le texte était interessant, mais le fait de répondre à ce journal me géne et me fait douter de certaines de ses positions ou de ses buts... ), je
trouve qu'il y a un certain manque d'honnêtetée face aux militants qui est dangereux.

Ce genre d'action, en plus très médiatisé autant par ceux qui la revendique que par les médias eux même aux vues des dégats, ressemble beaucoup à un "coup de pub" pour impressionner les radicaux.
Parce que oui, nous sommes solidaires de ces actions ( et de ceux qui en ressortent avec les gourmettes ), parce que nous préférons casser des vitrines plutôt que les lécher, mais les gens présents
dans le centre ville de poitiers à ce moment là, qu'en est-il?

Pour la plupart bien sur ils ont étés effrayés! Et il n'en peut pas être autrement! Je suis d'accord que les médias en rajoutent, mais imaginez vous : Vous ne connaissaient rien a l'anarchisme si
ce n'est ce qu'en disent les médias et les politicars et vous en voyez débarquer 300 masqués qui fracasse des pubs et des vitrines en taggant partout... Bah vous avez peur! Surtout si rien n'est
expliqué, ça ressemble à de la casse pour de la casse, pour laisser de belles images... Il n'y a pas d'intêret politique... La prison? Qui peut savoir que cette casse est une protestation contre la
prison si ce n'est les militants?


On ne va pas faire la révolution entre nous, et on n'avancera pas seuls.