Copwatching : Les flics sous surveillance

Publié le par la Rédaction

 

COPWATCH : Communiqué de Parisiens

et Lillois en réponse à Alliance

 

 

Alliance, organe de communication hortefesque

 

Quelques jours à peine après avoir manifesté lorsque certains de leurs collègues étaient condamnés pour avoir triché avec la loi qu’ils sont censés représenter, le syndicat de police Alliance s’illustre de nouveau.

 

 

Dans une brève du Figaro il s’en prend à Indymédia Paris dont il semble ne pas avoir compris le fonctionnement. En effet, sur ce site d’information alternatif géré par un collectif, des individu-e-s visiblement inspiré-e-s par des publications d’Indymédia Lille,  ont entrepris de publier des photos de ces fonctionnaires prises lorsqu’ils exercent leur sale besogne.

 

Dans le plus pur des styles, Alliance démontre qu’il n’a rien d’un syndicat mais juste un organe de communication hortefesque.

 

 

Un site anti-flics ? Non, Indymédia Paris n’est pas ça, il suffit de cliquer sur «charte» pour lire qu’Indymedia se considère comme une sorte d’agence de presse collectivement gérée, dont le billet pointé du doigt par Alliance est une publication parmi des milliers d’autres qui traitent de sujets variés et pas seulement des flics.

 

Rien de surprenant, un ministre nous a déjà habitué aux grandes annonces menaçantes et fascisantes, notamment contre le Jura Libertaire, mais sans conséquences, faisant juste partie d’une campagne de propagande et d’intimidation contre internet et ses sources d’informations non controlées par le pouvoir.

 

Rappel : notre ministre de l’Intérieur actuel a été reconnu coupable par sa justice pour ses propos racistes ainsi que pour ses déclarations fascisantes bafouant la présomption d’innocence.

 

Quelques liens d’illustration :

http://lille.indymedia.org/article23671.html
http://lille.indymedia.org/article23952.html
http://lille.indymedia.org/article23780.html

 

11sept2010, 20 décembre 2010.

 

 

Un site «anti-flics» identifie des policiers en civil

 

Photographies à l'appui, le site invite les internautes à identifier les policiers en civil. Les syndicats des forces de l'ordre dénoncent une initiative «anti-flics».

 

Des policiers chargent des casseurs le 4 avril 2006 à Paris.

 

Les flics sous surveillance. Depuis trois jours, un site propose aux internautes d'identifier des agents en civil dans les manifestations, photographies à l'appui. L'article reprend les rumeurs de violences policières qui avaient prospéré lors des défilés contre la réforme des retraites. «Dorénavant, nous photographierons et filmerons chaque flic en civil que nous diffuserons (sic) comme (ceux) d'autres villes», proclame le site, «pour que l'insécurité gagne leur camp». La page web reprend notamment le slogan de CopWatch — base de données internationale qui répertorie les bavures policières : «Ils sont dangereux, mettons-les en danger.»

 

De quoi faire bondir les syndicats des forces de l'ordre. Alliance, le second syndicat de gardiens de la paix, dénonce une énième plateforme «anti-flics». «Ces sites et blogs anti-flics, qui prolifèrent de plus en plus sur la Toile, sont inadmissibles. C'est de la violence gratuite», commente Fabien Vanhemelryck, secrétaire zonal de Paris du syndicat de police. «Ils ne sont bons qu'à déverser de la haine contre les collègues et à les comparer à des “déchets”. Le plus grave, ajoute-t-il, c'est que ça touche à l'image de la police en tant qu'institution et qu'on ne fait rien pour endiguer cette haine.»

 

Faute civile

 

Impuissant face à ces critiques virales, Alliance en appelle au ministère de l'Intérieur. «Nous attendons une réponse forte de la part du ministre que nous allons saisir par courrier. Nous réclamons la création d'un service spécialisé dans la lutte contre cette forme de délinquance. Cette cellule serait chargée de réprimander et sanctionner les auteurs de ces sites», explique Fabien Vanhemelryck, sans s'attarder sur la faisabilité d'une telle mesure.

 

La publication de portraits de policiers — même en exercice — sur lesquels les agents sont clairement identifiables «ne constitue pas un délit mais une faute civile», analyse le blogueur juridique Me Eolas. «Selon l'article 9 du Code civil, ces clichés ne relèvent pas du droit à l'information mais sont une atteinte au droit à l'image», ajoute le spécialiste. «Au même titre que les people poursuivent les magazines, les policiers dont les clichés ont été publiés sur le site peuvent poursuivre au civil l'hébergeur et l'éditeur du site. Le ministère de l'Intérieur a également la possibilité de saisir un juge pour faire mettre hors-ligne promptement les photographies et demander des dommages et intérêts.»

 

Sur son site, Indymédia Paris, qui héberge la page «anti-flics» incriminée, tente de se dédouaner de toute responsabilité : «Le collectif qui gère le classement des contributions n'endosse aucunement les propos et ne juge pas de la véracité des informations.»

 

Leur presse (Julie Saulnier,
L'Express), 21 décembre.

 

 

 

 

Copwatch : les flics fliqués sur le Net

 

La guerre est déclarée entre Indymedia Paris, qui a publié des photos de policiers en civils, et le syndicat Alliance police nationale, qui en appelle à son ministre. Une polémique qui illustre le développement en France du copwatch, importé des États-Unis.

 

Outing de policiers lors d'une manifestation

sur les retraites en octobre 2010 à Paris

 

«Nous filmerons et identifierons les flics parisiens un par un», promettent les anonymes qui ont posté une dizaine de photos de policiers, avec et sans brassards, sur le site Indymedia Paris (collaboratif, ouvert à tous et surtout utilisé par l’extrême-gauche), le 18 décembre. Le but : désigner au grand public quels policiers en civil sont chargés des manifs «afin que l’insécurité gagne leur camp».

 

Indignation le 20 décembre de la part d’Alliance police nationale, second syndicat de gardiens de la paix (classé à droite). Dans un communiqué, Alliance déplore «une prolifération de sites ou autres blogs “anti flics”». Devant «des propos diffamatoires, des outrages et des menaces», le syndicat «en appelle au Ministre de l’Intérieur et au Préfet de Police afin que la justice soit saisie et que de tels sites soient fermés et leurs administrateurs poursuivis». Le syndicat Unité-SGP Police, majoritaire, s'est joint le lendemain aux protestations.

 

 

En réponse, les posteurs d’Indymedia en ont remis une couche en publiant d’autres photos. Ils se réclament du copwatch, cette pratique nord-américaine visant à surveiller les interventions policières pour empêcher ou médiatiser les bavures. En 1991, un vidéaste amateur filme le tabassage de Rodney King, un jeune noir américain. Un procès a lieu. L’acquittement des policiers provoque les émeutes de 1992 à Los Angeles.

 

Chasse aux sorcières

 

Depuis, des groupes de citoyens, aux États-Unis, au Canada et plus récemment en Europe, s’organisent autour du copwatch. En France, le Raid-H, Résistons ensemble ou Que fait la police développent le concept par la recension des bavures ou l’appel à la vigilance citoyenne.

 

La démarche des internautes d’Indymedia va bien plus loin et relève d’autres inspirations idéologiques, entre antifascisme, anarchisme et mouvement autonome. «Nous photographierons et filmerons chaque flic en civil que nous diffuserons comme nos camarades le font dans d’autres villes», écrivent-ils. Puisque la police dispose de fichiers sur les militants, ils inversent le procédé, avec ou sans commentaires sur les fonctionnaires désignés.

 

En novembre déjà, Indymedia Paris publiait la photo d’un policier accusé de bavure, avec son identité et un extrait de son profil Facebook. Début décembre, un autre policier était épinglé pour ses liens avec l’extrême-droite. L’exemple le plus significatif, dont les Parisiens s’inspirent, vient d’Indymedia Lille. En octobre, le site identifiait plusieurs policiers soupçonnés d’être proches du Bloc Identitaire. Indymedia Lille a également publié des photos de fonctionnaires de la BAC.

 

Le «copwatch» a donc tourné, pour certains, au procès en fascisme, voire à la dénonciation de simples policiers pour le principe. Comme lors des manifestations contre la réforme des retraites, où des participants ont «outé» des policiers en civil obligés de se réfugier derrière les cordons de leurs collègues.

 

 

À quoi ça sert? Un militant libertaire, dans une ville de l’Est, nous explique :

«Je l’ai fait localement en publiant sur mon blog la gueule de flics en manifs. Pour moi ce sont des personnages publics, ils ont fait le choix de représenter le maintien de l’ordre. C’est surtout pour leur montrer qu’on est pas des jambons : dans une petite ville ils ne peuvent pas passer inaperçus déguisés au milieu d’une manif.»

 

Ce trentenaire n’a jamais eu écho de quelconques représailles contre des policiers ou de poursuites contre ceux qui auraient publié leur photo. Il faut dire que les règles sont claires sur le sujet : sauf pour quelques exceptions dues à un poste «sensible», tout policier peut être photographié et filmé et les images être ensuite diffusées. Si un fonctionnaire veut porter plainte sur le fondement du droit à l’image (article 9 du Code civil), il doit démontrer un préjudice.

 

«Franck», militant antifasciste parisien, est plus réservé :

«Que les gens soient au courant, c'est bien, mais il faut avoir les reins assez solides. C’est à double tranchant et assez dangereux.»

 

En juillet à Paris, un homme avait subi un interrogatoire au sujet de la divulgation de l’identité de policiers dans la brochure anarchiste «Analyse d’un dossier d’instruction antiterroriste», publiée sur plusieurs blogs. Et en dehors du simple droit à l’image, certaines publications pourraient tomber sous le coup de la diffamation ou de l’outrage.

 

Leur presse (Les Inrocks), 22 décembre.

 

 

Un site internet, accusé d'être «antiflics», provoque la colère de la police

 

Un site internet, accusé d'être «antiflics», a décidé de publier des photos de policiers en civil, de les filmer de les identifier en utilisant notamment leurs pages Facebook, provoquant la colère des syndicats de police qui réclament une action du ministre de l'Intérieur.

 

L'irruption de ce site (paris.indymedia.org) inquiète d'autant plus les policiers qu'il subsiste «un flou juridique» sur de tels agissements.

 

Depuis quatre jours, ce site propose aux internautes d'identifier, de photographier et de filmer «chaque flic en civil», le tout «pour que l'insécurité gagne leur camp», est-il écrit. «Nous identifierons un à un ces déchets», promet ce site, qui compare la police française avec la Milice, en l'estimant «digne des grandes heures de Joseph Darnand».

 

Cela a déclenché l'ire des syndicats de police.

 

«La liberté d'expression existe, mais l'injure et la diffamation et toutes les atteintes à l'image de l'institution policière doivent être condamnées avec la plus grande fermeté», a réagi Mohammed Douhane, responsable de Synergie-Officiers. «Il est inadmissible de dire que la police nationale est “une milice” digne de Joseph Darnand. Ils mettent en danger la sécurité des policiers», fustige-t-il.

 

«On y trouve même des photos de collègues publiées avec leurs noms et leur affectation», a dénoncé le syndicat Alliance (2e syndicat des gardiens de la paix) notamment «par le détournement de (leurs) pages personnelles du réseau social Facebook».

 

Alliance a, le premier, tiré la sonnette d'alarme et demandé au ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux de saisir la justice. Il a été relayé mercredi par Synergie-Officiers.

 

Une hypothèse étudiée au ministère de l'Intérieur. «On suit de très près ce dossier, et on se réserve la possibilité de porter plainte dans un proche délai», a confié une source ministérielle à l'AFP.

 

Le site internet se présente comme un «collectif d'organismes de médias indépendants», se «considère comme une sorte d'agence de presse» et se défend d'être «anti-flics».

 

On y trouve en tout cas des photos de policiers en civil, certains avec leur identité, affublées de commentaires.

 

Ainsi une photo de policier avec son nom, son service et une légende assurant que son tee-shirt est une marque «fétiche du néo-nazisme international».

 

Ce site s'inspire d'un concept né aux États-Unis dans les années 1980 afin de lutter contre les violences policières appelé copwatch, où des patrouilles de citoyens filment ou photographient les interventions policières qui sont ensuite diffusés sur internet.

 

«Mais dans ce concept, les images diffusées sont brutes, ce qui n'est pas le cas avec ce site», explique une source policière.

 

Par ailleurs, certains policiers, par leur fonction — comme ceux appartenant au RAID ou à la DNAT — sont protégés et divulguer leur identité «constitue une infraction pénale», a assuré une source proche de la direction de la Préfecture de Police de Paris.

 

«Dans la mesure où ils publient les identités et les photos de policiers en civil, et où ils dénigrent la fonction, ils sont passibles de poursuites pour diffamation et atteinte au droit à l'image», a expliqué à l'AFP l'avocate Anne-Laure Compoint.

 

Mais le fait de diffuser des photos de policiers sur la voie publique «n'est pas répréhensible», ajoute-t-elle, estimant qu'il existe «un flou juridique» sur cette question.

 

Leur presse (Agence Faut Payer), 22 décembre.

 

 

Pourquoi la police tente d'éloigner ses troupes des réseaux sociaux

 

Si la note diffusée cet été a été plutôt bien accueillie, des policiers du 95 ont récemment eu droit à une petite piqûre de rappel.

 

 

Le tract (ci-dessus) du syndicat de police Alliance est assez explicite : policiers, pour préserver votre vie privée, méfiez-vous des réseaux sociaux.

 

Diffusé en juin, il appelle les policiers «à la prudence et à la réserve» en cas d'utilisation de «ces réseaux de communication, newsgroups, blogs et autres sites Internet…» Et se fait l'écho d'une note interne diffusée le 3 juin par la direction générale de la police nationale (DGPN).

 

Intitulée «Rappel des consignes dans l'usage des réseaux sociaux», cette note rappelle aux policiers les «poursuites pénales et disciplinaires» qu’ils encourent sur les réseaux sociaux, surtout «LinkedIn, Viadeo, Copainsdavant ou Facebook».

 

Si ce document incite les policiers à maîtriser leur comportement, il va jusqu’à conseiller à certains de se tenir à distance des réseaux sociaux. Notamment ceux, habilités secret défense, qui ont accès à des «données classifiées». Pourquoi ? Car ils «s'exposent à des tentatives d'approche par des services de renseignement étrangers, ou des sociétés de renseignement privées agissant pour leur compte».

 

La DGPN, qui ne manque pas de rappeler que, sur la Toile, certains en disent trop sur leur vie privée, insiste aussi sur le fait que ces informations leur font courir le risque d’actions de malveillance telles que «menaces, chantages, représailles» ou d’usurpations d’identité, «très répandues sur le Web 2.0».

 

La substantifique moelle de cette note a été reprise, en septembre, par la DSPAP (direction de la sécurité de proximité de l'agglomération parisienne) dans une autre note plus générale sur la tenue et le comportement des policiers. Depuis, si le message semble plutôt bien passer auprès des policiers, la CSP (circonscription de sécurité publique) de Cergy, dans le Val-d'Oise, a tout de même jugé bon, récemment, de procéder à une petite piqûre de rappel.

 

Selon nos informations, dans une nouvelle note du 1er décembre, la CSP Cergy revient sur les risques encourus, et sur l'importance du respect du devoir de réserve des fonctionnaires.

 

Qu’est-ce qui a motivé la diffusion de cette note de juin ? Comment est-elle interprétée par les policiers ? Pour quelles raisons la CSP 95 a-t-elle décidé d’en remettre une couche ?

 

Le Post a interrogé plusieurs policiers et syndicats de police.

 

1. Pourquoi ces notes ?

 

Pour beaucoup, ces «consignes» ont été rappelées suite à des dérapages. «Ces notes font suite à des cas précis de personnes passées devant le conseil de discipline après avoir tenu des propos inconvenants ou indignes sur les réseaux sociaux», relate Mohamed Douhane, de Synergie Officiers.

 

Si la CSP 95 a tenu à diffuser une nouvelle note après celle de la DGPN, c’est en effet, selon nos informations, suite à une enquête disciplinaire après des propos tenus par un policier sur un réseau social. Ce qui faire dire à Ludovic Collignon, d'Alliance police 95, que ces notes ont aussi pour objectif «d’éviter des passages en conseil de discipline à certains collègues».

 

Attentifs sur le sujet, les syndicats de policiers prennent davantage ces notes comme d’utiles rappels. Denis Jacob d'Alliance n'y voit «aucune privation des libertés individuelles». Nicolas Comte, de Unité SGP Police-FO, pense «qu’on peut rappeler les questions de sécurité, mais on n'empêchera pas un policier de s'inscrire sur les réseaux sociaux, car ça relève de la liberté individuelle».

 

Bénédicte Desforges, lieutenant en disponibilité, écrivain et bloggeuse, définit la démarche de la DGPN comme «salutaire» car elle «appelle à la prudence et n'interdit rien». Elle résume son sentiment par cette formule : «Ça va sans dire, mais ça va mieux en le disant.»

 

Un autre policier y voit au contraire une façon de mieux canaliser les troupes. «La DGPN a peur qu'un ou plusieurs sites fédèrent des groupes de policiers qui pourraient agir ensuite en dehors des syndicats officiels qui sont, il faut bien le dire malgré des avancées obtenues, un peu muselés. (…) Le “tout va bien” officiel est battu en brèche par le vécu des collègues qui s'expriment.»

 

2. Un problème de sécurité ?

 

La plupart des policiers que nous avons contactés admettent qu'il est particulièrement risqué de diffuser trop d'informations personnelles. «Des collègues ont eu des soucis, des menaces de mort» confie l’un d’eux, faisant référence à des jeunes, connus des services, ayant «clairement identifié» des policiers sur Facebook. «On ne dit pas où on travaille, ni sur quoi. On ne sait pas comment les gens maîtrisent leur profil Facebook, ça peut aller très vite» poursuit Bénédicte Desforges.

 

«Je fais particulièrement attention aux informations que me je mets en ligne» nous dit un policier. Un autre : «Il faut reconnaître qu'il y a un danger pour les policiers à se faire identifier sur le Net, car certains délinquants peuvent être tentés de se venger en faisant pression sur le fonctionnaire ou, pire, sur sa famille…»

 

«J'ai pas mal de collègues qui sont sur Copainsdavant» explique un autre. Sur ce site, le groupe «police nationale» compte un petit millier de personnes. Les principales informations les concernant sont les suivantes : nom, prénom, âge, lieu de vie et profession, et, bien sûr, parcours scolaire et professionnel. Certains ont même choisi d'y publier leur photo. Une tendance plutôt marginale, à en croire Nicolas Comte, du syndicat SGP Unité Police : «Souvent, les collègues sont prudents et ne mettent pas de photos». Certains policiers sont plus exposés que d'autres. «C'est le cas des policiers de la BAC», glisse un fonctionnaire.

 

3. Ou plutôt d'image ?

 

À ce sujet, la note de la DGPN est claire : les informations diffusées et leurs conséquences peuvent «porter atteinte à l'image et à la réputation de leur auteur, et par extension à l'ensemble de la police nationale».

 

«Si je suis flic, j'ai un uniforme, et s'il y a une tache sur mon uniforme, ça salit tous les autres» approuve Bénédicte Desforges, qui compte une cinquantaine d'amis sur Facebook.

 

«On nous fait régulièrement état d'injures, outrages et diffamations publiées sur Facebook. Or, on sait que le droit à l'oubli n'existe pas…», confie Mohamed Douhane, du syndicat Synergie Officiers. Qui conseille : avant d'accepter quelqu'un «en ami» sur Facebook, il est «très important de s'assurer de la moralité et de la qualité réelles de la personne». Pourquoi ? «Le risque est que certains agents publient des commentaires susceptibles de porter atteinte à l'image de l'institution et au devoir de réserve et de confidentialité.» Par exemple ? «Des commentaires politiques contraires au devoir de neutralité qui incombe aux policiers.»

 

4. Et le devoir de réserve ?

 

Contrairement à la note de juin, la CSP de Cergy reprend textuellement l'article 11 du code de déontologie de la police nationale sur l’obligation de réserve, et rappelle que «tout manquement» à cet article sera sanctionné.

 

«Notre métier demande une forte discrétion, en particulier dans les services de renseignements ou d'intervention type RAID» note un policier. «Nous devons quand même respecter un principe de discrétion absolue» ajoute Bénédicte Desforges.

 

«Il y a, sur les réseaux sociaux, un vrai risque de violation du secret professionnel» pour Mohamed Douhane, de Synergie Officiers. Il pense notamment à ces fonctionnaires qui publient des photos d'eux en tenue et prévient : «Ces clichés peuvent être détournés, faire l'objet de montages, et se retrouver sur n'importe quel site.»

 

«Les réseaux sociaux ont fait exploser la notion de devoir de réserve» considère quant à lui Nicolas Comte, du syndicat SGP Unité Police. «Avant, c'était clair : soit on parlait en conversation privée, soit dans les médias. Les réseaux sociaux sont une nouvelle forme d'expression, plus compliquée à gérer.»

 

«C'est sûr qu'il y a des choses qu'on ne peut pas écrire» reconnaît Denis Jacob d'Alliance police.

 

5. Les réseaux sociaux, un «défouloir» ?

 

«Vu certains commentaires, ça peut» répond Ludovic Collignon d'Alliance police 95. «Sans doute» renchérit Bénédicte Desforges, qui déplore le comportement de certains qui «dérapent». Des exemples ? «Tous les propos qui portent atteinte à la déontologie policière : propos racistes, langage ordurier…»

 

Plusieurs policiers évoquent des propos portant préjudice à l'ensemble de la profession. S'agit-il de propos racistes ou extrémistes, comme nous l'avancent certains ? «Pas nécessairement» selon Ludovic Collignon, «Plutôt des propos excessifs au sens large : sur les quotas, le fonctionnement des services, la pression hiérarchique.» Un autre collègue pense que la DGPN «ne veut pas que l'on puisse dire que la police est raciste et xénophobe à cause d'une minorité de policiers d'extrême-droite qui n'hésitent pas à exprimer sur la toile des idées nauséabondes».

 

Pour le syndicat Alliance, beaucoup de policiers voient dans les réseaux sociaux une véritable «soupape» : «Confrontés quotidiennement à une pression hiérarchique insidieuse, à des violences récurrentes et, parfois, à cet isolement social induit par leur profession, nos collègues ont vraiment besoin d’exprimer leur “mal-être” pour évacuer ce qu’ils considèrent, à raison, comme une injustice permanente» peut-on notamment lire dans un communiqué publié fin novembre. Une façon de montrer aux syndicats «ce que pensent les fonctionnaires et de pouvoir y répondre au plus vite», admet Denis Jacob.

 

Contactée à plusieurs reprises par Le Post, la DGPN, via le SICOP (service d'information et de communication de la police nationale) nous renvoie finalement vers l'article 11 du code de déontologie de la police nationale sur le devoir de réserve et nous dit seulement que «cette note est un rappel du devoir de réserve, y compris sur les réseaux sociaux».

 

Leur presse (Céline Rastello, Le Post), 14 décembre.

 


Commenter cet article

Pierre 21/12/2010 19:52



Eux ont le droit de nous prendre en photo sous toutes les coutures (et pas qu'aux manifs : y'a des caméras partout maintenant), mais nous non !