Conseils en manif

Publié le par la Rédaction

Conseils en manifs car nous ne sommes pas des jouets de la répression

Éviter de venir seul.e. Former des petits groupes de deux ou trois (des gens qui se connaissent et qui ne se lâchent jamais pendant la manif).

Éviter d’amener agenda, carnet d’adresses, tracts ou autres papiers compromettants. De l’eau, de la bouffe, un foulard et des habits de rechange peuvent être utiles, ainsi que du sérum physiologique.

Avoir des chaussures adaptées (lacets noués) et éviter de porter des vêtements trop amples : ça gène pour courir, et ça donne des prises pour vous attraper. Noter (sur le bras par exemple) le nom ou le numéro d’un avocat, à prévenir en cas de garde à vue.

Rester au taquet, mobile et attentif.ve à l’«environnement», c’est-à-dire aux flics.


Plus on anticipe moins on stresse. Par exemple si on les voit commencer à charger ou à tirer des lacrymos, on peut s’y préparer. Ils se donnent souvent des signaux avant de nous attaquer : il faut capter ces signes pour réagir. On est souvent confrontés à deux types de keufs : les CRS (ou Gardes Mobiles) et la BAC.

Les premiers c’est le troupeau : lourdement armés, ils bloquent les accès, balancent lacrymos et grenades assourdissantes, mais peuvent aussi faire des arrestations.

Attention aux «civils» et à ceux-celles qui s’habillent en manifestants.

Surveiller la BAC. Eux c’est la petite meute très rapide, et très dangereuse. En civil (parfois avec un brassard orange) elle rôde, toujours prête à bondir. Ils sont sur les bords de manifs, ou cachés dans une ruelle. (Ils peuvent aussi surgir en voiture banalisée.) Ils sont assez repérables (cheveux courts, toujours en baskets), mais attention ils peuvent se masquer le visage et se faire passer pour des émeutiers, jusqu’au moment où … ils vous arrêtent. Ils ont souvent des gros habits gonflés (même en été) ou un sac à dos : dedans, ils cachent leurs armes favorites : Flash-ball, Taser, gazeuse, tonfa, et bien sûr, revolver.


Leur technique c’est la rapidité : ils se jettent en courant sur quelqu’un qui a été repéré. Contre ça, il faut surveiller leurs déplacements. S’ils courent, c’est qu’ils vont attaquer l’un ou l’une d’entre nous. Dans ce cas, si vous n’êtes pas seul et si vous en avez la force, vous pouvez tenter, de les gêner (en se mettant sur leur passage pour les ralentir, en criant l’alerte, en tenant la personne qu’ils essaient d’arrêter…).

Après, ça se joue collectivement : dix personnes qui se tiennent solidement ne se font pas enlever comme ça. Dans tous les cas, le groupe et la solidarité nous protègent.


En cas de gazage. Faut d’abord éviter les tirs. Ils sont souvent très localisés, il suffit de se décaler de quelques mètres sur le côté (pas la peine de remonter toute la manif en courant et d’affoler tout le monde).

Ensuite on peut tenter de couvrir les pastilles noires qui propagent le gaz (avec une poubelle), de les arroser d’eau, de les écraser (avec de bonnes chaussures) ou de les renvoyer (au pied ou avec des gants en cuir). Contre le gaz, respirer au travers d’un tissu imbibé d’eau. On peut aussi mettre du citron (mais certains disent que c’est nocif), du coca ou du Mallox (produit pour l’estomac, dispo en pharmacie). Les lacrymos collent à la peau et aux tissus, donc éviter de se toucher les yeux et les lèvres avec des mains ou des vêtements contaminés. Il faut se rincer la peau avec de l’eau. Pour les yeux, utiliser du sérum physiologique.


Ne pas se faire repérer. Les flics essaient de cibler les plus révoltés. Pour ça ils peuvent utiliser la vidéo-surveillance de la ville et du métro. Ensuite ils filment et prennent eux-mêmes des photos. Enfin ils s’infiltrent : les célèbres RG devenu depuis la Dcri.

On peut essayer de les repérer en début ou en fin de manif, quand ils discutent avec les autres keufs. Une fois repéré.e.s, faire tourner le mot pour les griller. Comme il en reste toujours et qu’ils tendent l’oreille, utiliser des pseudos pour s’appeler, donner un nom de code pour son groupe, à crier pour se retrouver si on se perd (dans le gaz par exemple). Contre le repérage, se masquer le visage. Même si «on n’a rien fait», le seul fait de participer et d’être pris en photo dans une manif «violente» pourra jouer contre vous. Se masquer libère une marge d’action, c’est pour ça que le pouvoir a sorti une loi «anti-cagoule», qui n’a pas encore eu d’application réelle. Toujours contre le repérage, il faut changer d’apparence, se changer.

Lutter contre la peur. La première arme de la police c’est la peur. Sirènes, fusées, grenades assourdissantes et intimidations orales sont avant tout des techniques de dissuasion. Rester le plus calme possible, même lors de mouvements de foule. Éviter de crier ou de courir inutilement (ça augmente le stress des autres). La peur est naturelle mais on peut apprendre à la canaliser. Un des meilleurs moyens est de rester avec sa bande : avec mes potes, je me sens en sécurité.

Une charge de police dépasse rarement 60 mètres, il est donc inutile de courir plus loin, il vaut mieux rester groupé.es et éviter de laisser des personnes isolées. On l’a dit, pour la BAC, l’individu isolé est un gibier, seul un groupe soudé est efficace.

En cas d’arrestation, demander à la personne de crier son nom et son adresse puis donner ces infos aux gens qui s’organisent contre la répression. Ça peut aider à trouver un bon avocat, et l’ami.e arrêté.e ou ses proches se sentiront moins seuls.


Si on est arrêté.e, crier son nom aux témoins, et tenter de rester calme en toutes circonstances. Gardons notre rage pour après la sortie car l’outrage et rébellion est l’arme judiciaire par excellence pour charger un dossier. Une fois dans leurs griffes, faire le mort, garder son calme, et attendre que les amis ou l’avocat se bougent.

En gard’av. La durée maximale d’un contrôle d’identité est de 4 heures ; une garde à vue peut durer 24 heures, prolongeable jusqu’à 48 heures, et 96 heures si vous êtes un dangereux terroriste ou un gros trafiquant. Insister pour rencontrer un avocat, demander à voir un médecin. Si cette demande (qui doit être écrite quelque part) n’est pas satisfaite, c’est un vice de procédure que vous pourrez utiliser pour annuler les poursuites contre vous. Et puis ça fait une occaz pour sortir de la cellule ; causer à quelqu’un, ça fait du bien. Si vous avez des bleus ou blessures, faites les noter précisément par le médecin, c’est important pour votre défense.

Porter plainte contre les représentants de l’ordre (pour coups et blessures) pourra, parfois, aider à s’en sortir.

L’interrogatoire. Malgré toutes les pressions des flics («Si tu coopères pas tu vas rester en taule !» ; «On a des photos qui prouvent que …» ; «Tes potes nous ont déjà dit que …»), ne JAMAIS croire les flics, même le gentil qui veut vous aider. En garde à vue, on n’a jamais rien à se reprocher ou à avouer, on est toujours innocent.e, on était qu’un.e simple manifestant.e parmi d’autres. Même si ça les énerve on a le droit de garder un silence complet et de ne rien signer. Répéter les mêmes phrases pour pas se faire avoir. Du genre : «Je parlerai pas tant que j’aurais pas vu un avocat.» Puis : «Mon avocat m’a dit de ne rien dire.»


Si tout le monde se tait, ils auront l’habitude et nous laisserons tranquilles. (Inutile de discuter politique avec les policiers, c’est souvent perdre de l’énergie ou se faire piéger par des discussions apparemment anodines.) Attention, les flics manipulent souvent les PV (procès-verbaux), il faut bien les relire avant de les signer. Ne pas hésiter à demander de modifier certains passages de sa déposition.

Le fichage génétique (ADN) est souvent exigé lors de la garde à vue. Refuser de donner son ADN constitue un délit (passible d’amende et de prison) mais dans les faits les poursuites ne sont pas systématiques, et les condamnations sont souvent légères (pas de prison ferme) quand le prévenu invoque un refus politique du fichage génétique et quand il est soutenu par des associations, des collectifs. Ils vont vous dire que c’est dans votre intérêt, que le juge vous trouvera plus sympathique si vous faites pas de manières avec ça, et qu’ils détruiront le prélèvement si vous êtes innocent, etc. Ne les écoutez pas, ils mentent purement et simplement. C’est beaucoup moins risqué de refuser, que d’être fiché ADN à vie… Et on s’organisera ensemble pour payer les amendes.

La comparution immédiate est faite pour nous juger vite et mal. Il vaut mieux demander son report pour préparer une défense solide (et changer d’avocat si le commis d’office est mauvais). Attention, demander un report de jugement peut déclencher une détention préventive, la prison en attendant votre procès. Plus on a de garanties de représentation (études, travail, domicile, témoignage de moralité qui disent que vous êtes quelqu’un de «bien», etc.), plus on a de chances d’être laissé.e libre jusqu’à la date du procès.

Après. Éviter de rentrer seul de manif, prendre un moment pour en discuter ensemble … et revenir plus forts à la prochaine !

Des manifestant-es volontaires
Indymedia Nantes, 26 février 2010.

Paris, mai 1968

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