Comparutions immédiates aujourd'hui à Poitiers

Publié le par la Rédaction

Comparutions immédiates !

Cet après-midi, 7 personnes passent en comparution immédiate au palais de justice de Poitiers, nous appelons donc au plus large soutien envers ces personnes qui risquent d’être les victimes de la tournure médiatique et politique de cette affaire !

Nous n’avons aucune envie de répondre à l’ensemble des commentaires fascisants postés sur ce blog, toutefois nous tenons à préciser à tous les illuminés qui ne comprennent pas pourquoi nous soutenons les gens interpellés tout en étant en désaccord avec les pratiques utilisées : NOUS SOMMES UN COLLECTIF ANTICARCÉRAL, nous luttons donc contre la logique d’enfermement et plus globalement contre l’idéologie de punition et de traitement de la déviance par l’État et la bourgeoisie. À partir de cela il semble évident que nous soutenons les personnes interpellées !

Ces personnes ont besoin de soutien !!
Rendez-vous cet après-midi à partir de 14h au palais de justice !!!
La solidarité est notre meilleure arme !!!




Huit personnes en garde à vue après les violences de Poitiers


Huit des 18 personnes interpellées samedi à Poitiers (Vienne) à la suite d’actes de vandalisme commis lors d’une manifestation étaient toujours en garde à vue lundi matin, apprend-on de source policière.

Sept de ces huit personnes doivent passer en comparution immédiate lundi dans l’après-midi, moment où le ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux doit se rendre sur place, et le cas de la huitième était toujours en cours d’examen lundi matin.

Les autres ont été relâchées sans faire l’objet de poursuites, d’après le parquet de Poitiers.

Trois des personnes renvoyées devant le tribunal sont poursuivies pour coups et blessures avec arme sur agent de la force publique, deux pour détention et transport d’artifices non détonants, d’autres pour dégradation de biens publics par des moyens dangereux lors de cette manifestation. (…)

Leur presse (Reuters), 12 octobre.


Violences à Poitiers : huit ou neuf comparutions immédiates

Huit voire neuf personnes doivent passer en comparution immédiate au tribunal correctionnel de Poitiers, cet après-midi, après les violences de samedi.

Il s’agit essentiellement de Poitevins, indique le parquet de Poitiers. Parmi les personnes mises en cause, figure aussi un Tourangeau et une personne originaire de Carcassonne. Les personnes qui sont jugées cet après-midi sont poursuivies pour trois types de faits : violences avec arme sur agence de la force publique sans ITT, détention d’artifice non détonant et dégradations de biens publics.

Au total, dix-huit personnes ont été arrêtées par les forces de l’ordre, dont une ce matin.

Leur presse (maville.com), 12 octobre.



Les deux copines de la FA Poitiers, qui avaient été arrêtées au 23 au milieu d’autres personnes sont ENFIN sorties. Pour l’instant, des refus d’ADN avec procès à venir dans les mois prochains.
Forum anarchiste, 11 octobre - 19h23.


Aux dernières nouvelles :

Un personne liberée. Cette personne avait entrepris de filmer la prison avant la manif. Pas de chance les flics sont tombés dessus. Re-manque de chance : il avait un Opinel dans le fond de son sac. Grossière erreur. Une nuit au poste.

Une personne liberée car mineure. Pas d’autres nouvelles.

Le reste c’est prolongé mais y a des chances que ça soit du bluff. même en cas de comparution immédiate au moins trois personnes ont de très grandes chances d’être acquittées (les trois sont accusés de «jets de projectiles», alors qu’ils se sont barrés au moment où ça a commencé à chauffer, y a plein de témoins). (…)

Classe contre classe, 11 octobre - 19h40.


(…) Côté répression, oui c’est la galère, sur les 18 il y en a 6 de déjà sortis mais le reste ont vu leurs GAV se faire prolonger de 24 heures ! Parmis eux une fille de 14 ans qui vient d’être placée en foyer, les flics n’arrivant pas à joindre ses parents (elle a aussi refusé de donner son ADN !). La majorité sont de Poitiers mais quelques militants d’autres villes sont aussi en GAV. (…)
Forum anarchiste, 11 octobre - 23h23.


Très mauvaise nouvelle. Les flics foutent une pression d’enfer sur les gardés à vu. Un copain vient d’avouer des faits qu’il n’avait pas commis (jet de projectiles). C’est la merde !
Classe contre classe, 12 octobre - 8h23.



Guérilla urbaine à Poitiers : qui étaient les «manifestants» ?

Deux cent cinquante cagoules et pas un visage. Pourtant derrière cette violence, il y avait des hommes et des femmes. Qui sont-ils ? Dix sept suspects ont été interpellés dont certains en flagrant délit. Des hommes de 20 à 25 ans et un plus âgé. Les deux tiers sont poitevins et connus pour leur engagement à l’«ultra-gauche», le terme utilisé notamment par les autorités. Les autres viennent de Rennes, Toulouse, la Dordogne et il y a un Gallois qui aurait participé à plusieurs manifestations altermondialistes.

Parmi les «locaux», certains font partie du Collectif contre la prison de Vivonne qui dit regrouper des «individus qui s’opposent à la nouvelle prison de Vivonne et plus largement à la logique carcérale mise en place par l’État français». Ce collectif a appelé à la «manifestation anticarcérale» autrement nommée «rassemblement festif» de samedi. Des débats autour des «luttes anticarcérales» et des concerts étaient également prévus dans un local qui accueille le Collectif 23, connu pour ses positions anarchistes et anticapitalistes notamment, mais qui a nié hier «toute implication» avec les événements de samedi. Le Collectif contre la prison de Vivonne avait annoncé son action sur Internet, notamment par des textes et des tracts. Plusieurs blogs de la mouvance anarchiste avaient relayé la manifestation.


«L’enquête utilisera tous les moyens d’investigation en sa possession», indiquait hier Pierre Sennes, le procureur, qui n’exclut rien dans les suites pénales, comparutions immédiates, information judiciaire… Des vidéos dont certaines étaient largement diffusées sur Internet dès samedi soir, des photos seront sans doute exploitées. Hier soir, neuf gardes à vue devaient être prolongées.

Leur presse (Charente libre), 12 octobre.



Poitiers sest transformé en champ de bataille

Sous prétexte d’une manifestation anti-carcérale, près de 250 casseurs ont semé la panique en centre-ville, samedi après-midi.

Nous savions qu’une manifestation contre le déménagement des prisonniers de la prison de la Pierre-Levée à celle de Vivonne était prévue samedi après-midi, déclare Bernard Tomasini, préfet de la Vienne et de la région Poitou-Charentes. «Mais nous ne pouvions pas imaginer que ce mouvement allait dégénérer, que des “ultras” profiteraient lâchement du festival “Les Expressifs” pour casser.»

À 16h30, samedi, une soixantaine d’individus connus des services de police se sont retrouvés derrière l’hôtel de Ville. «Vingt-quatre policiers étaient présents pour encadrer la manifestation», explique Jean-François Papineau, directeur départemental de la sécurité publique (DDSP). Mais soudain, des hommes masqués avec des sacs sur le dos sont arrivés des rues adjacentes. Là, les forces de l’ordre ont compris que le mouvement risquait d’être plus violent que prévu. «Le commissariat a été immédiatement prévenu pour que des hommes supplémentaires interviennent», confie Jean-François Papineau.

Vers 17h30, le cortège a pris la rue Jean-Jaurès pour déboucher au niveau du Pont-Neuf. «Il était 17h40, quand ils ont commencé à taguer, à lancer des feux de Bengale.» Puis les quelque 250 hommes ont formé un «regroupement compact». «Ils ont semblé hésiter entre continuer sur le faubourg du Pont-Neuf pour aller à la prison de la Pierre-Levée et faire demi-tour.» Ils ont finalement rebroussé chemin en s’en prenant violemment aux policiers en queue de cortège. «Des fusées, des pierres, des feux de détresse, des marteaux et des burins ont été jetés. Les vitres d’un véhicule de police ont été brisées.»

«Il est désormais clair que les casseurs n’avaient pas l’intention de se rendre à la prison, précise Bernard Tomasini. Le défilé avait pour objectif d’éloigner les forces de l’ordre du centre-ville.»


«Professionnels de laction violente»

Les émeutiers ont alors remonté la rue Jean-Jaurès. Apercevant, les policiers qui les attendaient au niveau des Cordeliers, ils ont rejoint la rue de la Cathédrale pour arriver rue du Marché et enfin place Notre-Dame. «Ils marchaient rapidement en rangs serrés et protégés devant et derrière par de grandes bâches noires, continue Jean-François Papineau. Là, ils se sont mis à casser les devantures de banques, d’agences de téléphonie mobile, d’assurances, mais pas seulement.»

Si à ce moment-là, entre cinquante et soixante policiers étaient présents, il leur était difficile d’intervenir car il y avait énormément de monde dans la rue. «Ils ont jeté trois grenades lacrymogènes, mais ils ne pouvaient pas faire davantage. Il y avait des enfants, des personnes âgées…»

À 18h05, les casseurs se sont dispersés ôtant leurs masques, se débarrassant de leurs sacs, de tout ce qui aurait pu permettre de les identifier.

Au total, dix-huit personnes ont été interpellées, certaines pendant le déferlement de violence, d’autres dans la soirée, voire la nuit. Trois interpellations ont notamment eu lieu lors d’un concert qui se déroulait au 23, route de Paris.

«On sait peu de chose sur ces activistes dont les deux tiers ne sont pas de Poitiers. Mais il s’agit de professionnels de l’action violente et clandestine.» Ils avaient tout l’attirail du «parfait» casseur : lunettes de plongée, masque à gaz, gants, vêtements sombres, bâtons, projectiles divers. Ils ont même distribué des tracts indiquant comment réagir en cas de garde à vue. Dans la soirée, des sacs à dos contenant des habits propres et une cache d’armes ont même été retrouvés dans les alentours du parking Charles-de-Gaulle.

Deux policiers ont été blessés au cours du mouvement et un salarié de Bouygues Télécom a été transféré aux urgences. «Je l’ai eu téléphone, il va bien», précise Alain Claeys, maire de Poitiers.

Samedi soir, un périmètre de sécurité a été établi dans les environs de la place Notre-Dame. «Les lieux sont gérés comme une véritable scène de crime pour relever des indices.»

Leur presse (Caroline Éluard, La Nouvelle République), 12 octobre.



De Poitiers à Paris, les méthodes et l’organisation des groupes autonomes

Les «autonomes» refont parler d’eux. Samedi 10 octobre, à Poitiers, des manifestants cagoulés, masqués, disposant de matériels divers préalablement dissimulés sur leur itinéraire ont commis des actes de violence et de vandalisme dans le centre-ville. Ils s’étaient rassemblés à l’occasion d’un défilé de protestation contre l’ouverture de la nouvelle prison de Vivonne alors que se tenait en parallèle un festival d’arts de la rue. Quatre mois plus tôt, à Paris, le 21 juin, jour de la Fête de la musique, des petits groupes identiques avaient pris pour cible le siège de l’administration pénitentiaire et jalonné leur trajet de caches pour leurs projectiles.

Dans les deux cas, la préparation et les méthodes employées sont les mêmes. À Poitiers comme à Paris, ces groupes d’autonomes ont joué la stratégie du «coucou» : ils se servent du cadre d’une manifestation, un jour d’événement festif. Un cadre qui permet d’utiliser masques et cagoules, parfois sur le mode carnavalesque.

«Il y avait énormément de monde en ville, tout d’un coup, ils ont sortis leurs masques au milieu de la foule et sont partis en direction de la prison», raconte la directrice de cabinet du préfet de la Vienne, Anne Frackowiack.

À Paris, des touristes japonaises s’y étaient laissées prendre, en puisant dans la «caisse aux déguisements» déposée sur le sol au départ de la manifestation…

Deuxième point commun : les caches. À Poitiers, des fumigènes et des masses avaient été stockés sur le parcours. De la même façon, à Paris, les policiers avaient découvert, après coup, que l’église Saint-Merri (4e arrondissement) avait abrité un petit arsenal : boules de pétanque, carreaux de plâtre découpés et six mortiers de feux d’artifice.

Enfin quand les groupes s’ébranlent, ils ont revêtu des vêtements noirs (sweats à capuche, bonnets…), qu’ils abandonnent sur place au moment de la dispersion.


«On n’a rien vu venir»

Une quinzaine de personnes avaient été interpellées à Paris, après que le siège de l’administration pénitentiaire et un bout de la façade en verre du centre Georges-Pompidou avaient été endommagés. Dix-huit l’ont été à Poitiers où des vitrines de banques et de Bouygues Telecom — dont la maison mère est le constructeur de la nouvelle prison — ont été particulièrement visées.

«On n’a rien vu venir, affirme un responsable policier. Poitiers a été organisé de façon clandestine.» Plusieurs sites Internet avaient évoqué la manifestation organisée par le collectif contre la prison de Vivonne, située au sud de Poitiers. Sur l’un d’entre eux, familier aux autonomes, des internautes s’interrogeaient sur l’opportunité de prévoir une manifestation festive sur le thème de la situation carcérale. Un internaute s’était invité dans le débat, maniant le sous-entendu : «La fête, ça peut vouloir dire plein de trucs…»

Les incidents de Poitiers ont avivé un débat en cours depuis plusieurs mois au sein de la mouvance dite «ultra-gauche» sur la pertinence de telles actions. «Des groupes de militants, ceux que nous appelons “hors-sol”, ont, de fait, pris le contrôle de la manifestation qui regroupait environ 300 personnes, imprimant leurs décisions, leur rythme, leur manière d’agir et leurs fantasmes à l’ensemble», écrit l’Organisation communiste libertaire (OCL), acteur historique de l’autonomie dans les années 1970, dans un communiqué rédigé par ses militants poitevins.

«A disparu alors, poursuit l’OCL, tout souci d’expliquer le pourquoi de cette manifestation — pas de tract clair, pas de slogan lancé, des banderoles vides de toutes inscriptions ! Or, quand de tels messages sont absents, ils ne reste plus que celui des vitrines brisées comme but en soi (…). Ce n’est pas la première fois que cela se produit et il est urgent que les pendules soient remises à l’heure.»

En écho, sur le site alternatif Indymedia, un membre du collectif de Vivonne protestait : «La manif c’était de la connerie pure, les gens ne comprenaient même pas qui nous étions».

Leur presse (Isabelle Mandraud & Caroline Monnot, Le Monde), 12 octobre.



Éclaircissements récents sur l’impossibilité de quelques affinités

Si nous prenons ici l’exemple de la manifestation contre la nouvelle prison de Vivonne à Poitiers (ou plutôt contre le transfert de ses nouveaux détenus), ce n’est pas que celui-ci soit particulièrement emblématique ni parce qu’il fait couler tant de boue parmi les habituels chieurs d’encre militants et/ou journalistes ; il y a juste ce petit quelque chose qui vous fait prendre la plume à des instants où la connerie semble vouloir concurrencer l’espace-temps, et c’est bien le cas peu après cette manifestation, et sans même avoir besoin de mentionner le tourbillon médiatico-policier qui l’enserre.

Bris de vitrines de banques, de commerces, de locaux journalistiques, de magasins Bouygues (entreprise participant à la construction des prisons) et d’autres collabos, tags dans tout le centre ville, et notamment contre des monuments religieux, des magasins, affrontements avec les flics etc. Bref, le classique d’une manif qui, si elle n’offrait que peu de contenu, n’aura pas servi à rien d’autre qu’à balader son chien.


Si l’appel à cette manifestation était loin de pouvoir convaincre des sensibilités anarchistes de rupture (notamment avec le gauchisme), et si l’aspect spectaculaire qui ne cesse d’enjoliver cette tendance actuelle du gauchisme radical (et politique) à suivre des maîtres à penser (quelques livres à la mode), voire des maîtres tout court (comme les Partis, mêmes imaginaires) était si présent dans l’esthétisme qui auréolait cette journée anti-carcérale, ou encore si les bases de cette lutte, qui mettra en avant les aspects les plus superficiels de l’univers carcéral [l’affiche d’appel à cette manifestation «festive» faisait le choix étonnant, par exemple, de souligner que l’on réveillait les détenus bien trop tôt en cas de transfert…] plutôt que l’administration pénitentiaire de nos vies elles-mêmes ; il nous importe quand bien même de défendre la destruction des outils de la domination (peu importe l’échelle de cette destruction) en ce qu’elle dépasse largement les cadres symboliques et spectaculaires pour contribuer par de réels dégâts physiques et matériels à la guerre sociale.


C’est que souvent, le dégât matériel est méprisé par le militant moyen, qui pense lui, que seule la conscientisation des «masses» peut venir à bout de ce monde, et que donc il faut l’attendre pour agir. Il faudrait, pour que ce dégât porté à l’ennemi soit moralement approuvé, qu’il lui soit infligé par tous les exploités, et au même instant T. Ce qui équivaut, à la lumière du passé, à ne porter aucun dommage au système, à attendre et à crever en n’ayant rien été d’autre que le spectateur pacifié de sa propre vie. Et ils sont nombreux, par exemple, les anarcho-flics, ces éternels commentateurs, à nous délivrer leurs messages de paix tandis que nos cœurs bouillonnent vers la guerre. L’apocalypse qu’ils nous promettent n’est d’ailleurs pas sans rappeler celle que nous promettent les nouveaux leaders philosophiques du gauchisme tacticien post-gauchiste, à la seule différence comptable que celle-ci viendrait plus tard que l’autre. Par ailleurs, comme l’avaient fait remarquer quelques compagnons italiens préoccupés par les tournures tacticiennes et politiciennes de la défense des inculpés de Tarnac et notamment des comités de soutien, «l’insurrection qui vient ne lit pas Libé», il est temps de rajouter que l’insurrection qui vient ne lit pas non plus Linsurrection qui vient, ni d’ailleurs les communiqués officiels des organisations politiques.


La «section Poitou» de l’Organisation Communiste Libertaire (OCL) s’indigne du déroulement de cette petite manifestation dans son communiqué nommé avec ce gout de la phrase qu’ont ceux qui veulent rentrer dans les musées : Il n’y a pas eu plus d’émeute à Poitiers le 10 octobre que de socialisme en France en mai 1981. Ils nous expliquent du haut de leur sagesse d’anciens (il semble devenir de plus en plus difficile de ne pas imaginer de longues barbes blanches à nos sages libertaires), ce qu’est lémeute, la vraie. «Une émeute, c’est, rappelons-le, un soulèvement populaire mis en œuvre par une partie importante et significative de la population dans un espace politique donné.» Celle-ci est très jolie, nous vous l’accordons, elle contient en elle tout ce que la politique et le démocratisme ont gangréné du cadavre encore chaud de la révolte des résignés. Populaire, populaire… cet adjectif singulier invariant en genre qui fut si longtemps l’apanage des maoïstes et des léninistes, qui le sera encore et toujours des franges les plus réactionnaires et fascistes du spectre de la politique, peut prendre plusieurs sens, tous complémentaires : issu du peuple, appartenant au peuple, destiné au peuple, très connu et apprécié du plus grand nombre, et donc du peuple. Nous ne reviendrons pas encore sur la notion de peuple, qui ne finira jamais de provoquer notre colère contre toute forme de négation de l’individu, qu’elle soit nationaliste, patriotique ou démocratique. Nous espérons aussi ne pas avoir à revenir sur la politique et ses mécanismes de représentation, de séparation, de médiation et de respectabilité. C’est que pour l’OCL du Poitou, l’heure n’est pas à l’attaque et à la destruction de toutes les prisons, il y aurait à régler en premier lieu quelques questions «cruciales» à leurs yeux, assez cruciales en tout cas pour devenir de bons prétextes à la passivité active qui les caractérisent : «Quel sens donner à l’abolitionnisme ? Quelle population croupit dans les prisons ? Dans une société “libertaire”, quel sens aura la déviance ?» ; et pour clôturer le joyeux bal du statu quo social : «faudra-t-il ou non “punir”, pourquoi, comment ?» Le «Pourquoi» et le «Comment» étant déjà la réponse à la question «faudra-t-il punir ?» Pas besoin de revenir non plus sur les éternelles théories du complot des anarchistes organisés et des trotskistes sur la main de l’État derrière chaque offensive contre ses infrastructures ou celles du Capital («[…] les événements décrits succinctement plus haut — qui, répétons-le, ne furent en rien une émeute, et dont la responsabilité revient essentiellement aux forces de l’ordre»). En bref, nous pouvons remercier l’OCL-Poitou pour son expertise révolutionnaire.


«On parle toujours de la violence du fleuve, jamais de celle des rives qui l’enserrent.»

Mais au-delà de cette anecdotique organisation permanente à la prétention de représenter autre chose qu’elle même, on a tous pu entendre ici ou là les fonctionnaires de la pacification sociale habillés en révolutionnaires pointer leurs sales gueules, comme toujours. À travestir ce que nous vivons comme des contributions à la création autonome de nos vies, à la libération d’espaces de créativité sociaux comme individuels en un spectacle morbide, au nihilisme, à l’action de sombres desperados romantiques, à une violence aussi systématisée que la non-violence systématisée (le pacifisme) de certains d’entre-eux. Si il serait justifié de pointer du doigt les mécanismes activistes derrières ces rassemblements sans contenu (ou trop peu), rassembleurs, et qui sous prétexte de vouloir parler à un maximum de gens (on en revient à l’adjectif populaire) devront nécessairement passer par les plus petits dénominateurs communs, cette même logique manipulatoire propre à l’intégration des réflexes démocratiques et du catéchisme des foules (qui ont toujours raison) ; il convient toutefois de rappeler aux politiciens et autres «grands-frères» bien intentionnés, que lorsque qu’éclate notre rage, tout ce qui nous oppresse et se trouve sur notre route à un moment donné mérite de subir nos foudres, qu’il soit vêtu de bleu ou de tracts, et que nous ne tolérons pas les arbitres.


Le Collectif Contre la Prison de Vivonne, de qui serait venue l’initiative de cette manif (dans le cadre d’une «journée anti-carcérale») se fend, lui, d’un communiqué, le jour d’après, pour y affirmer «que les pratiques utilisées ne correspondaient pas à leurs attentes et qu’un bilan de la stratégie politique émanera de ces événements», tout cela avant d’agiter l’éternel spectre de l’état d’exception, des méthodes policières pourtant si banales (arrestations, fichage, contrôles d’identité…), mais qui seraient «dignes d’une ère ancienne»… Tout cela pour finir par demander la libération des manifestants encore en garde à vue. Autant de choses qui de notre côté ne peuvent résonner qu’autrement, puisqu’il y aurait à se dissocier de tout sauf des pratiques ici remises en question dans ce communiqué défaitiste. Mais le non-sens guette toujours l’avidité de reconnaissance des autorités et de la normalité.

Nous n’étions pas à Poitiers le 10 octobre 2009 parce que nous nous méfions de la forme sans fond et des logiques (ré)activistes, nous ne serons jamais aux côtés de ceux qui assument l’autoritarisme de la condamnation des actes de révoltes, des arbitres politiques qui départagent les bonnes émeutes anti-autoritaires des mauvaises.

Au plaisir de détruire ce qui nous détruit, ailleurs, sans attendre et tout le temps.

Quelques anarchistes précipités, le 11 octobre
Non fides, journal anarchiste apériodique.



Communiqué d’information concernant les évènements du 10 octobre 2009

Étant une structure de création et d
’accueil culturel et artistique, nous avons été contactés il y a un mois par le Collectif Contre la Prison de Vivonne. Ils nous demandaient d’offrir un espace d’expression autour des questions que soulevaient l’ouverture de la prison. L’organisation de cette journée répondait à ce que nous souhaitons faire de ce lieu, un espace de débats, de dialogues et de création. C’est pourquoi, nous avons accepté le projet et accueilli le collectif. Nous ne sommes en aucun cas responsable de l’organisation de la manifestation et de ce qui s’y est produit. Notre rôle durant cette journée fut d’ouvrir le lieu, d’accueillir les participants et de veiller au bon déroulement de la journée au sein du bâtiment. Par ailleurs cette journée s’est déroulée sans aucun heurt. Nous tenons à signaler qu’aucune préparation à la manifestation et aux évènements de l’après-midi, sous quelque forme que ce soit, ne s’est déroulée au 23. Le numéro 23 n’a pas été un point de départ de la manifestation, ni son lieu de rapatriement. Si certains manifestants s’y sont retrouvés, c’était pour assister aux concerts programmés. Nous avons été abasourdis par l’intervention de la police dans nos locaux et nous espérons, par ce communiqué, avoir dissipé tout amalgame.

Le collectif 23, 11 octobre.

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