Comment gagner sur les retraites ? Des pro­po­si­tions liber­tai­res

Publié le par la Rédaction

Retraite : c’est un peu plus de nos vies qu’ils nous volent !

 

La casse actuelle des retrai­tes est une étape sup­plé­men­taire dans l’offen­sive que mène la bourgeoi­sie pour s’appro­prier une part tou­jours plus impor­tante des riches­ses que nous produisons, une part tou­jours plus impor­tante de nos vies, nous rédui­sant à l’état de marchandise.

 

La bour­geoi­sie s’appro­prie chaque jour une part de notre vie, mais aussi des riches­ses que nous pro­dui­sons. Le rap­port sala­rial est un rap­port d’exploi­ta­tion, le vol légal d’une partie de la richesse sociale créée par les tra­vailleu­ses et les tra­vailleurs. Ce que le sys­tème capi­ta­liste appelle le profit, qu’il légi­time au nom de la pro­priété privée, c’est un racket orga­nisé de notre tra­vail, de notre temps de vie, de nos corps.

 

Accidents du tra­vail, mala­dies pro­fes­sion­nel­les, nos corps s’usent au quo­ti­dien dans le tra­vail sala­rié !

 

Les luttes ouvriè­res et les luttes popu­lai­res ont permis, par le rap­port de force, de faire recu­ler la pré­ca­rité capi­ta­liste, en arra­chant au patro­nat et aux action­nai­res une partie de ce qu’ils nous volent. C’est ce que n’a jamais accepté la bour­geoi­sie, qui n’a eu de cesse de vou­loir se réapproprier cette partie des riches­ses socia­li­sées dans la sécu­rité sociale.

 

L’État au cœur de l’offen­sive bour­geoise contre les retrai­tes

 

Pour cela, elle a trouvé un allié dans l’État, qui s’en est d’abord pris à la ges­tion ouvrière des cais­ses mala­dies et retrai­tes, a ins­tallé la coges­tion, puis l’étatisation, pour ensuite liqui­der progres­si­ve­ment cet embryon de socia­li­sa­tion qu’est le sys­tème par répar­ti­tion. À l’aide des exoné­ra­tions de coti­sa­tions patro­na­les, l’État a créé arti­fi­ciel­le­ment un trou, comme les capitalistes savent orga­ni­ser arti­fi­ciel­le­ment la faillite des boîtes dont ils sou­hai­tent se débarrasser. En orga­ni­sant le défi­cit, il a pu ainsi s’atta­quer au sys­tème de retraite, d’abord en sub­sti­tuant au finan­ce­ment patro­nal un finan­ce­ment par les sala­riés (par les coti­sa­tions socia­les et les impôts), puis en dimi­nuant les pen­sions, notam­ment au moyen de l’aug­men­ta­tion des annuités et de l’âge de départ à taux plein. Il uti­lise également le report de l’âge de départ pour accen­tuer la durée d’exploi­ta­tion des indi­vi­dus.

 

Les res­pon­sa­bi­lités de la gauche

 

Cette poli­ti­que de démo­li­tion a été amor­cée par la gauche avec le livre Blanc sur les retrai­tes du gou­ver­ne­ment Rocard, en 1991, puis pour­suivi par la droite en plu­sieurs étapes. L’alter­nance politi­cienne a permis de ryth­mer cette démo­li­tion en fonc­tion de l’inten­sité de la résis­tance sociale, tout en fai­sant croire à un consen­sus poli­ti­que autour du pré­ten­du «pro­blème démographi­que» qui ren­drait selon les poli­ti­ciens la réforme iné­vi­ta­ble. La gauche s’est fait comme la droite le relais des inté­rêts de la bour­geoi­sie, le pré­texte démo­gra­phi­que pré­sen­tant le rap­port capi­ta­liste d’exploi­ta­tion comme indé­pas­sa­ble, et évitant soi­gneu­se­ment de poser la ques­tion de l’appro­pria­tion des riches­ses par le patro­nat, consi­dé­rée comme légi­time et indé­pas­sa­ble.

 

Un vol orga­nisé pour­tant consi­déré comme légal par l’État et le capi­ta­lisme

 

Il est pos­si­ble pour toutes et tous de tra­vailler moins long­temps, moins péni­ble­ment et de vivre mieux : mais pour cela, il faut refu­ser l’idée que le profit est légi­time et remet­tre en cause le système capi­ta­liste et l’État. Il faut taper dans les cais­ses du patro­nat.

 

Car ce n’est pas parce qu’il est légal que ce racket orga­nisé par la classe bour­geoise et l’État est légi­time et accep­ta­ble. C’est en affir­mant le refus d’accep­ter un ordre social capi­ta­liste fondé sur l’exploi­ta­tion que le mou­ve­ment ouvrier a pu arra­cher au patro­nat et aux action­nai­res une partie des riches­ses qu’ils s’appro­prient (aug­men­ta­tion des salai­res, baisse du temps de tra­vail, sécu), alors même qu’elles sont créées par les tra­vailleu­ses et tra­vailleurs. Dans cet esprit, nous devons nous battre contre la casse des retrai­tes parce que nous refu­sons que le fruit de notre tra­vail soit appro­prié tou­jours plus par la bour­geoi­sie. Parce que nous refu­sons que notre vie nous soit tou­jours plus volée pour le profit de la classe capi­ta­liste.

 

Cela sup­pose de cons­truire un rap­port de force face à la bour­geoi­sie et au patro­nat, par l’extension et la géné­ra­li­sa­tion de la grève, en blo­quant la pro­duc­tion et les échanges, en tapant là ou ça fait mal, en affir­mant qu’une alter­na­tive à l’exploi­ta­tion capi­ta­liste et à la domi­na­tion étatique est pos­si­ble.

 

Parce que nous savons que tant que sub­sis­tera le sys­tème capi­ta­liste et étatique, ce que la bour­geoi­sie nous concède d’une main devant la lutte, elle ten­tera de la repren­dre de l’autre dès que pos­si­ble : c’est ce que mon­trent les atta­ques inces­san­tes contre nos condi­tions de vies et de tra­vail, contre tout ce qui a été arra­ché de haute lutte à la bour­geoi­sie.

 

Comment gagner ? Des pro­po­si­tions liber­tai­res

➡ En cons­trui­sant un mou­ve­ment de grève inter­pro­fes­sion­nel, dans la durée, qui stoppe la produc­tion et la dis­tri­bu­tion et donc agisse direc­te­ment sur l’État et le patro­nat. Les jour­nées de grève de 24 heures sont à cet égard inef­fi­caces : les exem­ples de la Guadeloupe, de novem­bre-décem­bre 95, de 1968 et de bien d’autres luttes nous le démon­trent. 
➡ Pour cela, il faut nous orga­ni­ser par nous-mêmes, car les bureau­cra­ties syn­di­ca­les font tout pour garder les luttes sous contrôle, en iso­lant les sec­teurs pro­fes­sion­nels, les boîtes entre elles… Dans nos sec­tions syn­di­ca­les, sur nos lieux de tra­vail, il nous faut dis­cu­ter avec nos col­lè­gues, orga­ni­ser la grève au moyens d’assem­blées géné­ra­les, du man­da­te­ment contrô­la­ble et révo­ca­ble. 
➡ C’est en mili­tant toutes et tous pour la grève, et non pas en délé­guant à des repré­sen­tants ou des per­ma­nents, que nous pour­rons l’élargir. 
➡ Pour étendre la grève, il nous faut sortir de nos ser­vi­ces, nos ate­liers, nos lieux de tra­vail, aller dans les boiîtes alen­tours pour dis­cu­ter avec les autres tra­vailleu­ses et tra­vailleurs, et essayer de les convain­cre de rejoin­dre le mou­ve­ment. 
➡ Pour faire durer la grève, il faut orga­ni­ser la soli­da­rité finan­cière : col­lec­tes, cais­ses de grève, soli­da­rité avec nos col­lè­gues les plus pré­cai­res. 
➡ Pour rendre la grève effi­cace, il faut blo­quer col­lec­ti­ve­ment la pro­duc­tion (par exem­ple au moyen de piquets de grève…), mais aussi le trans­port des mar­chan­di­ses. Cela sup­pose de s’organi­ser col­lec­ti­ve­ment pour mini­mi­ser les pos­si­bi­li­tés de répres­sion.

 

Notre projet

 

Le seul moyen de pou­voir dépas­ser cette situa­tion d’exploi­ta­tion, d’appau­vris­se­ment et d’aliénation que nous subis­sons, est de déve­lop­per la soli­da­rité et l’entraide dans les luttes et dans nos quo­ti­diens en vue d’une société fondée sur l’égalité économique et sociale et la liberté.

 

Contrairement aux idées reçues, l’anar­chisme n’est pas une désor­ga­ni­sa­tion des­truc­trice et chaoti­que de la société, mais au contraire sa réor­ga­ni­sa­tion sur la base de la démo­cra­tie directe et du fédé­ra­lisme, pour sortir de l’impasse du capi­ta­lisme et de l’État et de toutes les formes d’exploi­ta­tion.

 

Nous défen­dons la pers­pec­tive d’une société gérée direc­te­ment par les tra­vailleu­ses et les travailleurs, fondée sur la pro­priété com­mune des moyens de pro­duc­tion, afin d’éviter toute appro­pria­tion du pou­voir, des riches­ses et de nos vies par une mino­rité domi­nante.

 

Pour ce faire nous pro­po­sons une orga­ni­sa­tion auto­ges­tion­naire géné­ra­li­sée, fédé­ra­liste, fondée sur une appro­pria­tion par toutes et tous et une mise en commun des moyens de pro­duc­tions et des riches­ses que nous pro­dui­sons, sans hié­rar­chie et de façon égalitaire. Des assem­blées généra­les dans les quar­tiers, les com­mu­nes et les entre­pri­ses, qui dési­gnent des per­son­nes porteu­ses d’un mandat précis, contrôlé et révo­ca­ble, de l’échelle locale à l’échelle inter­na­tio­nale. C’est ce que nous appe­lons le com­mu­nisme liber­taire.

 

Groupe de Lyon - Coordination
des Groupes Anarchistes, 6 octobre 2010.

 


Publié dans Colère ouvrière

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