Comme une lettre à la Poste

Publié le par la Rédaction

 

«Peut-être qu’éblouis par les effets spéciaux du spectacle, nous sommes les premiers à peu croire aux conséquences de nos actions (nous laissant aller à l’à peu près), ou bien à en exagérer la portée (nous laissant prendre par l’illusion médiatique). Il y a des conséquences qui continuent à produire des causes.»


Une dépêche AFP du 27 mars nous apprend que la «FAI» (Fédération Anarchiste Informelle) vient de revendiquer une série d'actions postales, dont l'envoi d'un colis piégé destiné à Roberto Maroni (ministre de l'intérieur italien et membre de la Ligue du Nord) qui a explosé dans un centre de tri, blessant légèrement un employé de la Poste italienne aux mains (voir Le Parisien par exemple).

Regardons les choses franchement : Des anarchistes ont visé le ministre de l'intérieur, et ont blessé un postier. Accident ? Cela fait pourtant des années que la pratique du colis piégé est critiquée par des compagnons. N'est pire sourd que celui qui se bouche les oreilles à la glue.

Laissons l'imagination faire son œuvre : le postier est légèrement blessé. Bon. Et s'il l'avait été plus gravement ? Quelle marge d'erreur un anarchiste doit il se laisser quand il est question de dommages collatéraux ?

Parlons un peu de responsabilité individuelle. Maroni a été attaqué en tant qu'individu, et un individu n'ayant rien à voir avec les responsabilités de Maroni a été blessé. Non pas qu'un postier ne peut avoir des raisons de se faire haïr (par une certaine pureté prolétarienne, par exemple), mais que les auteurs du colis savaient pertinemment qu'il risquait de s'embraser au centre de tri ou dans un autre endroit dans le genre. Mettant en danger des individus dont ils ne savaient rien des choix et des responsabilités. Et tant qu'à parler de responsabilité, il faudra bien prendre les siennes un jour.

On se plaindra du traitement médiatique, mais reste que ce genre d'action est une aubaine pour les journaflics, puisqu'ils sont possesseurs de la parole publique, de nos jours gris. C'est pour cela qu'il serait bon que les anarchistes se saisissent, vite, du débat. Pensant que les fins sont indissociables des moyens, et que la seule guerre dans laquelle nous devons nous impliquer est la guerre sociale -– et non la guerre civile de tous contre tous, où la vie d'un postier inconnu nous est aussi indifférente que celle d'un fasciste ministre de l'intérieur, nous pensons qu'il est urgent de se détourner de ce type d'actions digne d'un mauvais film de gangsters.

Car agir et lutter est plus urgent que jamais. Comme l'indique une lettre de la FAI, «on viole dans les centres d'identification pour les étrangers, Maroni est complice». Qu'ils s'appellent CIE, CRA ou centres fermés, les prisons pour étrangers méritent une lutte déterminée contre leur existence et contre ceux qui les gèrent et s'engraissent sur elles. Autant que cette lutte soit claire sur ses buts et ses pratiques. On ne combat pas des gens qui mutilent et tuent dans le tas en mutilant et en tuant dans le tas.

La lutte pour la Liberté de chacun, ce n'est pas un affrontement entre deux bandes rivales, où tous les coups seraient permis. C'est une lutte contre l'autorité, qui devrait se défaire des stigmates des officines autoritaires et de leurs pratiques : frappe dans le tas, lutte armée spécialisée, organisations («in»)formelles et tutti quanti.


Si les méthodes de lutte laissent entrevoir la vie pour laquelle nous nous battons, alors la pratique des colis piégés laisse entrevoir une vie de guerre civile et de peur.

Pour un monde sans sujets ni richesses, sans dieux et sans guerres.


Indymedia Nantes, 28 mars 2010.

 


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