Colère vigneronne à Montpellier

Publié le par la Rédaction

Le peuple vigneron a défilé à Montpellier, la police a réprimé…

En souvenir des «mutins de la République» de 1907, «obrar per capitar !»

La manifestation du 25 novembre 2009 a rassemblé des milliers de vignerons du Languedoc et du Roussillon. 10.000 viticulteurs et viticultrices, retraité(e)s, sympathisant(e)s à la cause paysanne, occitants et catalans ont répondu présents à l’appel malgré un déploiement répressif démesuré, de police, et de matériel militaire, «Lengadòc Roge, Lengadòc occupat !»

Le Président du Syndicat des Vignerons du Midi, Philippe Vergnes, qui n’a pas l’air, à en croire les barbouillages muraux, sur les routes menant à Montpellier, de faire l’unanimité du peuple vigneron, a déclaré en ouverture du cortège : «Nous sommes économiquement morts. Depuis 2004, la viticulture traverse la crise la plus terrible de son histoire. Les vignerons sont dans le désarroi le plus total, abandonnés, sans perspective d’avenir. Nous attendons un signe fort pour redonner espoir aux vignerons et leur montrer que les pouvoirs publics ont enfin décidé de prendre leurs responsabilités. Nous sommes devant l’une des plus grandes injustices jamais subies par les vignerons. Nous espérons que l’État sera assez sage pour nous apporter une réponse.»

D’autres formes d’expression permettent de mieux comprendre
la colère du Midi qui monte ces jours-ci.

Indymedia Nantes, 27 novembre 2009.


Deux interpellations

Deux viticulteurs, lun originaire de Cruzy, à la limite de lAude et de lHérault, lautre venu du Sud-Est, ont été interpellés à Montpellier hier, en fin daprès-midi, après la dislocation de la manifestation viticole.

Ces interpellations ont eu lieu durant les affrontements qui ont opposé vignerons et CRS, autour de la promenade du Peyrou, avant le retour en bus des manifestants. Alors que le cortège venait de se terminer, un groupe de viticulteurs s
est affronté aux forces de lordre qui gardaient lentrée du centre-ville de Montpellier, où un millier de policiers avaient été déployés. Un landau enflammé a été lancé vers les CRS, et des projectiles ont fusé des rangs des manifestants. Une charge a ensuite dispersé les manifestants jusquaux Arceaux, au bout de la promenade du Peyrou, et cest à ce moment que les interpellations ont eu lieu.

La police a affirmé qu
il sagissait «de deux jeunes hommes proches de la mouvance anarchiste», avant de reconnaître que cétaient «deux fils de viticulteurs».

Ils ont été placés en garde à vue et auditionnés par le parquet. Ils devaient être libérés dans la nuit avec une convocation au tribunal.

Leur presse (L’Indépendant), 26 novembre.



Heurts, après la dislocation…

«On quitte Montpellier…» Philippe Vergnes a parlé, la manifestation a vécu. Il est 17h45. Les viticulteurs regagnent les bus. Presque tous. En effet, un groupe de jeunes vignerons qui semblent avoir envie d’en découdre, campe derrière les grilles des jardins du Peyrou pour un face-à-face tendu avec les CRS, nombreux à cet endroit-là.

Dès la première charge, les forces de l’ordre gagnent du terrain. Les viticulteurs, rejoints par quelques anars qui profitent de l’occasion, reculent. Après avoir pratiqué le «deux pas en avant, un pas en arrière», le temps d’amagrir encore le nombre de manifestants — il en reste alors une vingtaine —, les CRS chargent un peu plus fort, lacrymo à l’appui. Résultat : deux interpellations.

Deux viticulteurs, un de Cruzy (Hérault) et un JA du Gard sont placés en garde à vue. Le père du jeune Héraultais s’est, lui, blessé dans les escaliers qui conduisent au parking des Arceaux. Il est 19h30. À Montpellier, la manif semble maintenant terminée.

En fait, les deux gardes à vue remettent le feu aux poudres. Les bus, une vingtaine, qui n’étaient pas encore repartis se vident. Les viticulteurs, très énervés, font brûler quelques pneus. À ce moment-là, tandis que les forces de l’ordre interviennent, deux motards de la police tombent de leur véhicule. L’un est frappé sur le casque à coups de barre de fer, les deux étant aspergés de vin. La tension est à son comble. Plus d’un millier de manifestants se dirige vers le commissariat pour demander l’assurance de la libération de leurs deux collègues. Ce qu’ils semblent obtenir vers 20h15.

Les viticulteurs décident alors de rejoindre leurs bus pour se lancer sur la route d’une longue nuit…  Un peu plus tôt dans l’après-midi, à Canet-d’Aude, un transformateur EDF désaffecté a été endommagé tandis qu’à Ouveillan, ce sont des inscriptions du CRAV (Comité Régional d’Action Viticole) qui ont fleuri sur les murs d’un ancien restaurant.

Des faits anecdotiques au regard de ce qui se passera un peu plus tard sur la route d’un retour mouvementé qui les ramènera chez eux en passant du côté de Sète…

Leur presse (Midi Libre), 25 novembre.



Manifestation des vignerons : quelques incidents ont éclaté

Dernier baroud dhonneur ? Dernière manifestation de masse ? Dernière mobilisation du peuple vigneron uni ? Derrière ces hypothèses se cachaient bien des craintes, celles des dérapages violents. Il nen a rien été lors de la manifestation à Montpellier. Pourtant un sentiment de désespoir, de désespérance, planait sur cette troupe à genoux mais prête à se relever après lintervention de Philippe Vergnes.

6000 vignerons ont défilé sur les boulevards de la capitale régionale. Au rythme assourdissant des explosions de soufre. Le cortège n
a pas manqué de sarrêter pour faire détonner de puissants pétards devant une agence du Crédit agricole et deux enseignes du Mc Do ? Devant les Montpelliérains médusés de voir un tel défilé, celui-ci sest malgré tout déroulé sans incident. Dans les rues proches de la préfecture, un dispositif impressionnant de policiers avait été déployé.

Vers 17h45, les manifestants de retour sur la place du Peyrou ont alors fait face aux forces de l
ordre. Pétards fumigènes puis des bouteilles de verre ont été lancés pendant de longues minutes sur les CRS, positionnés sous larche. Sans broncher, ils ont tenu cette position : la consigne devait être ne pas répondre aux provocations. «Sortez de Montpellier ! Sortez de Montpellier !» a lancé énervé Philippe Vergnes à ceux qui voulaient en découdre. Le plus gros de la troupe a alors quitté la place du Peyrou, seule une centaine dirréductibles a continué a provoqué les CRS. Ces derniers, à trois reprises, ont lancé de mini-assauts avant de se replier sous les huées de petits groupes. Les visages cachés plusieurs jeunes gens ont continué à lancer des pierres, ainsi quune poussette sur les forces de lordre, toujours aussi impassibles.

Vers 18h15, les CRS ont tiré les premières bombes lacrymogènes dispersant ce qui restait des manifestants. Puis les policiers soutenus par les hommes de la BAC ont investi l
esplanade du Peyrou faisant fuir les provocateurs. La plupart des vignerons avaient rejoint leurs cars et avaient décidé de se restaurer sur le parking des Arcades avant de rejoindre leurs départements respectifs. Une rumeur insistante planait quant à déventuelles étapes «casses» lors du retour. Des étapes avec des cibles comme des hards discounts, des supérettes ? Mais dans quelles directions : dans lAude, le Vaucluse, lHérault ou le Gard ? Sur différents points stratégiques, les gendarmes mobiles avaient installé des dispositifs de sécurité pour faire face à toutes éventualités. La nuit sannonçait longue…

Leur presse (Jean-Luc Letitre, La Dépêche du Midi), 26 novembre.



Incidents après la manifestation de viticulteurs dans lHérault

Des incidents ont éclaté mercredi soir dans lHérault, un département sous très haute surveillance, après la manifestation de viticulteurs qui a rassemblé dans laprès-midi à Montpellier 10.000 personnes selon les organisateurs, 3600 selon la préfecture.

Plus de 1000 gendarmes et policiers avaient été mobilisés pour la manifestation. Dans la nuit de mercredi à jeudi, les forces de l
ordre étaient massivement déployées aux sorties dautoroutes et aux péages de lA9, selon la gendarmerie.

Les représentants des forces de l
ordre étaient également positionnées dans plusieurs villes, comme Pezenas ou Béziers. Là, 200 et 300 dentre eux entouraient la ville pour interdire laccès au centre aux six bus de viticulteurs qui se dirigeaient vers le département de lAude, selon la gendarmerie.

Vers minuit, seule cette colonne de bus de viticulteurs posait problème, selon la gendarmerie. Les forces de l
ordre accompagnaient ces bus vers lA9 alors quun dispositif de sécurité a été mis en place à Narbonne.

En début de soirée, les bus de manifestants ont tenté d
entrer à Pézenas mais en ont été empêchés par les très nombreuses forces de lordre et ont été obligés de prendre la direction de Béziers. Le convoi, survolé par un hélicoptère de la gendarmerie, sest ensuite dirigé vers Servian où les manifestants ont allumé des feux sur la route, avant dêtre repoussés par des gaz lacrymogènes. Ils ont ensuite endommagé les vitres et le volet roulant du magasin Lidl.

Selon la gendarmerie, l
hélicoptère qui survolait les bus de viticulteurs a été la cible dune fusée de détresse qui na cependant pas touché lappareil. Plusieurs véhicules de gendarmes ont été caillassés, selon la même source et le chauffeur du commandant de groupement a été blessé.

Entre Pezenas et Béziers, des manifestants ont allumé des feux sur le bas-côté et la RN9 a été complètement bloquée par une importante colonne de véhicules de la gendarmerie.

Des dégradations ont également été commises à l
issue de la manifestation dans des communes aux alentours de Montpellier, notamment dans des grandes surfaces à Mèze et Cournonsec, a-t-on appris auprès de la gendarmerie.

La préfecture de l
Hérault a signalé dans un communiqué des feux de poubelles et des jets de pétards, ainsi que «plusieurs débuts dincendie qui ont nécessité la fermeture momentanée de la rue des Arceaux».

«Deux motos de police ont été renversées par les manifestants», a ajouté la préfecture.

Leur presse (AFP), 25 novembre.

Publié dans Colère ouvrière

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