Chili : Lettre de Rodolfo el Garza Retamales depuis la prison de haute sécurité

Publié le par la Rédaction

 

Voici une lettre de Rodolfo Retamales, détenu en prison de haute sécurité (Carcel de Alta Seguridad) et incarcéré préventivement pour 180 jours, accusé d’association illégale et terroriste et arrêté, ainsi que 13 autres compagnons du Chili le 14 août par les diverses polices anti-terroristes (GOPE, LABOCAR, Inteligencia de Carabineros) dans le cadre de l’affaire dite des «caso bombas» menée par le procureur Alejandro Peña qui centralise les enquêtes sur les attaques anarchistes. «Caso bombas» (literallement «l’affaire des bombes») est l’appellation mediatico-policière pour une série d’attaques à la bombe contre des banques, les bureaux de compagnies internationales, des ambassades, des églises et des commissariats, la plupart situés à Santiago. Le seul accident mortel fut la mort d’un anarchiste, Mauricio Morales, tué par sa bombe qu’il transportait à vélo. Retamales a été présenté dans les médias chiliens comme le «leader» de l’«organisation». 
Pour rappel : Grosse opération anti-«terroriste» contre le mouvement anarchiste ; Neuf compagnons toujours détenus, six autres sous contrôle judiciaire, des bombes retrouvées selon les flics.

 

 

Le 14 août, à 6h40, ma maison a été perquisitionnée par les flics du Dipolcar et du Gope, à la recherche de preuves et m’accusant d’être le leader d’une association terroriste illicite, le mandat fut signé par le procureur dans le cadre de l’enquête dite «caso bombas».

 

Avec le passage des heures et après avoir été tabassé par la police du Dipolcar et par l’officier Segis Sostomo du RP 3239 du 30e commissariat de police, j’ai appris que même la maison de mes parents avait été soumise à des perquisitions, aussi bien que trois centres sociaux et 12 maisons de compagnons dans différentes municipalités entre Santiago et Valparaiso, 14 arrestations, tous accusés de faire partie d’une cellule anarchiste avec deux leaders, deux personnes chargées du financement et dix membres opérationnels, tout cela dans l’imagination sinistre du procureur Peña. Avant même la formalisation des charges, nous les hommes avons été transférés à la prison de haute sécurité (C.A.S.) et les femmes au Centro de Orientation Femenina, tous placé à l’isolement.

 

Mardi 17 août, une audition a eu lieu pour formaliser la situation, c’est là que nous avons pu entendre les preuves contre nous : les écoutes téléphoniques, des photos, des vidéos, des vêtements examinés et une surprise.

 

Il apparu qu’il s’agissait du personnage connu sous le nom d’El Grillo, qui a collaboré et s’est offert à l’accusation comme témoin, pointant le doigt dans ses confessions sur quelques personnes — qui ont été arrêtées — et qui selon lui, sont responsables d’un certain nombre d’actes de sabotage.

 

Pour ceux qui ne connaissent pas, ce personnage a été arrêté le 31 décembre 2008 pour avoir essayé d’assassiner sa femme, Candelaria, aujourd’hui accusée d’association terroriste illicite. Au moment de l’arrestation, Fuentes, alias El Grillo [le cricket], a dit au procureur Armendariz, qu’il avait, avec Candelaria et trois autres personnes, fabriqué et placé des bombes et qu’il savait qui étaient les responsables des actes de sabotage, dans une tentative évidente de nettoyer son image et de se faire passer pour un acteur important de la lutte sociale.

 

Lors de l’audition, les heures ont passé, quinze au total, et nous avons appris une quantité énorme des faux arguments de l’accusation, qui se contredisent eux-mêmes, provoquant un sourire des geôliers eux-mêmes tout au long du spectacle médiatique. Malgré la somme substantielle d’arguments présentés par les avocats de la défense, qui ont discrédité les preuves de l’accusation en démontrant les incohérences, la pression du Gouvernement par le Ministère de l’Intérieur pouvait être ressentie.

 

Au final, huit des quatorze restent en prison. Le pouvoir a joué toutes ses cartes et son sinistre avocat-star ne pouvait être vu sous une mauvaise lumière devant le public.

 

Maintenant, de nouveau, je me retrouve allant le long de ces couloirs pleins des jeunes qui remplissent les murs des prisons chiliennes, parce que c’est pour eux qu’elles ont été construites, pour accommoder et dissimuler l’injustice sociale, la pauvreté et l’inégalité de ce système où les riches deviennent plus riches et où les pauvres doivent se contenter des miettes que les patrons leur accordent.

 

En écoutant la radio à laquelle je participe, je remercie et apprécie le soutien qu’ils m’ont apporté depuis le premier jour de mon arrestation. Vous serez sous le feu, d’ici, toute ma solidarité et ma force. Un baiser à chacun d’entre vous… à tous les programmes que nous entendons, aux gens glorieux de La Victoria et leurs voisins, un baiser à mon fils et à ceux qui ont montré de la solidarité avec affection.

 

Rodolfo el Garza Retamales 
Lettre traduite par la Base de données anarchistes, 26 août 2010.

 


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