Chauny Vidy Vichy

Publié le par la Rédaction

 Manif antifasciste à Chauny : Comment soumettre la population à une loi martiale
Chauny, le 27 mars à 13 heures. Après avoir traversé une campagne picarde désertique et entraperçu les villages paumés, nous arrivons à Chauny. Nous pensions voir une petite ville de 12'000 habitants vivante, avec ses chasseurs dans les bars, ses commerçants au sourire white, en gros une sorte d’Hénin-Beaumont local avec ses nazillons tournant en peugeot 405 tuning avec néon ultra-violet. Mais pas du tout, lors de notre arrivée, Chauny était comparable à Tchernobyl, une ville morte avec rideau des commerces abaissés, volets des habitations closes (parfois des regards sombres derrière), et pas un chien dans les rues. Seul un bar et un kebab étaient ouverts sur la totalité de la ville. Dans un premier temps nous pensions qu’il s’agissait de la pause déjeuner. Puis un camarade nous montra le tract que la gendarmerie locale distribua à la population. Ce tract aurait pu s’intituler «l’État policier en une leçon, comment créer un sentiment de peur et dominer une population».

En effet, sur ce tract était demandé à tous les commerçants de baisser les rideaux jusqu’à la fin de la manifestation ce que les neuf dixièmes ont fait. Un dispositif de un gendarme pour un manifestant était prévu avec arrestation de toute personne cagoulée et vérification d’identité. On parlait même de Poitiers bis. Mais la crème de la crème est venue du dispositif pour rassurer la population. En cas d’émeute, la sirène de la ville retentirait pour alerter le peuple, qu’il puisse rapidement se réfugier dans les caves.

Les habitants ont parfaitement suivi à la lettre ce que l’État a dit. Dès la fin de la manif, la ville revit, les boutique ré-ouvrent et la vie économico-planplan reprend son rythme.

La manif fut également soumise à cet État policier qui nous bouffe un peu plus chaque jour. Certes, la seule réussite fut la présence de 500 personnes. Cependant une manif de 40 minutes sur un total de trois rues est un record en la matière. Faire le tour de la place de la Concorde à Paris aurait été le même.
 
Concernant le dispositif policier. Le classique, avec sa discrétion policière, SDIG et les autres…
… un gendarme soutenant la régularisation des sans-papiers…
… et une BAC picarde stressée, très paritaire et très jeune facilement déstabilisée par un simple regard et qui se réfugie dans une supérette et une bijouterie lorsqu’elle est pistée.
D’ailleurs une petite pensée à la BAC de Lille, qui si elle veut éviter de se prendre une tête lors d’une intervention récente pourrait demander une mutation à Chauny. Une ville paisible très blanche où toute la petite famille serait au vert.
Pour conclure, ne vous en faites pas, la population obéit parfaitement, la soumission est une réussite. Le fascisme peut murir sans trop de soucis. L’État l’aidera volontiers.

Quelques antifascistes

P.-S. : L’autosatisfaction de certains partis fait peur, l’alternative est un mot très à la mode.

Indymedia Lille, 28 mars 2010.
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 Chauny : Les antifascistes se mobilisent et s’organisent

Plus de 500 personnes ont défilé ce samedi 27 mars dans les rues de Chauny (Aisne) pour exprimer leur ras l’bol face à l’arrogance dont fait preuve un petit groupe de jeunes nazillons qui chaque week-end multiplie les provocations et les violences à l’égard de jeunes de la ville qui ne partagent pas leurs idées ou qui n’ont pas la même couleur de peau. Les manifestant-e-s ont également voulu dénoncer le fait que les autorités ferment les yeux face à cette violence fasciste et raciste.

L
a colère et le malaise des jeunes de Chauny montent face à l’impunité dont bénéficient les fascistes. En effet, les nazillons s’approprient régulièrement un espace comme la place de la mairie de Chauny pour y écouter de la musique raciste.

De plus, les jeunes de Chauny subissent de nombreux contrôles d’identité. Et lorsque des bagarres opposent les nazillons à d’autres jeunes, ce sont ces derniers qui sont arrêtés et mis en garde à vue.

Plus de la moitié des manifestant-e-s venaient de Chauny et des environs, d’autres de l’Oise, de Douai, de Reims ou encore de région parisienne. On trouvait à la fois un grand nombre de lycéen-ne-s et de collégien-ne-s de Chauny et des villages voisins, ainsi que des militant-e-s de la vingtaine d’organisations et de collectifs antifascistes (entre autres d’Alternative libertaire, de la CNT, de la CGT, de Solidaires, de la Ligue des droits de l’homme, de la Fédération anarchiste, du NPA, du collectif Vivre libre ou mourir de Douai, de No Pasaran, de Ras l’front Marne la Vallée…) .

L’atmosphère de cette manifestation était particulièrement combative. On pouvait notamment y entendre des slogans comme «Contre le FN, solidarité», «À Chauny comme ailleurs pas de fascistes», «Première, deuxième, troisième génération, nous sommes tous des enfants d’immigré-e-s».

Deux fascistes repérés en début de manifestations ont été éconduits et se sont enfuis sans demander leur reste.

Enfin, nous pouvons dire que les objectifs de cette manifestation ont été atteints, voire même dépassés.

En effet, il y a eu plus de 500 manifestant-e-s là où les organisateurs-ses en attendaient 200.

Mais le plus important est que cette initiative a permis de renforcer les liens entre les militant-e-s antifascistes et la population locale. Elle a également contribué à dynamiser les relations entre organisations et surtout entre collectifs antifascistes non seulement de Picardie mais aussi des régions limitrophes. Elle a de même permis d’échanger des contacts sur plusieurs villes de Picardie en vue de créer de nouveaux collectifs antifascistes.

Les antifascistes ont donc fait la démonstration qu’ils-elles étaient capables de mobiliser et vont désormais s’organiser pour faire reculer la haine fasciste et développer la solidarité comme ferment des luttes à venir.

Alternative libertaire, 27 mars 2010.


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Manif à Chauny confrontée au retour d’une extrême droite adolescente

Le phénomène est relativement récent. Depuis un an, nous contastons la réapparition d’une extrême droite adolescente- lycéens et tout jeunes actifs ou inactifs- férue de look, de vêtements typés, nourrie de références interne.Ici, influencée par l’imagerie du Bloc Identitaire. Là, nourrie de références White Power plus radicales (suprémacistes blancs et néo-nazis), comme c’est le cas à  Chauny dans l’Aisne, petite ville située à une trentaine de kilomètres de Saint-Quentin, dont le principal employeur, l’usine Nexans, qui fabriquait du fil de cuivre pour l’électroménager, a définitivement fermé ses portes le 31 décembre 2009, avec 222 destructions d’emploi à la clé.

Samedi 27 mars, une manifestation «antiraciste et antifasciste» est organisée dans les rues de cette commune  à l’appel de plusieurs associations, syndicats et organisations politiques réunies au sein d’un «collectif antifasciste axonais». La marche doit mener ses participants de la place de la gare à l’usine Nexans.

Cet hiver, l’hebdomadaire Marianne avait consacré une série de trois papiers à la tension créée à Chauny, par l’activisme agressif de jeunes se réclamant du nationalisme, le tout sur fond de crise économique. S’en prenant verbalement et parfois physiquement à des collégiens et lycéens d’origine maghrébine, déclenchant des bagarres et affectant en retour de se poser en victime. Des sorties de lycée avaient ainsi du être protégées par des cordons de gendarmes.

Le problème posé par ces jeunes skins (boneheads) de Chauny et de ses environs n’est pas résolu. «Ce sont  plutôt des gamins de la classe ouvrière qui viennent des petits villages alentours. Ils sont très jeunes, de quatorze à vingt ans. Pour certains déscolarisés ou chômeurs, ils se réunissent sous l’abribus place de l’hôtel de ville», explique aujourd’hui Patrick Proisy, responsable de la Ligue des Droits de l’homme dans l’Aisne. Selon M. Proisy, «ils sont une quinzaine, mais c’est beaucoup pour une petite ville. Ils tagguent, provoquent, et tiennent un discours qu’ils qualifient d’identitaire.»

«Ça s’est radicalisé»

Une professeure de français au collège que nous avons contactée et qui souhaite garder l’anonymat, juge la «situation très inquiétante». «Ce n’est pas propre à Chauny mais plutôt à l’ensemble du département» souligne-t-elle. Et de raconter : «Cela a commencé l’année dernière. On a surpris des élèves de 6e/5e qui avaient des portraits d’Hitler sur leurs portables. On est intervenu. Et puis, on s’est mis à voir arriver au collège certaines marques de blousons très caractéristiques. Immédiatement après, les gamins qu’on prenait en flagrant délit dans la cour ont changé d’attitude. Ils ne s’excusaient pas mais revendiquaient sur le mode : “je suis facho et alors ?” Du coup on a pris des mesures radicales.» C’est ainsi que le port des fameux blousons a été, entre autres, interdit dans l’établissement.

«Cette année, poursuit-elle, c’est pire. Cela s’est radicalisé, cette fois sur un mode violent. Deux à trois fois par semaine on intervient dans la cour du collège pour stopper une bagarre à la suite de propos racistes.» Et de conclure : «il y a des jeunes adultes — grands frères, oncles, voire parents — derrière que les plus jeunes copient.»

Clément, lui, est professeur de sciences naturelles dans les environs de Chauny. Son constat n’est pas vraiment différent de celui de sa collègue.  «Parmi les jeunes skins de Chauny, j’ai des anciens élèves. Il y a un militant FNJ sur la ville mais qui n’a pas forcément une grande influence sur eux. Eux arborent des croix gammées stylisées, des croix celtiques. L’an passé je les ai vus à la gare routière — l’endroit d’où part chaque soir tous les cars desservant les villes environnantes — se livrer à des agressions racistes sur les gamins qui rentraient chez eux.»

L’extrême droite est politiquement et culturellement prégnante dans l’Aisne. Le FN a réalisé un score de près de 20% au second tour des Régionales dans ce département. Et dans les environs de Chauny, plusieurs villes affichent des pourcentages supérieurs à 24%, atteignant jusqu’à 42% (à Abbécourt). Par ailleurs, l’une des figures frontistes du département n’est autre que Michelle Dall’Ara, ancienne du Parti national français européen (PNFE), formation néo-nazie active du milieu des années quatre vingt à la fin des années quatre vingt dix. Outre un FNJ qui s’est réimplanté dans les environs depuis deux à trois ans, le phénomène a pris de l’ampleur avec l’ouverture d’une boutique spécialisée dans les marques de vêtement prisées par la mouvance nationaliste et skinhead néo-nazie à Chauny même. S’y ajoute désormais le projet de formation d’une section picarde des Identitaires, aujourd’hui en embryon, autour d’un site intitulé le Réveil picard.


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