Carnageval joyeux et sauvage à Montpellier

Publié le par la Rédaction


«Carnaval cavale : Le 16 février, cela fera quatorze ans que la tradition carnavalesque a repris à Montpellier, hors des cadres institutionnels. On déambulera ce mardi gras avec les batucadas, et les chars finiront en brasier place sainteAnne. Mais depuis trois ans, la flicaille met la pression, tentant de disperser au plus vite les carnavaliers. Alors ? On leur montre que les nouvelles coutumes ont la peau dure ?»
Rebetiko no 4, hiver 2010.




Quatorze
ans et toutes ses dents…
Carnageval farouche et joyeux… à Montpellier


Certaines traditions sont plus plaisantes que d’autres, cette année encore Vaval va avoir chaud sous les aisselles… et Montpellier aussi, car c’est dans la sueur et sous des masques de diverses couleurs que le carnaval va débouler. Encore une fois on vient sans papiers parce que Carnaval n’est pas contrôlé. Encore une fois il y a pas d’argent ni de marchand parce qu’à Carnaval on prend juste le beurre et la crémière pour glisser dans des rondes enivrantes. Encore une fois pas d’organisateur (karakwela sont des imposteurs) car à Carnaval, ce soir-là, les batucadas, les chars, les déguisés, les fous, les gueux c’est moi, c’est toi, c’est tous ! Alors malgré les couvre-feux silencieux (comme la fermeture du Peyrou le soir, les arrêtés anti-pauvres festifs, etc.) on va briller et être bruyants. Et que grincheux et policiers pour ce soir aillent voir ailleurs si le loup y est. Alors à vos bars ambulants, à vos déguisements, à vos chars… Prêts ? Venez !
Rendez-vous mardi 16 février à 19h30
devant le Peyrou à M
ontpellier


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Cette brochure contient plusieurs textes dans deux grandes parties : l’une raconte les origines païennes du Carnaval et son histoire du Moyen-Àge à nos jours ; l’autre parle du Carnaval à Montpellier.


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Carnaval 2004-2009…

Depuis cette année là, pas une fois le carnaval ne se déroula sans arrestation ni intervention policière pour y mettre fin. Cependant, cela n’empêche pas les gens de revenir année après année. Il y a eu des arrestations pour tags, pour outrages, rébellions, violences sur agent, dégradations de biens publics ou privés, mises en dégrisement… Mais cela, souvent, en faisant porter le chapeau à dautres…

Lorsque la Mairie a décidé de mettre fin à toute vie nocturne en dehors des lieux et des moments prévus à cet effet, cela s
est soldé par des charges policières à 1 heure du matin pétante.

Lors du Carnaval, les effectifs policiers se placent désormais sur la place Candolle qui était auparavant le lieu d
arrivée du Carnaval où les chars étaient brûlés et qui fut en 2006-2007 le lieu dune opposition quasi-quotidienne entre policiers et fêtards (opposition qui sest soldée par linstallation de caméras et par un réaménagement de la place au profit des bars, avec la suppression de la moitié des bancs ; ainsi que par des arrêtés municipaux interdisant les rassemblements, la consommation et la vente dalcool en dehors des bars dès 22 heures… dès 15 heures le jour du Carnaval !).

La place Candolle n
étant pas fréquentable, le Carnaval tend à se disperser dans tout le centre-ville, avec pour terminus de prédilection pour brûler les chars les places sainteAnne et saintRoch. La répression est aveugle : en 2009, un flic en civil aurait été parmi les victimes de la charge policière.

Mais le danger qui guette vraiment Carnaval est celui qui l
a menacé tout au long de son existence multi-millénaire : celui de son encadrement, de sa normalisation. Cest ainsi que la Mairie ne se contente plus de la répression pure. Elle accorde une autorisation à une association culturelle, laquelle termine au plus tôt le défilé sur la place de la Comédie et invite ensuite les participants à une «after» dans un bar musical.

À chaque fois, ce moment sur la place de la Comédie est inquiétant, car outre les arrestations qui y surviennent parfois, plane le danger que tout s
arrête là. Mais cela nest encore jamais arrivé. On peut seulement regretter que le cortège, lorsquil repart, dédaigne les petites ruelles pour remonter sous l’œil des caméras dans la grande avenue centrale, qui fut précisément tracée au 19e siècle pour aider la police dans sa gestion des troubles…

Ainsi, Carnaval n
’est pas mort, mais Carnaval semble toujours en danger. Est-ce que le besoin ancestral de renverser les valeurs ne se fait plus sentir ?




L’appel du C.A.C.A.

Carnaval n’est pas mort. Il en redemande. D’aucuns ont bien essayé de lui éclater les dents sur un trottoir (dans la rue Bonaparte à Nice), de le gazer (à sainteAnne à Montpellier), de l’éteindre (place Paul-Doumer à Arles), de le corso-fleuriser (sur le Prado à Marseille), de l’infantiliser (dans toutes les écoles de la République), de le sortir de la rue pour le mettre à la télé (nous y avons vu les carnavals du monde entier)… Mais il est encore là, sengraisse comme un porc béarnais qui se joue de la grippe. Faisons le couiner une fois de plus, pour se rappeler que nos cultures rugueuses s’accrochent encore, même là où le lisse est de rigueur.

Le présent est tout ce qu’il nous reste : la réinvention de folklore est notre salvation, notre résistance : la tradition permet tout, elle est notre garantie, notre force inscrite dans l’histoire, et notre légitimité venue des anciens. Le présent est tout ce qu
il nous reste, et les allers-venues dans le temps relient, tels des passe-carrières, le souffle de vie et le souffle de mort… À rebours nous remontons vers le sens premier. Vous serez avec nous les mangeurs, les souffleurs, les péteurs.

Du Samedi Gras au mercredi des Cendres, nous inventerons ensemble de quoi donner sens à la fête, au chant, à la danse, et à l’envers du monde tout aussi réel que son endroit. Rien n’est dessiné, composé ou quadrillé. Vous devez venir colorer, improviser et éclater dans cet espace-temps mythologique du Carnaval.

Pousser la chansonnette ne sera qu’un départ : il nous faudra réapprendre à chanter ensemble ce qui fait sens dans ce bordel ambulant. Le répertoire se nourrit dès aujourd’hui de vos idées, fantasmes, délires, odes, gueulantes, poésies, insanités, et pamphlets. Tout le monde aura de quoi accompagner l’affaire de bruitages louches, de rythmiques charivaresques ou d’harmonies grinçantes.

Joutes chantées, baletis, et pagodes alternatifs, dans une tournée grasse pour des jours gras dans des lieux à choisir ensemble. Nous vous invitons à partir de Viols-le-Fort, village héraultais à la croisée des plaines arides et des causses humides pour mener la barque jusqu’au traditionnel Mardi Gras du centre-ville de Montpellier. À nous de déjouer l’arrivée du Mercredi des Cendres.

Dés l
’Épiphanie, nous nous transmettrons toutes ces dépenses musicales pour les chanter. Des versions numérisées circuleront au sein du Collectif, étendu sur un vaste territoire et sans identité figée. Toutes les langues, tous les instruments, tous les accessoires, tous les caractères, tous les personnages, toutes les chapelles sont de la partie.

Le procès du Caramentran tiendra siège sur la place publique grâce à vos chefs d’accusation ou à vos plaidoiries de défense, vous choisirez votre camp le moment venu. D’ailleurs chacun d’entre nous sera susceptible de se transformer peu à peu en un Autre, jusqu’à s’exalter dans la carapace d’un personnage inavoué. Le moment venu, vous comprendrez.

Rassurez-vous… De tout ce vacarme, les flammes viendront à bout.

Attention : Le Collectif Anonyme du Carnaval Ambulant ne garantit aucune protection civile ni kit de dialogue avec les CRS, aucun système de sécurité ou d’alarme, aucun blindage de vitrines, aucune combinaison ignifugée ni extincteur, aucun régime alimentaire, aucune limite de consommation, de gaspillage, de gâchis. Aucune taxe n’est prélevée sur la Part Maudite de l’existence humaine que nous célébrons ici. Le C.A.C.A. refuse à s’engager sur les conditions climatiques ainsi que sur les conditions matérielles de notre sédentarité et de notre nomadisme (chapiteau, caravanes, autocar, trottinette, caddys, pétards, moteurs à explosion, matelas, couverture chauffante, bonnets, bouillotte, etc.).



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Ambiance l’an dernier

Publié dans Agitation

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