Bordeaux : Réduits à faire les poubelles pour manger

Publié le par la Rédaction

 

Avec 5 euros par jour pour se nourrir, certains cherchent les rations de survie dans les déchets des supermarchés ou de la Banque alimentaire.

 

 

Le phénomène n'est pas nouveau, mais sur le trottoir devant la Banque alimentaire de Bordeaux il n'a été constaté que depuis quelques mois. Le bip-bip des chariots élévateurs se met en veilleuse, les derniers camions rentrent de la collecte, les volets roulants se baissent avec fracas. Il est entre 17 et 18 heures, le rituel du vendredi soir peut commencer. Vendredi, c'est le jour de la sortie hebdomadaire des grandes poubelles de l'association, installée dans une zone d'activité entre les quartiers du Lac et de Bacalan. La nuit tombe vite, la température aussi, les zombis de la misère surgissent.

 

Ils viennent seuls ou en couple, équipés de sacs qui ont connu la grande distribution. Certains portent un escabeau et des gants. Faire les poubelles demande un minimum d'organisation. Arriver parmi les premiers est une obligation pour espérer une collecte fructueuse. Ce soir, Maria et son compagnon sont les premiers. Ils ont garé le fourgon à deux pas. Sans un mot, ils rabattent les couvercles et s'en vont piocher dans les conteneurs. Bananes, yaourts, gâteaux secs, plats cuisinés et pots pour bébés s'entassent dans les poches.

 

«Les invisibles»

 

Maria regarde machinalement les étiquettes. «On nous a dit de venir ici. Il y a toujours quelque chose. C'est bon», dit-elle en rejetant un paquet de biscuits entamé par des rongeurs. L'élocution saccadée et un fort accent de l'Est témoignent de son origine rom. Alors qu'elle commence à évoquer le campement et leurs enfants, lui s'impatiente et file, les bras chargés. Alors elle le suit sans se retourner. Mission terminée.

 

Dans une telle collecte, les produits sont tous périmés de longue date. Les six mois de sursis sanitaire accordés aux denrées après péremption sont largement atteints. Ce n'est pas pour rien que la Banque alimentaire s'en débarrasse. Faire les poubelles de cette association, bien plus que celles des supermarchés ou des marchés qui ont aussi leur «clientèle», c'est toucher le fond.

 

«Dans le jargon social, on les appelle “les invisibles”. Ils n'ont droit à rien parce qu'ils sont sans papiers ou parce que leurs petits salaires leur ferment l'accès à la “carte alimentaire” car ils dépassent les seuils des minima sociaux. Et puis il y a aussi tous ceux qui, souvent par honte, n'osent pas franchir les portes des associations. On compte beaucoup de retraités touchant le minimum vieillesse, de familles monoparentales ou des étudiants», raconte Georges Viala, président de la Banque alimentaire de Bordeaux et de la Gironde.

 

Il est le premier à déplorer ce phénomène qui pousse les gens à aller chercher des moyens de subsistance dans les poubelles. Il sait que les produits que son association jette sont plus que périmés, puisque les denrées qu'elle récupère ne sont déjà pas d'une grande fraîcheur. Elle s'approvisionne avec les invendus des hypers (la moitié du stock), des dotations de l'Union européenne (notamment le lait) et directement auprès des producteurs qui distribuent leurs reliquats.

 

«Nos poubelles ne sont pas belles, plein de bactéries s'y développent. Cela nous pose un vrai problème de conscience que de laisser les gens venir s'approvisionner de cette manière. Nous avons hésité à mettre de l'eau de Javel dedans, mais c'est dangereux», admet Jean-Louis Raynaud, directeur de la structure qui récupère puis distribue chaque jour des produits frais à 138 associations et centres communaux d'action sociale, rien qu'en Gironde.

 

«Nous jetons 200 tonnes de nourriture par an (5% du tonnage total). Dans le lot, il y a tous les produits périmés depuis plus de huit jours, mais aussi les aliments abîmés mais qui restent comestibles. Les associations ne prennent pas, par exemple, les fruits qui ont un petit coup. Leur credo est clair et net : les personnes pauvres ne sont pas des sous-consommateurs. Alors on redistribue ces produits aux bénévoles ou alors, effectivement, ils partent à la poubelle», admet Georges Viala.

 

Ce gaspillage ne devrait pas durer. À la demande de la Banque alimentaire locale, l'ONG Agrisud International, qui lutte contre la pauvreté, a mené une étude. Selon cette ONG basée à Libourne, sur les 200 tonnes de nourriture jetée, 70 tonnes sont récupérables sous forme de confitures, de gaspachos ou de compotes. D'où l'idée de créer une petite entreprise de commerce solidaire qui sera proposée à des bénéficiaires de l'aide alimentaire. Elle devrait voir le jour en Gironde dans les mois qui viennent.

 

8 millions de pauvres

 

En attendant, le contenu de la quinzaine de bacs de la Banque alimentaire destiné aux déchetteries de la Communauté urbaine de Bordeaux attire chaque vendredi son lot d'intéressés. Dans le quartier voisin du Grand-Parc, 39% de la population se situe sous le seuil de pauvreté, soit moins de 800 euros par mois. En France, 8 millions de personnes vivent ainsi. Le logement et l'énergie engloutissent les trois quarts de leur budget : alors, pour eux des tarifs de repas dérisoires restent toujours trop chers.

 

«Souvent, il ne reste aux familles que 170 euros par mois pour vivre, c'est-à-dire 5 euros par jour pour la nourriture, l'hygiène ou d'éventuels loisirs, poursuit Georges Viala. Je vient de rencontrer un jeune intermittent du spectacle qui ne mange que des barres chocolatées depuis un mois. S'ajoute à ce grave problème de malnutrition une question de santé publique.»

 

Une étude récente publiée par le Centre d'étude et de recherche sur la philanthropie (Cerphi) trace en creux un portrait-robot de ceux qu'on stigmatise aussi sous le nom ancestral de glaneurs. Le plus souvent, ils possèdent un logement et refusent l'aide alimentaire, qu'ils associent à de l'assistanat. Ils considèrent la nourriture ramassée comme plus diversifiée que celle proposée par les associations et sans danger pour la santé, dotée de qualités nutritionnelles et gustatives équivalentes à celle achetée.

 

Le constat n'est pourtant pas réjouissant. Peu à peu, les indigents des villes ont pris la direction de la campagne : l'idée reçue voudrait que la vie y soit plus douce. Dans la réalité, il n'en est rien. Dans le canton de Sainte-Foy-la-Grande (33), par exemple, un quart de la population vit au seuil de la pauvreté. Le Sud-Gironde et le Médoc ne sont pas loin de cette triste réalité.

 

«Le problème se déplace dans les zones rurales, où n'existent également que très peu de solutions. Pis, le transport y est un réel souci qui accroît encore les difficultés et isole d'autant plus les personnes qui choisissent d'aller vivre là», indique Georges Viala.

 

La demande d'aides a explosé de 25% ces trois dernières années. Les associations ont du mal à les satisfaire. Elles ont conscience que leur travail revient de plus en plus à poser des plâtres sur des jambes de bois.

 

Leur presse (Jacky Sanudo,
 Sud-Ouest), 19 décembre 2010.

 


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