Bologne : À tous les délinquants solidaires

Publié le par la Rédaction

 

Une lettre des deux compagnonnes anarchistes de Bologne incarcérées depuis le 6 avril 2011.

 

À tous les délinquants solidaires

 

La solidarité est arrivée, forte et copieuse, à travers lettres et télégrammes qui, vu leur nombre, ont fait péter les plombs aux matons. Elles sont même arrivées en recommandé, pour être sûrs qu’ils arrivent.

Cela fait du bien.

 

L’accusation contre les incarcérés, contre ceux qui ont reçu des mesures de contrôle judiciaire, et contre tous les autres mis en examen, est «association de malfaiteurs».

Expérimentée contre les compagnons de Lecce en tant que formule plus adaptée que l’«association subversive» [équivalent de l’association terroriste, NdT] pour frapper les anarchistes, et reproposée dans d’autres procédures comme à Turin, la bande de la Digos de Bologne la sort maintenant de son sac pour faire son beurre contre leur cauchemar du coin. Mais elle y met un peu du sien, et ajoute «à finalité subversive».

 

Après avoir décrit Fuoriluogo comme un local où étaient organisées de nombreuses initiatives internes et vers l’extérieur, puis le lien entre nous comme fort et intense, elle dresse la liste d’une longue série d’«illégalités» commises ensemble ou séparément, qui ne sont d’ailleurs que la suite de procédures pénales en cours déjà connues, pour lesquelles nous avons déjà été condamnés en en payant lourdement le prix (en particulier certains d’entre nous), ou bien nous le serons. Il s’agit de faits de rébellions, dégradations, violences, rassemblements non autorisés, etc. etc. Les chefs d’inculpation classiques, qui tombent sur le dos de tous ceux qui portent des luttes qui dérangent.

 

Mais à partir de ces éléments jusqu’à aboutir à l’accusation d’Association de malfaiteurs, là le «raisonnement» devient plus obscur, on entend le bruit des grincements sur les miroirs [NdT : l’expression italienne s’agripper aux miroirs signifie tenter de justifier quelque chose à tout prix]. Mais c’est ainsi. Une fois que la structure est construite, si infondée et absurde qu’elle soit, c’est à nous de la démonter. Ils font comme cela, et c’est comme ça.

Ensuite, il y a aussi cette histoire de chefs, sous-chefs et petits soldats. Ils tentent le coup à chaque fois, parce que c’est un moyen pour nous atteindre, et parce qu’ils ne peuvent pas comprendre qu’on puisse avoir des rapports différents. On «démontre» que l’une est la chef parce qu’elle passe beaucoup de temps à recueillir des infos à reproduire sur les tracts et à la réussite des initiatives. Dans une conversation téléphonique avec un compagnon pris dans des galères économiques qui l’empêchaient d’être présent à un rassemblement ou à une manifestation, elle l’encourageait à y aller en disant : «Allez, on les trouvera, quelqu’un les sortira» — certes avec le ton habituel que beaucoup connaissent bien.

En somme, une série d’épisodes connus et ultra-connus et d’écoutes téléphoniques de ce genre-là, constituent la trame de l’intrigue de la Digos avalée par une procureur avec des cailloux dans les chaussures.

 

Nous deux, incarcérées dans la section pour femmes, nous allons bien. Nous sommes encore séparées et en isolement. Le courrier arrive, mais peut-être pas tout.

Nous vous embrassons fort et continuons à lutter avec vous pour un monde sans barrières matérielles ou générées par des peurs artificielles et des mesquineries. Sans esclaves ni patrons, avec leur lot d’infamies et de nuisances.

 

Nous nous retrouverons bientôt mais, comme quelqu’un l’a écrit dans un télégramme, si c’est nous qui vous rejoignons… c’est mieux.

 

Stefi et Anna 
Traduit de l’italien,
Brèves du désordre, 15 avril 2011.

 


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