Blocages du 12 octobre en Charente

Publié le par la Rédaction

Charente : Des blocages à tous les étages

 

La manifestation contre la réforme des retraites encore. Plusieurs opérations de blocage ont paralysé la RN 10. 
Près de vingt kilomètres de bouchon, entre l'embranchement des RN 141 et RN10 à Champniers jusqu'à la sortie Roullet centre. Des milliers de poids lourds naufragés et quelques voitures emprisonnées, de 9h du matin, jusqu'à 14h30. D'autres routiers et automobilistes naufragés sur la RN 141, à Roumazières. 
La zone industrielle de Nersac coupée du monde et ses entreprises coupées de leurs approvisionnements tout au long de la journée. Et des opérations escargot qui font baver leur colère sur le bitume de Chasseneuil, de Barbezieux, de Cognac…

 

Hier, la contestation contre la réforme des retraites est montée d'un cran. Pas de décote dans les rues et une surcote dans l'intensité des actions. Comme d'habitude, il y a eu les manifestations. Mais parallèlement à la marche tranquille slogans au vent, il y a eu les actions coup de poing. Et les blocages, initiés par la base.

 

Dès le matin, les troupes se sont dispersées sur le terrain. Effet de surprise. De Nersac, une trentaine de salariés est partie des grilles de la Saft pour rejoindre «les copains de l'Équipement» sur la RN 10 aux Chauvauds. Dans le même temps, une trentaine de militants du collectif de défense des retraites donnait le top départ de la place Mulac, à Angoulême, direction ce même blocus.

 

Neuf heures. En quelques secondes, 100 manifestants, épaulés par des collègues de la Dira (Direction interdépartementale des routes Atlantique) habitués aux dangers de la route et à la gestion des bouchons entravent la circulation sur la nationale. «Si on veut faire reculer le gouvernement, il faut bloquer l'économie», assure Jean-Pierre Bellefaye, de Sud. Les camions sont prisonniers. Les voitures de particuliers passent au compte-gouttes. Pas de débordement et l'accent mis sur la sécurité. «Y'a des consignes. Si elles sont pas respectées, on lève le camp direct ! On ne veut pas d'accident», hurle un agent de l'ex-DDE.

 

Dans le même temps, une épidémie de points noirs gagne les routes et ronds-points de Charente. Dans la zone industrielle de L'Isle-d'Espagnac, les grévistes de Leroy-Somer, Schneider, Veriplast, Packetis, France Telecom, DCN, Gossens… investissent le rond-point de Mazeau. Il ne faut que quelques minutes pour engorger la zone.

 

À Nersac, main dans la main, manifestants de Fimk, de Lecas et de la Saft envahissent le giratoire qui permet l'accès à leur zone industrielle. Ils sont une cinquantaine, de FO et de la CGT. Là, contrairement à beaucoup d'autres endroits, c'est l'entente cordiale au sein de l'intersyndicale.

 

Toute la journée, ils ont paralysé le secteur, empêchant l'approvisionnement des usines de la zone. «Et les directeurs commencent à s'inquiéter. Les composants n'arrivent plus», décrit Christophe Lastere, délégué FO à la Saft. Réforme des retraites qu'ils jugent inique, mais aussi pouvoir d'achat, emplois, chômage et précarité. Ils en ont gros sur la patate et l'expriment. «C'est un tout. Les retraites, c'est le problème du moment. Mais on en a marre de prendre des coups. Y'a un malaise», dit Olivier Bourdier, CGT de Fimk.

 

Ils sont prêts à rester des jours s'il le faut, attendent les directives d'en haut, tout en sentant que la base, elle, est déjà en ébullition. «Les ouvriers, ça courbe l'échine, ça courbe l'échine, mais quand ça casse, on ne maîtrise plus rien.»

 

Alors avant de ne plus rien maîtriser, les syndicats passent la vitesse supérieure. Après le défilé angoumoisin, Patrice Gardin et ses collègues de FO ont tenté un blocage à la Madeleine, avant de migrer sur Cognac. «Il faut aller vers la grève reconductible, dès maintenant».

 

Appel entendu par l'intersyndicale des cheminots. Même chose pour les agents de la Dira, l'ex-DDE. Les agents des Douanes sont aussi entrés dans un mouvement reconductible.

 

Hier, un manifestant faisait un rêve : «Si les cheminots partent en grève illimitée, que le transport s'y met et qu'en plus il manque un peu d'essence, on sera bon pour faire reculer Sarko.» Au même moment, François Fillon jurait que le gouvernement ne céderait plus un pouce de terrain. Le bras de fer se tend.

 

Leur presse (Ismaël Karroum,
Charente Libre), 13 octobre 2010.

 

 

141: Les trois blocus de la colère

 

Plus de 500 manifestants ont bloqué hier la RN 141 à Roumazières et Chasseneuil. En ligne de mire, la réforme des retraites mais aussi la dégradation du pouvoir d'achat. Et l'angoisse du lendemain.

 

La colère sur le macadam. La «141» prise au collet, à la manière de cette réforme des retraites qui leur reste en travers de la gorge. Roumazières ville morte pendant toute une matinée. Des camions qui prennent leur mal en patience. Des automobilistes qui empruntent les chemins buissonniers. La Charente limousine tournait au ralenti hier. De mémoire de syndicaliste, on n'avait jamais connu pareille mobilisation.

 

 

Ils étaient quelque 500 manifestants — entre 600 et 700 selon les syndicats — à bloquer les deux extrémités de Roumazières, entre 10 heures et midi. L'après-midi, ils étaient encore 300, en comptant le prompt renfort des lycéens chasseneuillais, à paralyser le rond-point nord de la déviation de Chasseneuil. Après une opération escargot pour rallier les deux villes à l'heure de la sieste.

 

Trois blocus pour exprimer un même ras-le-bol. Ras-le-bol de devoir partir à 62 ans quand on a commencé à 16 ans, comme Christian, 52 ans, et ses collègues des tuileries (Terreal et Monier) ou de Legrand (Confolens). «J'ai commencé comme serveur, j'ai été aide palefrenier avant de bosser à la chaîne, de faire de l'empilage et du dépilage de tuiles. Aujourd'hui, j'ai le dos cassé.»

 

Ras-le-bol de travailler «toujours plus pour gagner moins» comme cette gardienne de déchetterie «debout toute la journée pour faire respecter la sécurité». Ras-le-bol des petites retraites et du pouvoir d'achat qui s'érode.

 

Rendez-vous samedi matin à Confolens

 

Les ouvriers d'hier ont rejoint ceux d'aujourd'hui pour exprimer leur colère sur cette 141 bordée d'industries. D'anciens paysans ont délaissé leur jardin pour retrouver les copains dans la rue. Ils parlent de leur difficulté à joindre les deux bouts «avec 735 euros par mois» en partageant un sandwich sur le trottoir de Roumazières.

 

La manif donne des ailes. Les haut-parleurs crachent des chants révolutionnaires. «C'est une mobilisation sans précédent sur Roumazières. Même au moment du rachat de Terreal en 2005, il n'y avait pas autant de monde dans la rue. Aujourd'hui, les usines ne tournent pas, c'est à marquer dans les annales», se réjouit Bernard Gire, délégué FO en songeant déjà à l'après. Un rassemblement samedi matin à Confolens. Pour Sophie Gallienne, secrétaire de l'Union locale CGT, pas question non plus de baisser les bras quand les salariés sont mis devant le fait accompli.

 

Même les lycéens de Chasseneuil, discrets jusqu'alors, ont dressé des «barricades» devant leur établissement. «Les premiers touchés seront nos parents, après ce sera nous.»

 

Leur presse (Sylviane Carin,
Charente Libre), 13 octobre.

 


Publié dans Colère ouvrière

Commenter cet article