Blocage de la plateforme téléphonique 3949 de Pôle Emploi, à Rennes

Publié le par la Rédaction

 

Ce mardi 8 juin vers 7h45, une quinzaine de chômeurs et précaires du MCPL et du collectif du 3 mai ont envahi la plateforme téléphonique 3949 de Pôle Emploi à Rennes dont ils ont bloqué l’accès.

 

Nous entendions protester contre cette machine déshumanisante mise en place depuis la fusion Anpe / Assédics au sein de Pôle Emploi et exiger sa fermeture. Cette machine met aux prises les chômeurs à des opérateurs téléphoniques et ne leur permettent plus dobtenir le conseiller qui est responsable de leur suivi. Ce qui bien entendu produit une baisse générale de la qualité des services et plus grave encore des problèmes de dossier, engendrant retards de paiement dindemnités, radiation arbitraire, suspension dallocations, etc. Le dispositif «3949» reflète à lui seul dans une large mesure la politique de lemploi du gouvernement Sarkozy : déshumanisation, mise en place de dispositifs administratifs pour décourager et culpabiliser les chômeurs à revendiquer leurs simples droits, fractionnement des services pour ouvrir la voie à la sous-traitance, précarisation des personnels, etc.

 

Nous avons été très bien accueillis par le personnel de la plateforme (une quarantaine dopérateurs) dont bon nombre se retrouvront en fin de contrat vers la mi-juillet. Nous avons formulé notre solidarité quant aux mots dordre syndicaux de titularisation et dintégration  de ces personnels au sein des antennes de Pôle Emploi. Seule une formatrice de conseillers à lemploi et appartenant à une boîte de coaching sest montrée agressive en voulant forcer vainement le piquet tout en nous traitant de «fainéants».

 

Vers 9h, le manager a demandé au personnel dévacuer la plateforme et de se rassembler aux portes du bâtiment. Nous les avons rejoint et poursuivi la discussion entamée. La direction a finalement décidé de les mettre au chômage technique jusquà 13h.

Vers 10h30, nous avons quitté les lieux et rejoint le rassemblement des conseillers grévistes devant la direction régionale de Pôle Emploi. Une vingtaine de chômeurs et précaires ainsi que quelques 150 conseillers à l
emploi grévistes venant de toute la Bretagne se sont réunis dans le hall dentrée de la direction et ont demandé à la directrice régionale, un certain nombre dexplications sur la situation à Pôle Emploi dans différentes antennes bretonnes.

Le MCPL, solidaire des revendications des grévistes de Pôle Emploi, n
entendant apporter aucune leçon à qui que ce soit tient toutefois à faire part de quelques remarques sur le rassemblement et le déroulement de la journée :

— Les conseillers ne peuvent se contenter de demander davantage de moyens (revendications légitimes par ailleurs) sans remettre fondamentalement en cause lorientation de «Police Emploi». Il conviendrait selon nous de ne jamais dissocier ces deux dimensions. À la marge, les conseillers pourraient obtenir quelques aménagements (titularisation par exemple) sans que ces derniers ne remettent abolument en cause le projet du gouvernement présidant à la constitution de ce monstre de Police Emploi : détruire le service public de lemploi en rendant profitable le placement des chômeurs et indissociablement culpabiliser les chômeurs du fait quils nont pas demploi alors même que cette rareté comme cette précarité du travail est le fruit de décisions politiques pour accroître lexploitation et lisolement des chômeurs et des travailleurs de plus en plus précarisés.


— Nous tenons également à dire quil serait préférable dorganiser des AG sans la présence de la direction (!) où chaque conseiller comme chaque chômeur pourrait sexprimer librement donnant lieu à la formulation de revendications communes portées ensuite par une déléguation mandatée à la direction. Ce qui nous semble constituer un principe démocratique minimal. Dans le cas contraire, la direction peut tranquillement écouter les récriminations des personnels en hochant de la tête sans sengager sur quelques revendications que ce soit et gagner du temps en faisant en sorte que les échanges avec les personnels sétalent durant toute la journée sans aucune perspective concrète daction mettant réellement la direction sous pression. Ce qui sest vérifié dans le fait que la direction a méprisé les revendications des chômeurs et des personnels en ne donnant suite à aucune des revendications spontanées formulées par ceux-ci. Sans quoi cette manière de faire — certains conseillers lont exprimé ouvertement — peut servir dexutoire aux camarades grévistes de Pôle Emploi, comme aux chômeurs.


— Malgré les difficultés à mobiliser au sein de Pôle Emploi que nous considérons volontiers, il est grand temps de rendre visible la solidarité des revendications des chômeurs/précaires et des conseillers à lemploi dans laction (occupations, blocage, etc.). Nous navons pas à choisir entre linformation massive auprès des conseillers et des chômeurs et laction collective régulière exerçant une pression sur la direction et le gouvernement. 
Cest là la clef indispensable pour montrer aux conseillers à lemploi comme aux chômeurs quils peuvent compter dans laction les uns sur les autres, quils peuvent avoir confiance en laction collective. Car le principal problème devant lequel nous nous trouvons nest pas dabord le manque dinformations des conseillers et des chômeurs — sans que ce problème doive être considéré comme négligeable — mais le manque de confiance en nos capacités à avoir prise sur le cours de cette institution infernale. 
Si les conseillers à lemploi veulent parer au démantèlement du service public et éviter que certains dentre eux sombrent dans la dépression et en viennent par désespoir à imiter certains salariés de France Télécom, il est indispensable de tisser des alliances avec les collectifs de chômeurs et de précaires qui ne demandent que ça, fondées sur la considération mutuelle et légalité si lon veut renverser le rapport de forces au sein de Police Emploi.


— À lheure quil est, il nous apparaît opportun de multiplier les actions à loccasion des «réunions dinformation» dans les Pôles Emploi où les chômeurs sont orientés vers des formations sous-traitées (trajectoire emploi, cible emploi, etc.) par des boîtes de coaching. Ces formations présentées comme des propositions sont en fait des obligations pour les chômeurs qui seront radiés en cas de refus ou dabsence à rendez-vous. En plus dêtre inutiles, infantilisantes et culpabilisantes, limposition de ces formations sous-traitées constituent un des principaux axes de sous-traitement et de démantèlement du service public de lemploi. La direction de Police Emploi et le gouvernement Sarkozy cherchant à faire la démonstration de linefficacité des conseillers à lemploi dans la tâche de placement. 
Des expériences dinterruption de ces pseudo-réunions nous ont démontré la claire compréhension des chômeurs de lineptie de tels dispositifs et la capacité que nous avions de faire pression sur la direction de Pôle Emploi à lâcher du lest sur son caractère obligatoire lorque nous intervenions. Il faudrait pouvoir multiplier ce genre dinterventions dans ces «réunions dinformation» qui non seulement dégagent une prise sur linstitution et sont transformées en réunion de contestation de Police Emploi mais en plus dans le même temps contrecarrent localement la mise en place de la sous-traitance et le démantèlement du service public de lemploi. 
Nous avons besoin que les conseillers qui ne veulent pas céder au fatalisme nous informent des lieux et dates de ces pseudo-réunions.


Contact
MCPL et collectif du 3 mai, 9 juin 2010.

 


Publié dans Chômeurs - précaires

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