Blocage de la centrale Intermarché de Lectoure (Gers) - nuit du 29 au 30 octobre

Publié le par la Rédaction

 Lectoure (Gers) : Quarante manifestants bloquent les livraisons

 

Dans la nuit de vendredi, les manifestants ont bloqué la centrale d'Intermarché.

 

 

Vendredi, 20h30, au bord de la route nationale 21, à quelques kilomètres de Lectoure. Le long portail blanc de la centrale d'Intermarché reste fermé. Devant, une trentaine de manifestants campe. Une dizaine les rejoindra dans l'heure. À 21h30, ils sont une quarantaine, déterminés à y passer la nuit pour «peser sur le grand capital».

 

Encartés à la CGT, Solidaires, Force ouvrière, la CFDT ou «simples citoyens», ils entendent exprimer leur opposition à la réforme des retraites. En empêchant les camions frigorifiques de venir charger fruits, légumes, viande et poisson pour approvisionner les 136 supermarchés de six départements de la région, les manifestants veulent «toucher le patronat pour atteindre le gouvernement». Selon eux, «pour que le gouvernement écoute la rue, il faut que le Medef fasse pression sur lui tant il en aura marre de perdre de l'argent».

 

 

Au-delà des retraites

 

À la table de pique-nique dressée entre la grille de l'entreprise et le parking des poids lourds en attente, les discussions vont au-delà de la réforme des retraites. Les inquiétudes portent sur l'emploi — celui des seniors surtout —, la santé ou le logement. «Moi, je parle plutôt de suppression des retraites, dit l'un. Car le but du gouvernement est de créer un marché de l'assurance retraite pour le donner aux entreprises privées et qu'il ne soit plus à la charge de l'État.» «Le problème, renchérit son voisin, n'est pas uniquement l'âge légal de départ mais le nombre d'annuités nécessaires pour bénéficier du taux plein, sachant qu'un ouvrier reste en bonne santé, en moyenne, jusqu'à 59 ans… Il ne profitera pas beaucoup de sa retraite.»

 

 

 

 

 

Il est maintenant 22 heures. Le calme règne autant chez les manifestants qu'au sein de la vingtaine de gendarmes de la compagnie de Condom, mobilisés au cas où. 22 heures c'est aussi l'heure à laquelle arrivent les premiers camions dont les chauffeurs, souvent à leur compte, doivent rouler toute la nuit pour livrer les produits frais de la marque des Mousquetaires.

 

Dialogue et négociations

 

L'un d'eux avance son engin de plusieurs tonnes à quelques mètres du campement qui, évidemment, s'échauffe. Le responsable de la centrale et le directeur régional, ainsi que les gendarmes, calment tout le monde. Le chauffeur ira garer son camion sur le parking, non sans pester. Les deux responsables de l'entreprise tentent l'ouverture d'un dialogue et des négociations, expliquant aux manifestants qu'ils les ont «laissés s'exprimer mais que maintenant, il faudrait laisser les gens travailler». En face, on veut lutter contre le capitalisme et le système libéral. «Tant qu'on ne bloquera pas la France, le gouvernement insistera.» Un huissier de justice vient constater le blocage de l'entreprise.

 

 

 

Finalement, les syndicalistes choisiront de laisser entrer les poids lourds et de filtrer leur sortie quelques mètres plus loin, la gendarmerie les dissuadant de s'installer sur la nationale 21 en pleine nuit…

 

Ils lèveront le camp vers 23h30, estimant «avoir réussi à impacter l'économie».

 

 

 

 

Leur presse (Gaëlle Richard,
Sud-Ouest), 31 octobre 2010.

 

 

Lectoure : Blocus de la base Intermarché hier soir

 

Manif promise, manif due, même avec le quart d'heure gascon ! Hier, les gendarmes et le sous-préfet de Condom ont attendu un moment avant de voir les premiers manifestants arriver devant la base Intermarché de Lectoure. Mais ces derniers ont fini par pointer le bout de leurs phares dans la nuit, sous le regard du conseiller général Georges Courtès. À une vingtaine d'abord, vers 20h15. Puis dix de plus les ont rejoints à 20h45 pour dire non à la retraite à 62 ans. Et d'autres encore ont suivi, plus tard dans la nuit. Avec une idée fixe : bloquer les entrées et sorties des camions jusqu'à 6 heures du matin au moins.

 

 

Jean-Marc ne cache pas sa détermination. Ce cheminot gersois en grève depuis 17 jours n'entend pas baisser les bras, même si la loi a été votée. Puisqu'elle est «injuste» ! «Nous aussi on peut taper là où ça fait mal», précise Robert, un Auscitain de 47 ans, archéologue à ses heures. Et il s'explique : «On va faire perdre de l'argent au patronat, comme on en a fait perdre à Carrefour jeudi, avec le blocage. Quand les gens travaillent, ils ont du mal à boucler les fins de mois. Alors vous imaginez en grève ! Moi, mon point de vue personnel, ce serait que les gens gagnent au minimum 1500 € net par mois. Là, on est passé à un stade où tout se superpose. La retraite fédère plein d'autres mécontentements : sur les salaires, sur l'exclusion sociale, sur les pauvres de plus en plus pauvres et les riches de plus en plus riches… L'injustice sociale, ça ne dure pas éternellement. Les étudiants et les lycéens doivent se mobiliser à la rentrée. Le combat n'est pas fini. Je pense qu'il va continuer jusqu'en 2012 et même après !» L'arrivée de Lectourois qu'il n'avait jamais vus dans les manifs à Auch l'encourage. «À chaque action, il y a de nouvelles têtes», se félicite ce syndicaliste de Sud culture. Combien seront-ils lundi pour bloquer Prolainat à Blanquefort ? Mystère. Seule certitude, la bataille de l'opinion continue.

 

Leur presse (La Dépêche), 30 octobre.

 


Publié dans Colère ouvrière

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