Belgique : Deux compagnons en prison

Publié le par la Rédaction


Dans la nuit du 6 octobre, Jürgen n'est pas rentré chez lui. Il a été arrêté par la police, traîné devant le juge d'instruction et incarcéré à la prison de Gand (Nieuwe Wandeling). Plus tôt dans cette journée, la ville de Gand si tolérante accueillait une fois de plus une bande de fascistes. Apparemment ça ne plaît pas à tout le monde. À différents endroits dans la ville, des gens ont exprimé leur opposition en endommageant des symboles de cette société capitaliste. Un peu plus tard, nous avons appris que Jürgen était accusé d'avoir participé à ces actions.

Les jours suivants, nombre de gens ont été harcelés par les flics. Une semaine plus tard, la police perquisitionne le domicile de Paulo. Il est sommé de se présenter au commissariat deux jours plus tard, le 21 octobre, pour un interrogatoire. Ce jour-là, il est arrêté en rentrant chez lui. Il est lui aussi jeté dans les geôles de Gand.

Le 9 novembre, les deux compagnons sont passés devant la Chambre du Conseil qui a prolongé leur détention préventive. La Chambre a renvoyé l'affaire au tribunal correctionnel. Le procès aura lieu dans deux semaines, la date exacte doit encore être confirmée.

Nous ne nous reposerons pas avant de pouvoir de nouveau embrasser nos compagnons, comment et quand nous le voulons.

Liberté pour Jürgen et Paulo !
Contre toute forme d'enfermement.
Pour la destruction de la prison
et de son monde.

Pour leur écrire, voici leurs adresses :
Gian-Paolo Melis
Nieuwe Wandeling 89, 9000 Gand, Belgique
Jürgen Goethals
Nieuwe Wandeling 89, 9000 Gand, Belgique

Du soutien financier peut être versé sur le compte 000-3244460-04 en mentionnant J+P.


Gand, la nuit du 6 au 7 octobre

Des vitres qui volent en éclats, de la peinture qui dégouline. Les vitres du palais de justice détruites par des vandales. Des dizaines de milliers d'euros de dégâts, selon le parquet. Un des piliers de la démocratie attaqué lors d'une flambée de fureur ? Des flammes qui lèchent le plastique des poubelles partout dans le centre de Gand. Quelques distributeurs qui crachent de l'argent pour le confort du consommateur perpétuel ont aussi pris feu. Les pompiers et la police doivent se rendre en toute hâte partout au même moment. Du chaos et des sirènes hurlantes partout.

La télévision régionale dit que quelques étudiants de droite ont reçu une bonne dose de critique physique démoralisante (c'est entre autres le président du NSV [organisation flamande d'étudiants fascistes] qui a pris des coups). Sur la place Sint-Pieters, le KVHV [organisation flamande d'étudiants catho-fascistes] organise un débat sur l'islam en Europe. Un petit comité de « démocrates » de la droite dure avec la présence de Dewinter [leader flamboyant du parti fasciste Vlaams Belang], Dedecker [leader d'un parti de droite] & co et les islamistes de l'AEL [organisation identitaire arabe et musulmane] en face. Un peu plus loin à Gand, dans la Haute École sur l'avenue Voskes, le NSV (ce club d'étudiants officieux du Vlaams Belang) fête le début de l'année universitaire. L'année passée, le NSV avait organisé un débat avec entre autres Filip Dewinter comme orateur invité. Le bâtiment universitaire où se déroulerait ce débat, avait alors été occupé avec succès par des antifascistes. Une attaque des fascistes sous le commandement de Führer Filip a été repoussée. Cette entrave au supposé droit à la liberté d'expression pour les fascistes ne pouvait pas se répéter…

Alors cette année, un dispositif policier impressionnant avait été mobilisé pour faire en sorte que les combattants de la démocratie flamande puissent procéder sans encombrements. Vu qu'un rassemblement au moment et lieu fixés par eux échouerait sur un mur de bleu, cette année les réactions ont été différentes. Ainsi, la fête n'est pas passée inaperçue et Gand a tressailli par une éruption spontanée et versatile de chaos.

La progression politique de l'extrême droite en Flandre n'est pas une coïncidence. Le fait que des organisations fascistes comme le NSV et bientôt le NSA [une bande de néo-nazis] à Gand (et en Flandre) ont le jeu libre et sont protégées avec énormément de zèle par les forces de l'ordre, a des causes plus profondes.

L'extrême droite met sur le tapis toutes sortes de « problèmes » qui n'ont pas de base objective. Partout dans le monde, les lignes de rupture entre une petite élite monstrueusement riche et les masses qui se battent au quotidien pour survivre, deviennent plus aigues. Partout, les protecteurs de cette élite disposent de plus en plus de moyens et sont de mieux en mieux équipés. Pensez seulement à la palette des couleurs des polices qui salissent nos rues (gris, mauves, noirs… des uniformes avec chacun leur spécialité). Leur manière de s'y prendre va de l'approche « sociale » douce à la répression implacable.

Le discours de l'extrême droite (présenter l'islam comme une menace pour l'occident « éclairé » ; présenter les gens en fuite pour échapper à une existence misérable comme des parasites ; présenter ceux qui ne travaillent pas comme des profiteurs…) vise à détourner l'attention de la guerre quotidienne entre les riches et les pauvres. Cette histoire nous est présentée par les médias qui sont le porte-voix de l'élite dominante, qui ne cessent de nous distraire avec du « tittytainment » à la télé et sur internet, avec le culte de la santé etc. L'opinion publique flamande semble s'être approprié ce discours. Au café, le racisme n'est jamais loin non-plus. Les « autres » sont l'ennemi, pas les marionnettistes qui manipulent ce théâtre.

La suite

Clairement la justice et le gouvernement n'aiment pas les expressions de résistance comme celles de cette nuit-là. Face à une opinion publique dominée par des acteurs de droite, des têtes doivent tomber. La nuit même, une personne a été arrêtée, accusée de différents incendies. Deux semaines plus tard, une autre personne a été arrêtée, plus ou moins sous les mêmes accusations.

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