Baisser culotte ?

Publié le par la Rédaction

Il paraît qu’il va falloir se calmer ; baisser culotte une fois de plus. Les médias le prédisent : nos prochaines manifs ne seront que des barouds d’honneur. La plupart des bureaucrates syndicaux cherchent, parait-il, une sortie «honorable» à cette «crise» (crise pour qui ?), c'est-à-dire une fuite qui n’ait pas l’air trop minable.

 

Et puis, les matraques sont sorties : on fait peur en montrant qu’on n’hésite pas à les utiliser copieusement ; on fait peur en créant une espèce d’état de siège larvé (réquisitions, manifs encerclées, mômes appréhendés méchamment, etc.) ; on fait peur en montrant les débordements de «casseurs» (qui ont parfois, à bien y regarder, une tête flicarde) ; on fait peur avec le chantage à la perte du salaire, de l’emploi.

 

Le nabot teigneux et sa cour jouent les gros bras. C’est normal : c’est tout ce que les aristos de la «République», savent faire quand leur brioche est menacée, comme leurs ancêtres d’avant 1789. Et les pseudo-opposants essaient de sauvegarder leur beefsteak juteux de «partenaires». C’est normal : ils ne vont pas brûler leurs fauteuils joliment capitonnés.

 

Mais ceux qui sont descendus dans les rues, croit-on qu’ils vont se laisser dompter aussi facilement ? Retourner à la niche avec un grand coup de pied au cul ?

 

S’ils ont pris le risque de se lancer dans la bagarre ce n’est peut être pas pour se faire dégommer si facilement.

 

Car il y a des raisons profondes à toute cette «agitation» qui désole le Medef et ses valets de la presse : en décidant de casser le système de retraites, que les vampires capitalistes ne trouvaient pas assez profitable pour eux, la bande à bling-bling n’a fait que lancer le crachat de trop qui fait déborder le vase de l’indignation ; déclenche la révolte comme réflexe de dignité. Ce n’est pas seulement l’arrogance à la Marie-Antoinette qui suscite la colère, c’est tout ce qu’elle soutient depuis longtemps : la machine à faire toujours plus de fric en truandant toujours plus de gens, à commencer par tous ceux qui sont obligés de se brader sur un «marché du travail» qu’il serait plus juste de nommer marché aux esclaves.

 

Si on est dans la rue, dans les grèves, c’est qu’on en a marre de trimer parce qu’on n’est pas né avec une petite cuillère en argent dans le bec ou parce qu’on n’a pas été assez salopard pour piquer toute l’argenterie. C’est qu’on en a marre de bosser pour une caste de goinfres qui en veut toujours plus, et qui met le pays en coupe réglée ; arrache tout ce qu’elle peut pour se remplir les fouilles au détriment de la majorité des gens, de leurs moyens de subsistance, de leur santé, de leur vie. C’est qu’on en a marre de ses techniques de garde chiourme pour nous faire cracher toujours plus en détruisant jusqu’aux maigres «protections sociales» et «droits» laborieusement «acquis» par les luttes de nos ancêtres.

 

Marre de devoir être de la chair à «productivité», à «compétitivité», à «restructurations», à harcèlements et humiliations. Marre du chantage au chômage pour nous faire pédaler toujours plus vite dans la cage à écureuil des «managers». Marre d’être jetés sur le carreau quand le Monopoly n’est plus jugé assez rentable. Marre de se retrouver à la rue parce que la banque a mal joué, mais que c’est elle qu’on aide à tenir pour qu’elle puise continuer ses magouilles, au nom du sauvetage de la sacro-sainte «économie» (qui n’est pas économe des ses vacheries !). Marre d’être la vache à lait que l’on trait jusqu’au sang pour se payer des Rolex, des Fouquet’s, des yachts, des «bonus», des «parachutes dorés».

 

Marre aussi d’être pris pour un con et traité de débile par les industries de la propagande médiatique.

 

Marre, enfin, de subir toujours plus de flicage, avec des techniques toujours plus vicieuses de contrôle et de répression, sous prétexte de lutte contre une «insécurité» qui devrait nous faire dire amen alors que la délinquance et le terrorisme que l’on subit le plus c’est celui des multinationales et des gouvernants à leur botte, et alors que c’est surtout contre nous que cette machinerie répressive est lancée. Marre de se faire taper sur la gueule quand on ose dire qu’on en a marre. Marre de cette police partout, justice nulle part.

 

Tous ces griefs ne vont pas s’évanouir grâce à quelques miettes plus ou moins bien négociées. Tout ça pèse lourd «sur la patate» du populo et continuera à bouillonner dans le chaudron de la révolte tant que la société qui le produit ne sera pas changée de fond en comble. Et nous savons tous que ce n’est pas un bulletin de vote de plus qui le fera.

 

Alors… Baisser culotte ?

 

Mon cul !

 

Jacques Bonhomme Junior
28 octobre 2010.

 

Publié dans Colère ouvrière

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